‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 8 sur 95 · S5:—PRÉMICES DES VOCATIONS RELIGIEUSES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLI · texte numérisé non relu

S5:—PRÉMICES DES VOCATIONS RELIGIEUSES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLI

Cependant tout n'était pas deuil et tristesse an Monasère ; hâtons-nous de lever ce voile sombre et d’initier nos ectrices à des scènes plus consolantes.

Quel ne fut pas l'épanouissement des anges du sancuaire, quand vint se prosterner au pied de l'autel, offrant

Dieu sa fratcheur et sa jeunesse, une jeune demoiselle e talents distingués et À qui tout souriait dans l'avenir, entrée au noviciat de Mile Migeon était toute providenielle à cette époque d'épreuves ; aussi ie retour de cette ncienne élève apporta-t-il une grande joie aux Ursulines, t leur fit-il bien augurer des vues de Dieu sur leur Comhunauté. Disons ce qu'était dès lors cette magnanime {ère de la Nativité, dont les traditions du cloître nous ont onservé tant d’aimables et intéressants souvenirs.

Mlle Marie-Anne Migeon, fille de M. J.-B. Migeon de Bransac, lieutenant général à Ville-Marie (Montréal), et e Mme Gaucher (1) de Belleville, naquit à Montréal le 7 janvier 1685. L'héritage de vertus légué par une bère vraiment chrétienne à ses enfants, fut dans la suite n grand sujet d'émulation pour une fille aussi bien née.

L'enfance de la jeune Marie-Anne fut entourée de tous s tendres soins que les parents ont coutume de prodirau dernier-né de leurs enfants, et ce ne fut que

(1) Mlle Catherine Gaucher de Belleville, d'ancienne noblesse iginaire de Senlis, épousa à Montréal en 1665 M. J.-B. Migeon : Branxac. L'uiné de leurs filles se fit religieuse à l'Hôtel-Dieu » Montréal. Mme Migeon elle-même y entra Comme novice à Age de soixante-dix ans, vers 1713, et elle y mourut en odeur de iuteté en 1721,

. lorsqu'il fallut songer à la première communion de sa fille, que Mme Migeon se sentit assez de courage pour éloigner

d'elle cette enfant chérie. Marie-Anne entra au pensionnat È

au mois d'août de l’année 1695.

Après avoir passé quatre années dans une application k

constante aux études convenables à son sexe et à son rang dans la société, Mlle Migeon fut rappelée au sein de sa famille. Ce fut au printemps de 1699, qu'il lui fallut quitter ce Monastère, où sa docilité, sa piété et sa sagesse, l’avaient rendue si chère à ses maîtresses, et si heureuse elle-même au milieu de ses jeunes compagnes. A la question qu’on lui adressaït alors : “ Quand reviendrezvous à Québec, Mille ?” elle répondait avec vivacité : “ Ce sera bientôt, je l'espère.” Ses jeunes amies de pension prirent ces paroles pour un simple compliment d'adieu ; mais les religieuses en saisirent mieux la signification et la portée, car elles n’ignoraient pas qu’à l'exemple de sa sœur aînée Gabrielle, Marie-Anne avait déjà choisi Jésus- Christ pour son unique partage.

De retour à Montréal, Mlle Migeon, qui n’était encore que dans sa quinzième année, fut aussitôt regardée comme une jeune personne très-accomplie, êt elle ne tarda pas à s'entourer de l'estime et de l'amitié de tous. Compagne inséparable de sa pieuse mère, elle partagea avec ardeur toutes ses dévotions et ses bonnes œuvres.

Cependant, non contents de s'opposer à son retour à Québec, ses parents et amis la sollicitaient constamment prendre part à ces divertissements frivoles dont le moude lui-même sent tout le vide, et que néanmoins il ne saurait} se refuser. Souvent après avoir donné sa matinée à Dieu

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charité envers les pauvres, elle voyait arriver le lieutenant Juchereau, son beau-frère, muni de tous les pouvoirs pour l’entraîuer au bal. D’autres fois, c'était son oncle de la Gauchetière, capitaine d’un détachement de la marine, qu'il fallait suivre à des parties de jeu ou de promenade. Mais cette figure du monde qui passe, et dont le prestige éblouit si étrangement tant de jeunes imaginations, n'eut aucun charme pour cette véritable Enfant de Marie; Mlle Migeon avait des goûts plus solides, et après avoir dansé un ou deux ballets, elle se trouvait heureuse de pouvoir céder sa place à de jeunes personnes plus avides qu’elle de paraître et de plaire. Les malins disaient alors : “ Voilà notre religieuse qui se retire!” Ils ne se trompaient pas, c'était déjà en effet un cœur consacré à Dieu qui s’exerçait à la retraite, préludant ainsi à une séparation complète du monde afin d'offrir au ciel sans obstacle le sacrifice de toute sa personne.

Il faut dire ici que les connaissances de Mile Migeon ne conspiraient pas toutes à l’éloigner du cloître ; elle rencontra une de ces amies précieuses, “choisie entre mille,” dont les goûts et les inclinations saintes s’identifiaient avec les siens. Malgré la différence d'âge, Mlle Elisabeth (1) Lemoyne de Longueuil et Mlle Migeon de Bransac, de-

(1) Mile Elisabeth Lemoyne de Longueuil, était fille du premier baron de ce nom. Cette Dile avait oceupé pendant quelque temps une place honorable auprès de la duchesse d'Orléans ; mais son séjour au-delà des mers ne lui avait rien fait perdre de su piété, de sa douceur et de sa modestie. Dès qu'eile fut de retour en Canada, elle songea sérieusement au moyen de s'y consacrer à Dieu ; mais la mère ne pouvait plus consentir à se séparer de sa fille, A l'entrée de son amie dans notre Monastère, Mile Lemoyne eut un grand désir de suivre son exemple ec de se consacrer à Dieu en qualité d'Hospitalière. L'état de sa santé ne le lui permit

Enfin après trois années de combats, Mlle Migeon obtint de ses parents la permission de revenir à Québec. Ses préparatifs de voyage furent bientôt faits, et an commencement de juin 1702, elle entrait au noviciat des

Ursulines,

de l’ordre sous le non du mystère qui se célébrait en ce jour ; et deux ans plus tard, elle prononcait ses vœux avec une ferveur d'ange,

Nous verrons comment cette mère “au cœur de reine”? parcourut sa carrière religieuse, et quel trésor elle fut pour sa communauté aux jours de la tribulation et de

l'épreuve.

peu après sa profession, maîtresse des pensionnaires, elle comprit si bien la responsabilité attachée à cette charge, qu'elle se hâta d'intéresser au succès de son œuvre ses

la jeune demoiselle. Deux mois aprè, Mile Lemoyne retourna à Montréal, aussi charmée qu'édiliée de la vie sainte et laborieuse des Hospitalières, et plus décidée que jamais à venir les rejoindre, Son épreuve cependant fut encore prolongée, comme on le voit par cet extrait de lettre de M. Joseph de la Colombière, en date du mois de juin 1705, etadressée de Montréal à la Mère Marie- Anne Migeon : ‘ Mile de Longueuil est en retraite; mais sans artcune espérance de pouvoir exécuter son pieux dessein, Je voudrais bien que sa mère ressemblât à la vôtre... Après bien des prières et et des instances elle obtint enfin la permission tant désirée et entra à l'Hôtel-Dieu en 1707. Elle porta en religion le nom de Marie de l'Enfant-Jésus, Eile fut l'unique religieuse de la fumiile des Lemoyne de Longueuil, Sa mère était à notre pensionnat en 1677,

vinrent pour ainsi dire inséparables ; leur bonheur était de se trouver ensemble, et de s’encourager mutuellement dans leur pieux dessein de ne vivre que pour Dieu.

pas, et cela lui fut si sensible que son indisposition en fut notabiement aggravée. Alors la baronne se décida à lamener à l'Hôtel- Dieu de Québec, et elle y loua un appartement pour y faire traiter

Le 8 septembre, elle revêtait le saint habit

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amis de Montréal, réclamant le secours de leurs prières. C’est à ce sujet que M. de la Colombière lui adressait les lignes suivantes :

“ Votre nouvel emploi demande une nouvelle patience et un nouveau désir de contribuer au salut des âmes. Ce sont de nouvelles occasions de faire connaître aux pensionnaires les obligations qu’elles ont contractées dans leur baptême, et de leur inspirer, avec une sainte adresse, de l'éloignement pour la vanité et pour tout ce qui s'appelle “ les pompes du monde.” Enfin, il faut que toutes les jeunes filles dont vous aurez soin deviennent par leurs vertus des copies de la sainte Vierge, qu’elles aient une émulation merveilleuse pour imiter cette Reine des anges. Je reçus hier votre lettre du 26 mai; j'espère que celle-ci vous sera remise un peu plus promptement, Adieu; aimez la trèssainte Vierge ; soyez telle que vous savez qu’il faut être, pour mériter la gloire et le bonheur d’être à jamais comptée parmi les vraies filles de Marie.

“ Tout à vous dans le S.-C. de Jésus,

(1) J. de la Colombière.”

(1) Ce M. de la Colombière, frère du célèbre Jésuite de ce nom, mourut à Québec en 1723. Un petit écrit qui avait échappé jusqu'à présent à nos recherches, nous fair un bel éloge de ce digne ouvrier de la vigne du Seigneur. Cet écrit est probablement assez peu connu pour qu’il y ait intérêt à l'insérer ici.

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