‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 75 sur 95 · L'HÔPITAL-GÉNÉRAL ;-—SPECTACLE QU'OFFRENT QUÉBEC ET LES ENVIRONS · texte numérisé non relu

L'HÔPITAL-GÉNÉRAL ;-—SPECTACLE QU'OFFRENT QUÉBEC ET LES ENVIRONS

Les Anglais bombardaient la ville depuis plus de deux

N.-D. des Anges au 95 juillet ; notre Récit nous apprend que l’on commença à faire feu sur la ville le douze, et il semble indiquer que ce fur le 14 peut-être aussi le 15, que nos Mères se rendirent à l'Hôpital. T’ailleurs, c’est un fait historique que le siége a duré 60 jours, et le culeul ne serait pus juste si le feu n’eut commencé que le 24 juillet.

Nous avons été longtemps à nous accoutumer aux chiffres de l'époque ; le chiffre 1, surtout se prend facilement au premier coup d'œil pour un 2. La différence vient peut-être ici d’une méprise de cette nature, Si on lit 15 au lieu de 25, les deux récits s'accordent.

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semaines, quand, le 31 juillet, ils tentèrent de forcer les lignes françaises, À Beauport, en attaquant l'aile gauche de l’armée de Montcalm, Ayant élevé des batteries à l’Ange-Gardien, 6000 Anglais se déployèrent en face sur la plage, tandis que 2000 autres remontaient la rivière Montmorency, pour la passer à gué, et prendre à dos nos troupes. Mais les décharges des Canadiens furent si multipliées et si terribles, que les ennemis, tourbillonnant pêle-mêle, furent heureux de profiter d’un orage qui survint pourse rembarquer en toute hâte sur leurs vaisseaux ; dix pièces de canon en avaient fait taire (1) cent dix-huit!

Ce combat glorieux avait eu ses victimes ; nos soldats mourants et blessés furent transportés à l'Hôpital, où les Ursulines partageaient de grand cœur les fonctions des Hospitalières : Les blessés anglais reçurent la même charité, “ malgré la fureur des sauvages, qui voulaient leur lever la chevelure suivant leur visage.”

Pour avoir quelque idée de l’état où se trouvait l'Hôpital, il faut lire les intéressants détails qui suivent dans le récit même des Hospitalières : “ Plusieurs de nos familles, et d’autres à qui nous ne pouvions refuser, demandèrent à se retirer chez nous, se trouvant plus à portée de secourir leurs maris et leurs enfants blessés. Il fallut encore trouver place poureux. Comme notre maison était hors de la portée de l'artillerie ennemie, le pauvre peuple ne manqua pas de s’y réfugier ; toutes les dépendances en furent remplies : maison domestique, étable, grange et tout ce qui s'ensuit,

(1) M. notre Aumônier possède un morceau de bois de chêne enlevé à l’un des deux vaisseaux, échoués pur les Anglais vis-à-vis la côte de Courville pour servir de batterie, Une partie de la coque de ces vaisseaux est encore visible à marée basse,

lss greniers mêmes, malgré les fréquentes lessives que nous étions obligées de fuire continuellement pour les blessés, étaient pleins des grabats de ces pauvres malheureux, L’unique consolation que nous goûtions était celle de voir presque tous les jours, quoique mourant, Mgr notre} vêque, venir nous exhorter et nous encourager à ne no point relâcher dans nos travaux... Il ne voulut jamais se retirer d’auprès de son troupeau tant qu’il eut l'espérance de le sauver ; il se logea chez le curé de Charlesbourg, à une lieue de Québec ; il permit aux Aumôniers, que nous avions en nombre, de dire la Messe dans notre chœur, l’église étant occupée par les blessés. Tout le peuple des environs, qui n'avait plus d’autres ressources pour le spirituel, y assistait avec nous, ce qui faisait que nous avions grande peine à y trouver place aux heures destinées pour l’oflice. Nous eûmes la consolation de réciter l’oflice, tant que dura le siége, les Ursulines d’un côté et les Hospitalières de l’autre, sans que cela préjudiciât aux services qu’il fallait rendre jour et nuit aux malades. Le seul temps de notre repos était celui de l'office divin, encore était-il bien interrompu par le bruit des bombes et des boulets. Nous avions avec cela plus d’un ennemi en tête ; la famine, toujours inséparable de la guerre, menaçait de nous réduire à l'extrémité. Plus de 600 personnes dans notre maison et aux environs, partageaieut avec nous le peu de vivres qu’on nous faisait passer des magasins du Roi, qui étaient à la veille d'en manquer

pour nos troupes... ”?

“ La consternation et l'inquiétude de tout ce monde étaient peintes sur tous les visages, dit notre Récit. Le coup d'œil au dehors était des plus afiligeants. Si l'Hô-

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HISTOIRE DU MONASTÈRR. 385

pital-Général était à l'abri des projectiles, il ne l'était pas du spectacle navrant qu'offraient là ville et ses environs. Dès le commencement du siége, la basse ville fut changée en un monceau de ruines. Les campagnes furent ruinées par le feu, Nous vimes brûler la cathédrale, et les maisons de la haute ville près de notre église, Tous les jours, des débris considérables de bombes et des boulets atteignaient notre maison ; ils percaient notre église, notre sacristrie, notre chœur, notre chapelle des Saints, notre communauté, la maison de nos externes ; la grange et le hangar ayant recu plusieurs bombes, il s’y fit un embrasement qui mit en danger le reste de la haute ville, Nous pensions que jamais nous ne pourrions revoir notre Monastère, ni les chères sœurs qui y étaient restées ! ”

Sur les champs de Beauport s’offrait sans doute un admirable spectacle, dans l’arleur de ces 13,000 soldats et miliciens de la colonie, travaillant jour et nuit à leurs re-

tranchements et à leurs batteries, luttant avec la persis-

tance de l’héroïsme contre l'invasion étrangère. Mais ces soldats, mal équipés et manquant de tout, étaient en face d’une flotte de 30,000 hommes, bien armés et bien approvisionnés, abondamment pourvus de tout ce qui était nécessaire, pour emporter d'assaut une place beaucoup mieux fortifiée que ne l'était alors la ville de Québec. Aussi à chaque coup de canon, quel douloureux retentissement dans tous les cœurs ! comme on tournait avec anxiété les yeux vers le meurtrier projectile, qui apportait peut-être la mort à quelque personne chère !

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