‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 81 sur 95 · ARE EN · texte numérisé non relu

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“ La Mère Marie-Anne de la Trinité était devenue trèsinfirme duns les dernières années de sa vie; mais s'étant accoutumée dès son noviciat à traiter son corps comme son plus grand ennemi, elle n'accorda jamais à la nature que ce qu’elle ne pouvait rigoureusement lui refuser, Naturellement active et laborieuse, elle souffrait de ne pouvoir plus être la première à courir aux ouvrages, bas et pénibles à la délicatesse mondaine, mais honorables et chers à l'épouse d'un Dieu humilié. Un tremblement qu'elle éprouvait dans tous ses membres, ne lui permettant pas de tenir un livre, ni de fuire les cérémonies, sans distraire ses compagnes, Mgr la dispensa d'assiter au chœur, Ce fut là sa plus sensible mortification. Ingénieuse à se refuser tout soulagement, elle sut en même temps satisfaire son amour pour la régularité et la vie commune, Dès le premier son de la cloche, on voyait cette vénérable Mère, hiver comme été, se diriger avec empressement vers la chapeile, et là, se mettant dans un petit coin, elle s’unissait à celles qui psolmodiaient en chœur, Elle en usa ainsi pendant plusieurs années avec la plus grande régularité. Ses infirmités augmentant, la Mère Supérieure fut obligée de lui ordonner de rester à la communauté, ou à

sa chambre, pour ses exercices de piété. Malgré la difficulté du trajet, cette pieuse Mère trouva jusqu’à la fin, moyen d'assister tous les jours à la sainte Messe, et de visiter à plusieurs reprises le très-saint Sacrement,

‘“ Cette vénérable et chère Mère était la plus ancienne de notre Communauté lorsque Dieu nous l’enleva, le 26 juillet 1743, jour où l'on célèbre dans l’Eglise la fête de sainte Anne sa patronne. Elle était âgée de 76 ans, dont elle avait passé 54 au service du Seigneur dans la sainte Religion.

De Capitaine de Villedouwné donne généveugentent à Dieu sa fille checie.

Une maladie de sept ans, qui dégénéra en pulmonie, enleva à notre Communiuté, en 1744, une vertueuse religieuse, qui n’était encore qu’au milieu de sa carrière,

evenue trèsis s'étant accomme son iture que ce , Naturellepouvoir plus pénibles à la rs à l'épouse rouvait dans nir un livre, pagnes, Mgr sensible mornent, elle sut gularité et la e, on voyait er avec emdans un petit chœur, Elle plus grande ‘e Supérieure iunauté, Ou à é la difficulté fin, moyen visiter à plu-

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rière.

Mlle Elisabeth-Joseph de Villedonné, qui avait pour père un officier français, capitaine d’un détachement de la marine, et pour mère, Mme Marie Damours, (1) était née à Montréal en 1701, et était venue faire sa premièrg communion à notre pensionnat, ‘‘ Le 6 mai 1711, dit le Récit, le capitaine de Villedonné nous a amené ses deux filles, Louise et Elisabeth- Joseph ; il paye leur pension sur le pied de 40 écus.” Après leur première communion, les Diles de Vi'ledonné retournèrent à Montréal, mais plus tard elles revinrent aux Ursulines pour compléter leurs études,

M. de Villedonné, fier de ses filles, s’empressa de les introduire dans la société à leur sortie du pensionnat. Louise, l’aînée, prit goût aux divertissements et ne dédaigna pas de plaire. Jeune encore, elle épousa M. Antoine d’Ailleboust de Manteth, qui l'ayant enterrée et bien pleurée en 1741, vint peu après à Québec chercher une seconde femme.

Les goûts de notre Elisabeth-Joseph n'étaient pas ceux de sa sœur ; tous les désirs de son cœur se portaient vers le ciel, ambitionnant une alliance que la mort ne rompît pas. Les réunions de plaisir lui offraient plus d’ennui que de jouissance, Son père s’en étant aperçu, en fut un peu peiné. Ne voulant cependant pas détourner sa fille d’une voie où le Seigneur lui-même semblait l'appeler à marcher, il la laissa libre de disposer de son avenir, Comme son désir de se vouer à Dieu ne variait pas, ce digne père vint lui-même la présenter à la Communauté et faire les arrangements pour son admission, Voici quelques extraits de ce document.

(1) La famille de M. Mathieu Damonrs des Chaufours, était une des plus considérables du pays. En 1663, peu après son arrivée en Canada, M. Damours fut nommé garde-scel du conseil supérieur, Ses fils ke distingnèrent dans les armes, et toutes ses filles firent d'honorables alliances. La noblesse de cette famille, selon les antiquaires, date du treizième siècle.

Par devant le notaire royal en la prévôté de Québec, ete., furent présents en personne Messire Etienue Eecr, sieur de Villedonné et capitaine d’une compagnie des troupes au détachement de la marine en ce pays, lequel de son bon gré et volonté, a donné, cédé, quitté et délaissé et transporté par ces présentes aux Dames Religieuses Ursulines de cette ville, etc., 3,400 livres de principal, en un contrat de constitution sur l'Hôtel de Ville de Paris, pour en jouir et disposer en toute propriété, tant du fond que de la rente : en outre la somme de 500 livres qu’il leur a présentement payée en mounaie ayant cours, laquelle elles ont reçue et s’en tiennent rontentes cet satisfaites; et ce pour la dot de Dlle Elisabeth-Joseph de Villedonné, à présent novice au dit Monastère,”

(Signé) Jean, Evêque de Québec Vaudreuil, Gouverneur-G'énéral

Begon, Int. de justice et financier Etienne de Villedonné, Capt.

La Notice dit que ‘“ notre chère Mère de Villedonné de

Ste-Geneviève, qui avait plus de courage que de force, a bien servi la sainte Religion, s’'employant de préférence dans les emplois obscurs, où il n’y avait rien à craindre des tentations de la dissipation et de la vanité. Elle mourut âgée de 42 ans, ayant 22 ans de profession religieuse. ”

Deureuse destinée De Deur Soeurs.

Lorsque les Diles Chorel de Saint-Romain venaient de Champlain au Pensionnat, peu après le second incendie, on pe pensait pas voir en elles deux futures Ursulines qui servirgient pendant longtemps la Communauté : telle était pourtant l’heureuse destinée des deux sœurs Jeanne et Françoise.

La première, la Mère Jeanne Chorel de Ste-Ursule, qui

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avait reçu le voile à 15 ans en 1690, vivait encore en 1745, ayant passé 55 ans ‘“ dans la pratique constante de toutes les vertus. Elle fut longtemps employée en qualité de maîtresse de elasse ; mais dans les dernières années, les infirmités la réduisirent à ne pouvoir plus suivre les exercices communs. Comme elle avait une belle mémoire, elle l'employait à se rappeler de saintes pensées et à se tenir dans une intime union avec Dieu. $Sa dévotion au Sacré- Cœur de Jésus, à la sainte Vierge et à saint Joseph, lui a mérité bien des grâces, surtout celle d’un si parfait détachement, qu'elle désirait ardemment la dissolution äe son corps, pour se perdre en son souverain Bien.”

Sa sœur, la Mère Françoise du Sacré-Cœur de Jésus, l'avait devancée de dix ans au séjour du repos et de la gloire. Elle mourut âgée de 59 ans, dont elle avait passé 42, dans une ferveur qui n'avait fait que s'accroître avec les années. C'était un cœur délicat et généreux, qui se reprochait les plus légères imperfections comme de grandes infidélités, et qui n’en pouvait jamais faire assez pour honorer la très-diyne Mère de Dieu. (1)

(1) Mlle Louise Chorel, sœur de nos deux religieuses, ne quitta le pensionnat, le 8 décembre 1706, que pour entrer au noviciat de l'Hôtel-Dieu de Québec. Voici le témoignage que lui rendent les Mères Hospitalières: Le 11 février 1711, mourut notre chère sœur Louise Chorel de Saint-Romain, dite des Séraphins, n'étant âgée que de 23 ans, et encore du noviciat. Dans le peu de temps qu'elle a vécu parmi nous, elle à si bien rempli ses devoirs qu’elie fut extrémement regrettée de toute la Communauté, où elle était fort aimée par sa douceur, son humilité, sa ferveur, son obéissance, sa simplicité, et par dessus tout pour sa charité, Elle était trèsadroite Ces trois sœurs comptaient parmi les aînés de 17 enfants, dont treize filles,

Des liens de la grace sont pins forts que cent de la nature.

Nos lectrices se rappellent cette estimable Dlle Perthuis, qui servait à notre réfectoire, aux jours de ses fêtes, la trèssainte Vierge, ‘notre première et principale supérieure.” Quelle bénédiction cet acte de piété attira-t-il sur sa famille,

, nous ne le savons ; mais nous avons été touchée, en rencontrant le nom de deux de ses nièces sur la liste de nos religieuses.

La première, la Mère Angélique-Victoire Perthuis des Anges, vécut 45 ans, dont elle employa 25 au service de la Communauté. Le Récit dit “qu’elle avait une très-belle main, et qu’elle enseigna pendant vingt ans l'écriture aux élèves, ayant un grand talent pour les faire avancer. Elle chérissait de préférence le soin des plus jeunes élèves, goûtant un bonheur extrême à graver de bons sentiments dans ces jeunes cœurs, et à leur enseigner, comme disent nos Constitutions, ces prières qui ont été prononcées par la bouche même du Fils de Dieu ou dictées par l’Esprit-Saint. Elle observait un silence exact, se rappelant ce que dit l'Apôtre : ‘“ Celui qui ne péche pas par la langue est un homme parfait.”

“ Une inflammation des plus douloureuses l’emporta en quelques jours. Dans la plus grande violence de son mal, sa sœur qu'elle affectionnait bien tendrement, s’approcha d'elle pour tâcher de la soulager en quelque chose; mais elle n’en voulut recevoir aucun service que l'infirmière, à laquelle la règle nous soumet dans la maladie, ne lui en eût donné la permission, tant elle craignait d'accorder quelque chose à la nature, et d’affaiblir en elle la grâce. L'ouverture du Jubilé n’était pas encore faite, elle eut cependant le bonheur de le gagner avant de mourir, par une bonté de Mgr notre digne évêque.”

Quinze ans plus tard, 1761, le Récit notait la mort de la

de la natnre.

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Mère Geneviève Perthuis de Saint-Charles, fille comme la précédente de M, Charles Perthuis, marchand de Québec, et de Mme M.-Madeleine Roberge, Ne séparons pas deux sœurs qui ont été si unies dans la pratique du bien, et qui ont ajouté un beau reflet de vertu à la bannière de Ste-Ursule

La Mère Perthuis de Saint-Charles nous est donnée comme ‘une personne d'esprit, adroite à tout, silencieuse, charitable, d’une conscience délicate et même scrupuleuse sur l'observance de nos saintes règles, capable d'actes héroïques dans la pratique de toutes les vertus. Cette fervente religieuse, quoique attachée à la croix de Notre-Scigneur par les infirmités, à trouvé moyen de remplir à la satisfaction de tout le monûe, les offices de dépositaire, maîtresse des novices, et maîtresse générale, Elle a reçu sa récompense après 60 ans de travaux et de mérites, dont elle avait passé 38 ans en Religion.”

Deur soeurs et une nièce qui ribalisent de ferbeur.

Voici encore le spectacle consolant de deux sœurs, filles de M. Gervais Baudouin, chirurgien de Québec, et de Mme Anne Aubé, enrôlées sous la bannière de S'e-Ursule,

La Mère Elisabeth Baudouin, dite Thérèse de Jésus, mourut en 1747, âgée de 50 ans, dont elle avait passé 31 en Religion. Le Récit nous la représente comme un de ces bons sujets sur lesquels une Communauté compte pour les emplois difficiles. “ La vocation d’Ursuline semble lui avoir été indiquée par Dieu dès son bas âge, car tout son attrait et son plaisir était alors d’assembler des petites filles et de les composer en classes, comme il est d'usage an pensionnat. Ce zèle pour l'instruction de la jeunesse ne fit que s’accroître avec les années, et cette chère sœur nous en a donné des preuves bien précieuses, Elle était depuis cinq ans et demi dépositaire, quand elle fut atteinte de sa maladie mortelle, Naturellement faibie et délicate, sa santé avait paru se for.

tifier avec les années, et nous la croyions tirée d'affaire, quand elle nous a soudainement échappé, au grand regret de toutes. Quant à elle, non-seulement elle s'est soumise à la volonté de Dieu, mais encore elle le remerciait avec effusion de cœur, de ce qu'il daignait l'appeler à régner avec lui dans son éternel royaume.”

Sa sœur aînée, Geneviève de Saint-Augustin, l'avait précédée de huit ans au séjour de la récompense. D'une santé encore plus délicate, mais d'une humeur non moins charmante, ‘elle sut se faire chérir de toutes, étant adroite et commode dans tous les ottices. Elle avait une très-belle voix, qui fut employée sans réserve à la gloire de Dieu, estimant beaucoup l'office de première chantre, qu’elle a rempli pendant bien des années. Elle était maîtresse générale des classes, emploi qu'elle remplissait au parfait, sachantse faire aimer et craindre des enfants, quand Dieu permit qu’une forte fièvre nous l’enlevât après quinze jours de maladie, dans la 49ème année de son âge, et la 31ème, de sa profession religieuse.”

Une nièce des deux précédentes, Mile Anne-Thérèse-Marguerite, fille de M. Baudouin, aussi chirurgien résidant à Québec, et de Mme Marie-Thérèse Guyon, ravit le ciel encore plus vite que ses vertueuses tantes, étant morte en 1754, âgée seulement de 38 ans, et n'en ayant que 20 de profession religieuse.

“Ses parents, dit le Récit, lui avaient donné une éducation à briller dans le monde, et quoique bons chrétiens, ils s’opposèrent longtemps à son entrée dans notre Monastère, Mais la grâce triompha, et cette généreuse Dlle sut laisser le monde à un âge où tout conspirait à lui faire aimer ses plaisirs et ses vanités, et cela pour se faire l'épouse de Jésus

crucif é, qu’elle aimait autant que peut sur terre une faible . créature.

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Saint-Frs, de Borgia seconda admirablement le zèle de MM, les Curés de ce pays, pour l’ornement des églises, sacrifiant même sa santé pour honorer le Dieu caché du tabernacle, Elle aussi chantait extrêmement bien et ne se ménageait pas; elle se fut faite la suppléante de toutes ses sœurs, tant pour chanter à vêpres qu'à la grand’messe, si on l’eût voulu croire. Sa dévotion envers la très-sainte Vierge était toute filiale, jamais elle ne manqua à la pieuse pratique qu’elle tenait de ses to: .ces, de visiter journellement la chapelle de Marie; ce fut cn prononçant ce nom béni qu'elle expira.”

Da bdénéree Mère MA-Mad. Ampvot Ve Ia Conception.

La Mère Marie-Madeleine Amyot de la Conception est un des plus beaux anneaux de la chaîne de nos traditions. Fille d’une des premières élèves (1) du Monastère, elle connut parfaitement toutes les fondatrices, moins la Mère de la Troche de Saint-Joseph. Elle était dans sa dizième année lors de la mort de notre Vén. Mère, ot se trouvait parmi les heureuses élèves qui reçurent ses dernières Lénédictions,

Le culte de la sainte défunte resta gravé dans son âme, ainsi que son immense amour pour le Sacré-Cœur de Jésus, Elle porta aux Ursulines des Trois-Rivières, dont elle fut une des quatre fondatrices, en 1697, ces deux précieuses dévotions.

Nous avons dit en 1724, époque où elle était supérieure, dans quels sentiments de vénération elle présida à la translation des restes des saintes fondatrices. Les documents du temps font voir qu’elle travailla avec ardeur à la Béatification de notre Vén. Mère Marie de l’Incarnation.

Voici les pages touchantes du registre à son sujet, à l'année 1747.

(1) Mlle Geneviève de Chavigny, qui était au pensionnat pen après l'incendie de 1650. Elle épousa en 1660, M. Charies Amyot

“ Notre Communauté vient de perdre un grand exemple de vertu dans la personne de notre vénérée et chère Mère Zélatrice, la Mère Marie-Madeleine Amyot de la Conception, Cette chère Mère a fourni une longue carrière dont tous les jours ont été pleins aux yeux du Seigneur, Elle était la plus ancienne de notre maison, ayant 85 ans d'âge, dont 70 de vie religieuse.

“ Dès le jeune âge, elle s'était donnée à Dieu, quoiqu'elle fût fille unique et que sa mère, qui était une femme d'esprit et la bienvenue daus les plus belles compagnies et chez les personnes les plus considérables, ne sortit jamais sans être accompagnée de sa fille, dont on ne faisait pas moins d'estime que de la mère. C'était quelque chose de bien séduisant pour une jeune personne de 13 ans, qui ne voyaitque le faux brillant du monde sans en connaîtré encore les dangers.

“ Mme Amyot cependant était d’une attention scrupuleuse à veiller sur sa fille, ayant toujours les yeux sur elle pour la maintenir dans la plus exacte modestie et bienséance, ne manquant pas de la reprendre en particulier des moindres fautes qui lui échappaient. Cette conduite un peu gênante pour une jeune personne commença à la dégoûter des compagnies, la grâce se servant des exigences du monde

pour attirer cette âme aux sacrifices bien autrement faciles et méritoires de la sainte religion.

“ Etant revenue à notre pensionnat, l'Esprit divin ne tarda pas à lui parler si efficacement au cœur qu'elle

demanda avec instance d’être admise au noviciat. Sa ferveur fut telle que l'on se trouva comme forcée de l’admettre avant

de Vincelette (fief près du cap Saint-Ignace). En 1630, après onze ans de veuvage, elle contracta un second maria: avec M. J.-B. Couillard de l'Espinay, procureur du Roy et lieutvnant de l'Amirauté. Son unique fils Charles-Joseph, épousa à Montréal en 1694 Mile M.-Elise du Hautmesny. +

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l’âge, Mme sa mère, qui était très-chrétienne, ayant généreusement fait son sacritice,

“ Si le Seigneur avait gratifié cette chère Mère de bien des talents, elle a su en faire un saint usage pour sa gloire, surtout dans l'instruction des enfants pour laquelle elle avait un grand zèle. Elle y a été employée grand nombre d'années, soit comme maîtresse générale, soit comme maîtresse particulière, sachant à la fois se faire craindre et aimer,

‘“ En 1697, elle fut une des quatre religieuses de chœur, choisies pour établir notre maison des Trois-Rivières. Après y être demeurée trois ans, Mgr la rappela sur les instances de Mme su mère.

“ Elle a exercé les emplois les plus considérables de notre maison, Véritable pilier des saintes observances, elle les a suivies jusqu'à la mort, même le lever de quatre heures, étant des premières à aller rendre ses devoirs à Notre-Seigneur dans le Saint-Sacrement,.

“ Jusque dans ses derniers jours, elle eut soin de la chapelle de la sainte Vierge et des saintes reliques, tout étant tenu dans le meilleur goût et la plus exquise propreté, Hiver comme été, elle ne se reposait sur personne pour les parures des grandes fêtes.

“ Dès l'établissement de la confrérie du Sacré-Cœur dans notre église, elle fut chargée de tenir le registre des associés, Son amour pour Notre-Seigneur lui faisait profiter des occasions où les gens venaient se faire inscrire; pour les instruire de la solidité et des avantages de cette précieuse dévotion. Elle employait souvent à cela des temps considérables, ne tenant pas compte du froid excessif qu’elle endurait dans notre parloir en hiver.

“Ne pouvant ici m'étendre sur les vertus de notre chère défunte, je dirai en résumé qu’elle avait un grand amour pour

Dieu et la plus tendre dévotion envers la sainte Vierge, uno foi vive et une grande confiance en Dieu, Elle était humble, charitable, respectueuse et soumise à l'égard des supérieurs, Son esprit de pauvreté était tel qu'à sa mort, on ne lui a trouvé que le plus strict nécessaire. Sa mortification l’a suivie jusque dans son grand âge, où elle refusait à son corps les adoucissements qu’il semblait raisonnable de lui accorder, Comme elle était fort adroite, on s’adressait à elle d'autant plus volontiers que l’on était sûr de n'être pas éconduit.

“ Elle aimait le travail et était habile dans tous les genres d'ouvrages, les exécutant encore avec autant de délicatesse que dans ses jeunes années. Ses bouquets d'église étaient d'un si bon goût qu'ils faisaient l'admiration de tous ; on ne pouvait se persuader qu'ils sortissent des mains d'une personne de 85 ans. Aussi n'avait-elle aucun des apanages de la vieillesse, et nous avions plein espoir de la conserver encore plusieurs années. Mais c'était un fruit mûr pour le ciel. Notre-Seigneur, qu’elle a tant de fois couronné de fleurs dans le sacrement de son amour, a voulu la couronner de gloire dans son royaume. Le 13 octobre 1747, elle expira doucement, ayant reçu avec sa piété ordinaire tous les secours de notre sainte religion.”

Æucore un pilier de l'autre siècle

Nous présentions à nos lectrices comme postulante, en 1688, Mile Louise-Rose de Lanaudière, née à Montréal, fille de M. Thomas-Xavier de la Pérade de Lanaudière (1) qui,

(1) Cette famille, qui existe encore en Canada. doit son origine comme tant d'autres, au noble et loyal régiment de Cuarignan- Sulières. Le nom de M. Thomas-Xavier Tarieu de Lanaudière, est un des noms historiques qui embellissent les annales de notre pays ; sa mémoire y vivra d'autant plus, qu’elle se trouve associée

te Vierge, une était humble, les supérieurs.

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selon notre Récit, occupait à Ville-Marie le poste de TLieutenant du Roi Sa mère, Mme Marguerite Denis, n'était pas moins recommandable par les qualités de l'esprit et du cœut que par sa tendre piété. Elle-même avait cru, dans sa jeunesse, que le Seigneur l’appelait à la vie religieuse, et elle était entrée au noviciat peu avant la mort de nos Fondatrices, qu’elle estimait beaucoup. Ayant connu plus particulièrement la volonté de Diru, elle se retira d’elle-même, et prit plus tard son parti dans le monde, heureuse d’avoir passé par le cloître et compris davantage de quelle importance il est de travailler pour le ciel,

au souvenir de tous les beaux faits accomplis de son temps, pour affranchir le pays du éruel joug des Iroquois.

Le fils ainé de cette famille, marchant sur les traces de son père, combattit aussi les Froquois à outrance, En 1722, il tomba dans une embuscade que lui avaient tendue ces perfides, Mais sa pieuse sœur priait pour lui, et la Providence perinit que la jeune Madeleine- Angélique, l'héroïne de Verchères, à laquelle il était fiancé, s'exposât elle-même à la mort pour l’arracher des mains de ces barbares. Le captif délivré épousa peu après sa libératrice.

Charles-François Tarieu de Lanaudière, fils du précédent et chevalier de Saint-Louis, eut une part glorieuse au combat de Carillon, ainsi qu'à la lutte sanglante qui précéda la congnêre dun pays. Uu autre neveu de notre vénérée Mère se signala au service de la vatrie, à l’époque de l'invasion des Américains, en 1775 et en 1812; il fut mème fait alors prisonnier de guerre ainsi que M, Godefroy de Tonnancour. Une petite-nièce de la Mère L'inaudière. Mlle Marguerite, ce type si parfair de l'ancienne aristocratie française devant laquelle s'inclinaient volontiers nos Lords et nos Ladys d'Angleterre, est morte il y a quelques années à un âge avancé. Dans ses vieilles affections pour la maisou où elie avait été élevée, elle songeait encore dans les derniers jours de sa vie aux bons potages de son enfance. —* Pas de Koupe, disait-eile, comme celle du Couvent! Qu'ou aille done me chercher de la soupe du Couvent!”

Dieu semble avoir récompensé la mère de sa bonne volonté, en donnunt à sa fille une vocation des plus solides, Mlle de Lanaudière ne fut pas plus tôt au pensionnat, qu'elle résolut de ne plus sortir de la maison de Dieu. Elle montra à l’époque de sa première communion, une piété bien audessus de son âge; on la voyait souvent dès lors, quitter les jeux pour aller offrir à Jésus et à Marie, l'hommage de ses affections et de ses désirs.

De jour en jour elle grandissait sensiblement ‘en âge et en sagesse,” s’afférmissant dans la pratique des plus solides vertus. Que d’ingénuité à dérober aux yeux des autres ce qui pouvait lui attirer quelque louange! A quatorze ans, cette nature précoce était déjà prête à marcher dans la voie des parfaits. Sa vocation fut soumise à quelques épreuves de la part de sa famille, mais malgré la rigueur du sacrifice, Mme de Lanaudière fut heureuse de voir si bien remplir au Monastère, la place qu’elle y avait laissée.

C’est surtout comme maîtresse, que la Mère Lanaudière de Ste-Catherine paraît avoir excellé, Son ardeur était toute concentrée sur ses chères élèves externes, dont elle eut le soin pendant de longues années. ‘ Elle en a instruit un grand nombre pour la première communion, dit sa notice, et nous avons eu la consolation de voir dans la suite, ces enfants vivre en bonnes chrétiennes et élever leurs familles duns la crainte de Dieu. Elle avait aussi un talent tout particulier pour instruire les filles sauvages, qui ont toutes si bien profité de ses instructions qu’elles ont vécu en véritables servantes de Dieu, éditiant par leur bonne conduite les personnes de leurs villages, ou les familles chez qui elles étaient en service.”

La Mère Ste-Catherine suivait de près dans les voies de la ferveur, la Mère Amyot de lu Conception, dont nous venons de parler, Ces deux vénérables doyennes semblent s'être en-

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tendues pour se suivre aussi dans l'éternité. Te 5 octobre 1748, ln Mère Lanaudière de Ste-Catherine alla rejoindre au Ciel sa devancière, Elle était dans la 77ème année de son âge et la 60ème de sa vie religieuse,

Da Mère Marie-Anne Dabis de Saint-Benoît,

Sur la fin du premier tome de cette Ilistoire, nous présentions à nos lectrices une intéressante captive de guerre, la première fille d'Albion qui se soit faite religieuse en ce Monastère,

Entrée au noviciat sous les auspices de saint Joseph, le 19 mars 1699, elle reçut l'habit religieux le 14 septembre sui. vant et fit profession le 25 septembre 1701. Voici le témoignage que lui rend le Récit, à son départ pour la patrie céleste.

“Le Seigneur vient de nous enlever notre chère Mère Marie-Anne Davis de Saint-Benoit, après cinq mois de maladie, où elle a montré une grande patience.

“Elle était anglaise de nation et fut enlevée par un parti de Sauvages, qui tuèrent son père sous ses yeux. Etant heureusement tombée entre les mains d’un bon chrétien, qui était chef de son village, il ne permit pas qu'elle fût traitée en esclave, comme d'ordinaire les sauvages ont la barbarie de traiter leurs prisonniers.

‘Elle avait environ quinze ans lorsqu'elle fut rachetée par les Français. Elle demeura successivement en plusieurs bonnes familles, afin d’être formée aux habitudes de la vie civilisée et à l'usage de langue française. Elle montra partout une grande sagesse, et appréciait si bien le don de la foi qu’elle ne voulut jamais entendre parler de retourner dans son pays; elle refusa constamment les sollicitations des ambassadeurs anglais, qui vinrent à plusieurs reprises traiter de l'échange de leurs prisonniers.

‘“ Son désir d'entrer à notre pensionnat pour être instruite plus à fond de notre sainte religion, fut exaucé, et elle se détermina bientôt à se consacrer entièrement à celui qui l'avait si miséricordieusement tirée des ténèbres de l’hérésie. Plusieurs personnes charitables aidèrent à couvrir les frais de son entrée, mais la plus grande partie de sa dot lui fut donnée par la Communauté, en considération de sa bonne vocation et du sacrifice qu’elle faisait de sa patrie pour la conservation de sa foi,

‘“ Elle a vécu en parfaite religieuse, s'acquittant exactement des emplois que lui confiait la sainte obéissance, Son zèle pour la décoration des autels lui faisait particulièrement chérir l'office de sacristine. Son amour du travail, son adresse, son esprit d'ordre et d'économie, la rendaient encore très. ut’ le à la Communauté, quoiqu’elle fût au moins âgée de 70 ans.

‘ Elle était très-dévote à la sainte Vierge et récitait journellement le rosaire. Sa confiance en saint Joseph lui faisait désirer sa protection spéciale à l'heure de la mort, en quoi elle fut exaucée, étant décédée le 2 mars de cette année 1749, après avoir reçu ses derniers sacrements avec une grande ferveur, Elle était dans la 50ème année de sa vie religieuse.”

Œle cousine prise an piége.

La notice suivante démontre une fois de plus quels sont les mystérieux ressorts de la grâce, pour mettre sur la voie de la perfection les âmes que Dieu y a prédestinées,

Mlle Louise Lefebvre, fille de M. Thomas Lefebvre, et de Mme Marie-Hélène Gontier, avait perdu jeune encore ses parents, et avait été adoptée par un oncle, qui la traitait en fille chérie plutôt qu’en nièce. Une de ses cousines, qui se disposait à entrer au pensionnat, la sollicite de l'y accom-

pagner. Mile Lefebvre ne fit d’abord que rire.de la propo--

tre instruite et elle se déà celui qui ; de l’hérésie.

ivrir les frais sa dot lui fut de su bonne utrie pour la

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sition, la vie du cloître ne lui ayant jamais paru attrayante, D'ailleurs, son onele était absent, ce qui rendait une sembluble démarche tout a fuit hors de question, La cousine insiste néanmoins, et parvient à l'entraîner malgré ses répu-: gnances, lui persuadant que son oncle, qui ne lui refusait rien, serait loin d’être mécontent d’une chose si avantageuse à sa chère protégée.

Voilà donc nos deux cousines qui entrent au pensionnat, l’une toute fière de sa conquête, l’autre regrettant presque de s'être laissée gagner, Admizables voies de la Providence de Dieu sur les âmes! A peine Mile Lefebvre a-t-elle mis le pied sur le seuil du cloître, qu'une atmosphère inconnue pénètre son être et embaume son âme! une voix intérieure lui dit que Dieu la veut religieuse, La jeune fille cherche à s'expliquer cette révolution soudaine de ses idées; elle se débat, elle se défend, inutile ! il faut céder à la puissance de la grâce! Ses répugnances se changent alors en désirs si ardents de répondre à l’appel de Dieu, qu’elle demande instamment à la Communauté de la recevoir, L'oncle arrive, il objecte; mais rien ne l’arrête dans ses poursuites et cinq mois seulement après sa première entrée aux Ursulines, elle avait gagné sa cause. ‘“ M. son oncle, dit le Récit, étantun bon chrétien, ne put refuser ce sacrifice à la volonté de Dieu, qui s'était manifestée en cétte vocation, par des voies si singulières,

“Nous n'avons pas eu à nous repentir d’avoir admis cette chère sœur parmi nous. Elle était douée d’un excellent caractère, et avait ce qu’on peut appeler un vrai esprit de Communauté, étant accommodante avec ses compagnes d'office, d’une humeur égale, gaie et agréable sans dissipation, capable en un mot de servir la Religion dans tous les emplois, ayant beaucoup de conduite, d'ordre et d'économie, Elle était employée avec succès à l'Institut en qualité de seconde

maîtresse, quand les maladies populaires nous ont privées d'un sujet sur lequel nous comptions beaucoup pour l'avenir.”

La Mère Louise Lefebvre des Séraphins mourut à 39 ans; elle avait passé près de quinze ans à bénir Dieu, de l’heureux piége qu’il lui avait tendu pour l'attirer toute à lui.

Da Mere Pinguet-Vaucours de Saint-Frs=Xadier:

Cette année 1749, fut une année de sacrifices et fit cou'er bien des larmes ; mais il en faut sur la route de l’exil, pour aviver, même dans le cœur des plus parfaits, le souvenir de la patrie.

Quinze jours ne s'étaient pas écoulés depuis la mort de la Mère des Séraphins, que la Mère Saint-François-Y:rier se trouva à touts extrémité. ‘ Le 4 décembre, après avoir entendu en esprit la sainte messe qui se disait dans notre église, elle expira doucement,” emportée par ces fièvres de navire dont nous avons parlé au chapitre précédent,

La Mère Saint-Frs.-Xavier était une personne très-énergique ‘se nourrissant de mortifications, et cachant ses souffrances eomme un avare cache son trésor.” Cette parole indique, il nous semble, une profonde connaissance du mystère de Jésus crucifié dans celle qui apprécie ainsi le mérite de ses sœurs.

« Cette chère Mère eut à subir la rude épreuve du scrupule; mais son obéissance fut telle qu’elle ne manquait

jamais les communions générales, quelque peine qu’elle éprouvât intérieurement.

“ Son exactitude à la règle et aux plus petites observances, sa piété exemplaire, sa charité pleine de dévoue. ment et de condescendance ; ses bas sentiments d'elle-même, son ardeur aux travaux communs et obscurs, en ont fait le modèle d’une parfaite religieuse.

ont privées ur l'avenir.”

ut à 39 ans; eu, de l’heuoute à lui.

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‘“ Sans l'intervention de l’obéissance, elle serait morte en marchant, tant elle était dure sur elle-même. Elle reçut les derniers sacrements le 3 décembre, jour de la fête de son glorieux patron, n'ayant aucunement souffert de ses scrupules et peines intérieures dans cette dernière maladie.

“ Elle était âgée de 54 ans, dont 35 de profession religieuse,”

Huit jours après la Mère Saint-François-Xavier, le 12 décembre, la tombe s’ouvrit de nouveau pour la Mère d’Ailleboust de Saint-Nicolas, emportée par les même tièvres pérnicieuses,.

ue fille qui n’a pas démenti l'hévoisme De son père.

De toutes nos élèves Montréalaises qui se consacrèrent à Dieu dans cette maison, aucune ne le fit dans des vues plus pures ni avec plus de ferveur que Mile Marie-Joseph d’Ailleboust, fille de l’intrépide d’Ailleboust de Manteth qui, en 1690, avait commandé avec M. Lemoyne de Ste-Hélène, (1) une des trois expéditions organisées par le comte de Frontenac pour la défense du pays.

Dès son noviciat, Mile de Manteth, dont l'éducation avait été fort soignée pour le temps, fit preuve d’une rare capacité pour l'instruction de la jeunesse, et elle y réussit à tel point, que nous qui écrivons ceci plus cent vingt-cinq ans après sa mort, pouvons affirmer avoir entendu d'anciennes religieuses, répéter les éloges que leurs mères avaient bien des fois donnés, aux rares talents de leur ancienne maîtresse, la Mère d’Ailleboust de Saint-Nicolas.

Cette vertueuse Ursuline, “ qüi ne s'était faite religieuse que pour assurer son salut et travailler au bien des âmes, se soutint invariablement dans la pratique de la plus aimable et solide piété. Elle supportait depuis longtemps, comme

(1) Voir notes à la fin du volume.

première maîtresse des pensionnaires, la responsabilité et les fatigues attachées à cette fonction, et elle y était encore employée lors de l'épidémie de 1749. Ta maladie courante, en frappant et empor: cn quelques jours sa compagne d'office, lui donna à el: me un bien rude coup. Elle sentit bientôt les premières uweintes du mal, mais en bon soldat qui doit tenir à son poste jusqu’au bout, elle ne voulut pas “rendre les armes,’ comme elle le disait agréablement. Sentant cependant que c'en était fait de sa vie, elle s’occupa de mettre dans un ordre parfait tout ce qui concernait les classes et les élèves, afin d’exempter toute la peine possible à celle qui la devrait remplacer: ce qu’elle fit avec une aussi grande tranquillité et sérénité d’eprit que s'il se fut agi d’un simple changement d'office.

‘“ Rendue à l’infirmerie, elle s’abandonna entièrement entre les mains du médecin et des infirmières, ne s’inquiétant nullement de l'issue de la maladie, mais très-attentive à la pratique de sa sainte règle, et de toutes les vertus qui pouvaient la rapprocher de Dieu. On ne pouvait voir cette innocente victime expirant sur son lit de douleur, sans se sentir porté à louer Celui qui, en la frappant, lui donnait un courage si admirable. Elle n'avait de parole que pour bénir la main qui l’afligeait. Quoiqu’elle fût persuadée qu'elle ne reviendrait pas de cette maladie, elle prenait en silence tous les remèdes qu’on lui présentait, même les plus répugnants, non pas pour conserver ou prolonger sa vie, qu’elle avait déjà de grand cœur sacrifiée à Dieu, mais pour faire sa sainte volonté et obéir jusqu’au dernier soupir.” Les médecins, qui voulaient à tout prix la sauver, lasoumirent aux traitements les plus durs, Ce fut alors qu’on vit la grâce seconder et perfectionner, ce grand courage héréditaire dans sa famille. “Cette chère sœur est morte en héroïne, ajoute sa notice, se laissant tirer jusqu’à la dernière goutte de son sang.” Elle était âgée de 48 ans, dont elle avait passé 27 en Religion.

onsabilité et r était encore die courante, sa compagne p. Elle sentit en bon soldat ne voulut pas agréablement, , elle s'occupa concernait les peine possible fit avec une que s'il se fut

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Une de ses sœurs, qui s'était faite hospitalière à l'Hôpital- Général de cette ville, l'avait précédée de quatorze ans dans la tombe. (1)

Da A ve Angélique Roberge de Saintt-Marie.

La Mère Sainte-Marie était une des anciennes de la Communauté, étant âgée de 73 ans dont 54 de profession, quand sonna pour elle l'heure de la délivrance. Depuis quatorze ans elle était clouée sur son lit de douleur par une maladie terrible, une affection scorbutique, qui se répandit dans toute sa nature et lui causait des douleurs excessives, Heureuse d'avoir été choisie pour représenter dans la Communauté la Passion du Sauveur, elle se tenait en esprit de victime, se voyant avec une joie toute surnaturelle, consumer et détruire par les ordres de la divine Providence.

“Cette chère Mère avait un grand zèle et un grand talent pour notre saint Institut, où elle fut beaucoup employée dans les premières années de sa vie religieuse. Etant devenue infirme, elle tourna le mieux qu’elle pût au profit de la sainte Religion, l'esprit et l'adresse qu’elle avait reçus du ciel. C’est en grande partie à ses travaux que notre autel du Sacré-Cœur doit d'être un des plus beaux du diocèse, Elle avait la plus tendre dévotion pour ce divin Cœur, et une grande confiance envers la très-sainte Vierge, qui lui a sans doute obtenu de son cher Fils un jugement favorable.”

(1) Mile Marie d'Ailleboust de Manteth, entrée à l'Hôpital- Général de Québec le 15 sept 1717, reçut peu après le saint habit sous le nom de Sainte-Clotilde, Elle mourut jeune encore, mais riche en mérites, le 7 avril 1735. Deux de leurs nièces furent relie gieuses à l'Hôtel-Dieu de Montréal: Marguerite, qui mourut en 1734, et Louise-Gabrielle, qui mourut en 1811, âgée de 80 ans.

Œtne admirable Œuetense.

Il n’est pas rare de voir de jeunes personnes éprouver dès leurs premières années, de ces peines qui brisent les cœurs sensibles, et renversent toutes les espérances d'avenir; mais combien y en a-t-il qui sachent apprécier les desseins miséricordieux de la Providence, dans ces disgrâces apparentes ? Trop souvent on se dépite contre la fortune, on s’indigne des privations qu’elle nous impose, on ambitionne les honneurs qu’elle nous refuse, sans penser que peut-être, ces dons périssables seraient le goutfre où s’engloutirait notre âme. Plus d’une jeune personne a dû à ces épreuves les réflexions qui l’ont sauvée; on y a perdu en avantages mondains et temporels, en jouissances communes et vulgaires ; mais combien l'esprit et le cœur ont gagné à l'échange !

Mile d’Esglis, qui appartenait à une des plus honorables familles du pays, avait reçu de sa mère, Louise-Philippe Chartier de Lotbinière, (1) les éléments des sciences et de

(1) Nous devons à l’obligeance de M. PAbbé Ferland, des renseignements d'un vif intérêt sur la famiile Lot-Biuière. Cette familie, qui remonte au 14e siècle et qui fut anoblie dans sa seconde génération par le roi Charles VI, compte parmi ses ancêtres, des homimes d'état très-éminents, un évêqne de Paris, plusieurs religieux et religieuses, dont une Ursuline à Tours. A la 5e génération, elle s'ailie à la funille de Châteaubriand. et à la 9e, elle est représentée par Louis-Théandre Chartier de Lot- Binière, qui acconpazna M. de Lausou en Canada en 1650, et qui fut le premier Lieutenant Général dans la prévoté de Québec. Son fils René-Louis Chartier est Puïeul de notre religieuse ainsi que du huitième évêque de Québec, par sa fille Louise- Philippe, qui épousa le Chevalier Mariauchau d'Exglis. Eustache Chartier de Lot-Binivre, fils de René-Louis, étant resté veuf, pritle chagrin si fort à cœur qu'il ne voulut plus regarder figure de femme ; il entra dans les ordres et fut ordonné prétre par Mgr de Saint- Valier, en 1726. Nommé peu après vicaire général, il se débattit

éprouver dès pt les cœurs avenir; mais lesseins miséapparentes ?

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Jigieuse ainsi uise- Philippe, hache Chartier pritle chagrin le fennne ; il gr de Saintil se débattit

la doctrine chrétienne. Nous ignorons à qu’elle époque elle perdit cette excellente mère, mais le Récit nous dit “qu’elle resta de bonne heure orpheline.” Elle termina ses études

à nos classes et retourna dans sa famille.

L'avenir n'apparaissait pas à Mile d'Esglis, entouré de ce prestige enchanteur qui aveugle souvent ceux que la for-

Vigoureusement contre les chanoines en 1727, et mourut archidiacre de la cathédrale de Québec en 1749. L'exemple de ses vertus porta trois de ses enfants à entrer aussi dans la voie plus parfaite : Eustache se fit prêtre comine son père, François-Louis fut prêtre er Récoilet, et Louise, la plus jeune de ses filles, se fit Hospitalière, comme il a déjà été dit. Marie-Françoise épousa Jus, Ant. Thomas Duchesnay, Ge seigneur de Beauport.

Michel-Eustache-Gaspard-Alain continua ia lignée. Il épousa Mile Louise Chaussegros de Léry, dont il eut deux enfants : Eustache-Gaspurd-Michel et Charlotte. Cette dernière épousa le juge de Bonne de Lesdiguières. Ingénieur du premier ordre, Michel- Euxstache-Gaspard-Alain se dévoua à la défense de son pays en dirigeant les travaux des fortifications, à Carillon et à l'Tle-aux- Noix. Ilenvoya à la cour de France une relation de la bataille de Carillon, et reçut en retour la croix de Saint-Louis et le titre de marquis.

Eustache-Gaspard-Michel vit s'éteindre avec lui, à la 13e génération, le nom de sa fiunille. Mais comme il avait acquis depuis la Conquête, les seigneuries de Vaudreuil, Rigaud et autres, il put léguer à chacune de ses trois filles autant de biens à la fois, que les pères de famiiles en ont pour lordinuire à partager entre de nombreux enfants.

La dernière petite-nièce de la Mère Herman de S'int-Eustache, que nous ayons connue, à été Mlle Louise Bingham, désignée sous le non de comtesse de Bois-Guilbert. Sa sœur Charlotte re fit Sr de Charité à Paris, et son frère Henri, catholique comme ses sœurs &b si ère, épousa en premières noces une de nos anciennes élèves, Mile Hélène Pemberton, qui mourut, il y a quelques années, à leur magnifique résidence de Colehiil, en Angleterre,

tune favorise. Si elle pouvait se féliciter d’hériter d'un beau nom, elle comprit aussi qu’elle n'avait pas d'autre héritage à attendre, et dans la délicatesse de ses sentiments, elle évitait tout ce qui eut pu attirer l'attention de son père sur son manque de ressources pécuniaires. lle fit de longues et profondes réflexions sur la valeur de ces biens, qui sont souvent le partage de ceux qui méritent le moins les regards du ciel; elle médita sérieusement la portée et le but de notre existence terrestre, que traversent tant de vicissitudes. C’est ainsi qu’elle acquit cette sagesse prématurée que Salomon estimait plus précieuse que l'or, et qu'il ait allé chercher jusqu'aux extrémités de la terre,

wire jeune Dlle eut pu sans doute, comme sa sœur, espérer nne alliance honorable ; mais son cœur avait grandi dans 14, «70, et le mondeétait devenu trop petit pour elle. Cine! dau ‘omment demander l'entrée d’une Communauté, dont les .2v{ :. sont restreints, quand on n'y apporte pas cette petite contribution que la Religion exige, afin de ne pas exposer le corps entier à faillir faute du nécessaire ?.. Pendant son séjour au pensionnat, sa piété, sa douceur, ses manières nobles et distinguées, avaient ravi tout le monde, et sans doute, on se fut mis en peine de lui venir en aide ; mais par délicatesse, elle n'avait pas même laissé soupçonner le pieux désir qu’elle nourrissait au fond de son âme.

Un jour que sondant sa position avec toute la vivacité de son cœur sensible, elle s'était sentie plus triste qu’à l'ordinaire, elle se jette à genoux pour offrir au ciel et sa peine et ses désirs, Soudain se présente à son esprit une de ces pensées pures et lumineuses que les anges seuls savent inspirer... ‘ Oui, dit-elle, en se relevant, contente et fortifiée ; oui, je ferai une quête publique! mon bon ange m'assistera..…”” Ayant été invitée peu après chez Mme de Brouage s& sœur, elle y accomplit sa généreuse résolution, allant modestement accompagnée do quelques amis, de

HISTOIRE DU MONASTÈRE, 421 hériter d’un d'autre hérisentiments, tion de son Elle fit de le ces biens, nt le moins à portée et le sent tant de gesse prémal'or, et qu'il

porte en porte, sollicitant pour l'amour de Dieu, un secours

qui allait assurer le salut de son âme et le bonheur de son . avenir, en lui ouvrant le chemin du cloître. “Cet acte

d'humilité dans une personne de son rang, causa la plus

vive sensation parmi les citoyens de Québec. Elle montra

alors, dit le Récit, une vertu si relevée que tous, grands et

petits, en restèrent dans l'admiration et s'empressèrent

d'assister la noble demoiselle.”

Sa quête finie, Mile d’Esglis s'en vient rayonnante au Monastère, sollicitant maintenant l’aumôme d'une place parmi les filles de sainte Angèle. Il eût été difficile de douter d’une pareille vocation ; elle fut admise avec bonheur, et au mois de mai 1733, elle fit profession entre les mains de son oncle, ‘“ Messire Eustache Chartier de Lotbinière, grand archidiacre de la cathédrale, conseiller au conseil supérieur de Québec.

‘“ Mlle d’Esglis, connue en Religion sous le nom de Mère Herman de Saint-Eustache, fut employée à l’Insti ut, dit le Récit, avec un succès extraordinaire, tant pour les classes, que pour son adresse à enseigner aux élèves ces beaux ouvrages, qui attirent à notre pensionnat une si nombreuse jeunesse, nous procurant le bonheur de les nourrir des saintes vérités de notre Religion, pendant qu'on leur apprend à travailler de la main.

me sa sœur, ‘avait grandi etit pour elle.

Communauté, y apporte pas ze, afin de ne nécessaire ?...

a douceur, ses out le monde, enir en aide ;

la vivacité de te qu'à l’ordilet sa peine une de ces

“ La douceur, la prudence et autres belles qualités de cette chère Mère, nous auraient fait plaisir dans les premiers emplois de la maison, s'il n’eût plu à Notre-Seigneur de lui faire part de ses souffrances, Pendant huit ans, elle se vit réduite à ne pouvoir marcher sans le secours d’une béquille, et les vingt-cinq derniers mois de sa vie, elle ne put quitter le lit. Sa patience et sa résignation à la volonté de Dieu, l’ont soutenue sous le poids de croix si rigoureuses; sa foi vive lui faisant envisager la maladie comme un don non moins précieux que celui de la santé. Jusqu'au dernier mo-

seuls savent ente et fortin bon ange hez Mme de e résolution, Les amis, de

ment, elle ne cessa de bénir Dien de l’avoir mise au nombre de ses épouses, et de témoigner sa reconnaissance à la Communauté, de la grâce qu’elle lui avait faite de la recevoir. Ce fut M. de Vil'urs, supérieur du séminaire de cette ville, notre très-digne confesseur, qui la disposa à aller à la rencontre de l’Epoux des âmes. Elle était dans sa 40e année, et comptait 20 ans de profession religieuse.”

ÆZincore denr beaux Modèles De bertus.

La Mère de Norey du Mesnil de Ste-Gertrude nous est présentée par le Récit, comme une âme extrêmement bien douée, du côté de la nature et de la grâce, mais tellement amoureuse de la vie cachée et inconnue,qu'elle se réjouissait des infirmités qui captivaient son ardeur et son zèle, “Jamais on ne l’entendait parler de sa famille, qui était trèsillustre, vertu rare dans les personnes de naissance,

‘ Ses infirmités ne permettant pas de la charger d'aucun emploi suivi, elle était attentive à soulager les maîiresses en tout ce qu'elle pouvait et à les suppléer au besoin, trop heureuse de pouvoir contribuer en quelque chose au bien des âmes,

‘“ Notre-Seigneur, qui avait des vues de prédilection sur cette âme innocente, semble ne l'avoir ainsi cachée aux yeux des hommes, que pour lui communiquer avec plus de profusion ses divines faveurs. Il la gratitia du don des larmes dans l’oraison, et l'éleva à un éminent degré d'union avec lui.

“ Lo 11 juin 1751, cette âme flèle et amie de la croix fut enfin conviée à l'union béatique, après laquelle elle soupirait avec ardeur, Elle était âgée de 52 ans douat elle avait passé 34 en ce Monastère de Ste-Ursule.”

La Mèxe Félicité Poulin de l’Assomption, décédée le 30 septembre 1754, accomplit aussi l’œuvre de Dieu par la voie

se au nombre nee à la Com- , la recevoir. :

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de la souffrance et du sacrifice, “ Depuis son entrée en religion, sa santé fut toujours très-faible; mais si elle n'était pas capable de grands travaux, elle s'en dédommageait amplement par le plus scrupuleux emploi de son temps, tournant toute son adresse et son industrie au profit de la Communauté, Elle était à la main des Supérieures pour tout, se montrant charitable et compatissante envers le prochain.

‘“ Elle reçut ses derniers sacrements le soir de la Saint- Michel, dans les sentiments de piété qui l'avaient animée toute sa vie, Sa dernière maladie fut une fluxion de poitrine qui l’emporta au cinquième jour. Elle était dans la 62ème année de son âge et la 33ème de sa vie religieuse.

La Mère Félicité Poulin de l’Assomption était native de la paroisse de Sainte-Anne, côte de Beaupré. A sa mort, elle laissait auMonastère, pour y retracer son dévouement et sa ferveur, deux fillesde son frère Pierre, les Mères Saint-François et Saint-Antoine, dont nous aurons plus tard à parler amplement,

Les Martbhes du Monastère appelées au ciel à cette époqne.

Le 5 septembre 1740, mourut à l’âge de 77 ans notre chère sœur Marie Montmesnil de Ste-Cécile, fille de M. Charles Montmesnil et de Mme Marguerite La Vallée. “ Cette chère sœur était née à Cadenay en Normandie et avait quitté la France en compagnie de ses père et mère. Sa mère étant morte duñs la traversée, son père en arrivant à Québec, la plaça chez une dame d’une vertu très-distinguée. Sur les bons témoignages de cette dame notre Communauté la reçut comme postulante converse ; elle avait alors 17 ans. Notre attente n’a point été déçue. Pendant 60 ans, elle a rendu d’inappréciables services à notre maison, étant d’une complexion forte et robuste, et aimant le travail dans un véritable esprit de sa vocation. Tous les offices dont on la chargeait

étaient remplis dans la dernière perfection. Ce fut elle qui, dans notre second incendie (1686), sauva nos saintes reliques, au risque même de su vie.

“Dans les dernières années, Notre-Seigneur se plut à l’unir à sa vie souffrante par diverses infirmités, qu'elle supporta avec une patience d'autant plus admirable qu’elle avait sans cesse à renouveler le sacrffice de son activité nuturelle. Nous avons tout lieu d'espérer que notre Dieu, qui est infiniment riche et libéral, à reçu dans la joie de la céleste patrie cette bonne et fidèle servante.

Les fièvres malignes de 1745 nous enlevèrent, dans le court espace de huit jours, deux de nos bonnes sœurs converses : le 29 janvier, Sr Saint-Jean-Baptiste, et le 6 février, Sr Ste-Thècle,

Sr Françoise de la Forest de Saint-Jean-Baptiste, fille de M, Gilles-Jean de la Forest et de Mme Jeanne Masse, de Québec, est un modèle parfait de lu vraie sœur converse Ursuline, chez qui l'amour du travail doit être le résultat de la ferveur aux exercices de piété. On sait que ces exercices, moins l’oftice divin, sont les mêmes, ici, pour toutes religieuse tant converses que religieuses de chœur

Jamais, dit le récit, on n’entendit notre chère Sr Saint- Jean-Baptiste se plaindre de quoi que ce soit, sinon du trop grand soin que l’on avait d'elle, Elle s’en inquiétait même dans sa dernière maladie, disant que sa vie n'était pas assez précieuse pour la conserver à si gros frais. Elle s’est acquittée de tous ses offices, surtout de celui de boulangère, avec tant d'économie, qu’elle a grandement contribué au soutien de notre maison. Son extrême amour du travail ne lui a pourtant jamais fait manquer un seul exercice de piété. Exhortant les novices converses qui étaient venues la voir avant sa mort, elle leur recommanda sur toutes choses de donner à Dieu la part qui lui était due, ajoutant que c'était

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le moyen de rendre son travail profitable à la Communauté, Elle était âgée de 67 ans dont elle avait passé 50 en Religion.” “Sr Blanche Mourier de Ste-Thècle, âgée de 54 ans dont

30 de Religion, fut attaquée de sa maladie mortelle le jour même de la mort de sa compagne d'office, Sr Saint-Jenn- Baptiste, Elle était fille de M. Pierre Mourier et de Mme Susanne Le Vallet, de la paroisse de Saint-François de l'Ile, et avait été pensionnaire à nos classes, Elle eut pu être religieuse de chœur, mais voyant que la Communauté avait besoin de sœurs converses, elle résolut d’embrasser cet état, croyant être par là plus utile à l’Institut pour le moment. Elle nous est dépeinte comme douée d’un caractère parfait, et une fidèle ouvrière de la vigne du Seigneur; mais nous n'attirerons l'attention de nos lectrices que sur un seul point. Il est rapporté d’un saint, qu’il disait avec joie à ses derniers moments: ‘Je n’eusse jamais pensé qu'il fût si doux de mourir!” Notre sœur Ste-Thècle ne trouvait pus que ce fût assez de le dire, elle voulut encore le chanter, ‘“ Son visage, dit le Récit, était toujours riant et satisfait,

malgré la violence de son mal, Si on lui présentait quelque rafraîchissement, elle disait d’une manière touchante :

“ Mon Jésus, vous avez pris tout l’amer pour vous, et vous m'avez réservé la douceur ! ” Elle aimait tendrement sa Communauté, et voulut toutes nous voir la veille de sa mort pour nous dire adieu, et nous remercier de tout ce que nous

avions fait pour elle, Mgr notre Evêque l'honora de sa visite.

Quelques moments avant sa mort, comme on lui donnait de

l’eau bénite, elle chanta l’Asperges. Elle venait de chanter

dans un saint transport le cantique : “Que Sion est char-

mante !” se réjouissant dans la pensée de le chanter bientôt

au ciel.”

Le 21 mars suivant, une troisième religieuse converse

allait réclamer la récompense de son dévouement et de ses longs travaux,

Sr Marie-Claude Le Vasseur de la Visitation, “ fille de M. Laurent Le Vasseur et de Mme Marie Marchand, née en la côte de Lauson, et baptisée en l'église paroissiale de la Pointe de Lévi,” était une professe de l'autre siècle, En 1699, lors que les fièvres enlevèrent à la maison des Trois-Rivières su seule sœur converse, elle fut nommée pour la remplacer. “ Elle y fut tout à la fois, dit le Récit, dépensière, cuisinière, boulangère, jardinière, et de plus chargée du soin de la bassecour, Impossible d'imaginer toutes les fatigues qu'elle eut à dévorer, dans cette Communauté qui ne faisait que de naître, Elle vint à bout de tout, et soutint ces immenses travaux jusqu'à ce que la maison fût en étut de recevoir et de former des sœurs converses ; alors on la rappela à Québec.

‘“ Dès son entrée en Religion, cette chère sœur conçut une si grande estime de sa vocation, que toute sa crainte était de n'être pas admise à la profession. Ayant vu sortir une novice converse, en qui nous ne trouvions pas les qualités requises, elle imagina de ne plus ôter son habit religieux, afi d'obtenir de Dieu la grâce de la persévérance, couchar. ainsi tout habillée su: le plancher de sa chambre aussi volontiers que sur son lit. Ce ne fut qu'assez longtemps après que l’on découvrit cet excès de ferveur, Elle traitait son corps sans miséricorde, et aurait pu comme saint François, lui demander pardon à sa mort, Au reste, elle était toute de douceur et d'obligeance pour les autres, Quoique devenue aveugle sur la tin de sa vie, elle trouvait moyen de rendre de très-grands services à la Communauté, et ne manquait pas un seul jour de se traîner à la chapelle des Saints, pour rendre ses devoirs à la très-sainte Vierge. Elle mourut âgée de 73 ans, dont elle avait passé 53 à servir sans relâche tant notre Communauté que celle des Trois-Rivières.”

Sr de la Visitation avait été suivie au noviciat par sa sœur (reneviève, dite en Religion de Saint-Joseph. Nous avons dit au chapitre précédent qu’elle fut la première mois-

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sonnée, dans l'épidémie de 1749, Elle était dans la 74ème année de son âge et la 45ème de sa vie religieuse, ‘ Elle postula longtemps pour obtenir le grand bien de l'entrée en religion, la Communauté craignant qu'elle n'eût pas la santé nécessaire, La suite de sa vie fit voir à quel point le dévouement et l'énergie peuvent suppléer à la faiblesse du corps. Son bonheur était de contribuer, par son travail, à la subsistance des épouses de Jésus-Christ et au soutien de notre œuvre, Quoique âgée et infirme, elle ne se donnait point de repos et travaillait encore plus que bien des jeunes personnes, Elle était néanmoins d’une grande exactitude à ses exercices de piété. Tous ses loisirs, les dimanches et fêtes, se passaient aux pieds de Notre-Seigneur dans son sacrement d'amour, se dédommageant par là du peu de temps qu'elle avait sur la semaine en dehors de ses exercices spirituels.”

En 1750, la Communauté perdit une sœur converse de 27 ans, qui n'avait encore que trois ans de profession religieuse, C'était un sujet qui eut rendu service, ayant beuucoup d'aptitude pour tous les emplois de son état. Elle accepta avec soumission les ordres de la divine Providence, et fit de grand cœur à Dieu le sacrifice de sa jeunesse, C'était Sr Angéiique de Saint-Jean-Baptiste, fille de M. François Bourassa et de Mme Marguerite Jourdain. lle était née et avait été baptisée dans la paroisse de Saint-Joseph de Lévis.

Deux bictimes des années de privations et De misères.

“Notre-Seigneur vient de retirer de cette vallée de misère, dit le Récit en date de la fin d'août 1756, notre chère Mère Marie-Madeleine Drouard de Saint-Michel, à qui il a donné le centuple dès ce monde, l'ayant appelée à lui à l’âge de quatorze ans, et ayant ujouté à cette première grâce celle de

‘vivre en bonne et sainte religieuse.”

Nous ne savons ce que nos lectrices pensent de cette appréciation. Notre-Seigneur a promis, il est vrai, le centuple dès cette vie à celui qui quittera tout pour son amour ; mais celle qui écrit la notice fait consister ce centuple dans le bien même d’avoir tout quitté. Ne faut-il pas qu’elle soit, elle-même, intimement pénétrée du bonheur de s'être séparée du monde et de tout ce qui 2’; :7##ache ?

La vénérée Mère Drouard de Saint-Michel avait atteint sa 82e année, et passé 67 ans en Religion, quand elle vit poindre l’aurore de son éternelle félicité, ‘“ désirant ardemment mourir pour suivre son divin Epoux. Elle arempli pendant cette longue carrière, et à la satisfaction de tout le monde, toutes les charges du Monastère, à l'exception de celle de supérieure. Son union avec Dieu était d'autant plus intime, qu’elle s’en tenait aux occupations dont l’obéissance la chargeait, étant toutefois prévenante pour toutes et toujours prête à obliger.” Elle contribua beaucoup, par son dévouement et son travail, à l'établissement des Ursulines des Trois-Rivières, dont elle fut une des quatre fondatrices,

La Mère Drouard de Saint-Michel s'était ressentie de l'état de gêne où se trouvait déjà la Communauté, par suite de la disette et de la guerre ; mais celle qui fit rouvrir le caveau funèbre, deux ans plus tard, en avait bien autrement souffert, À

La Mère Angélique-Françoise Langlois de Ste-Elisabeth, fille de M. Jacques Langlois et de Mme Marie - Thérèse Lessard, était native de Québec. Le Récit lui attribue de précieuses qualités, surtout un cœur naturellement sensible et compatissant aux misères d'autrui. La piété était comme innée en elle ; dès l’enfance, elle fit pressentir qu’elle se consacverait un jour tout à Dieu. Elle avait beaucoup d’adresse et l’a employée sans relâche pour le bien de notre Communauté,

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Son bon cœur se manifesta particulièrement dans sa dernière maladie, où nos Mères manquaient de tout. Comprenant la peine qu'éprouvaient les infirmières, de n'avoir à lui offrir que ce pain noir, qui répugnait même aux personnes bien portantes, l’aimable malade sc mo:t.s't ne extrême reconnaissance pour les bons soins qu'on avait d'elle, paraissant toujours joyeuse et parfaitement satisfaite.

La Mère Langlois de Ste-Elisabeth mourut le 8 avril 1758 âgée de 59 ans ; elle comptait 40 années de vie religieuse. Dieu lui épargna le spectacle de la grande catastrophe, dont on éprouvuit déjà les sinistres avant-coureurs ; à l'époque où elle mourut, les privations de toutes sortes étaient du moins adoucies par l'espoir d’un triomphe final.

Il n’en fut pas de même de la Mère M.-Agathe Le Clerc de Ste-Marguerite, morte le 30 avril 1759. Nous avons dit au chapitre précédent les vertus de cette chère Mère et combien on l’estimait heureuse de quitter cette vallée de misère et de larmes, surtout en perspective de la ruine du

pays.

ne captibe un Seigneur deux fois erpatriée.

La Mère Jeryan de Saint-Joseph est cette enfunt de la Providence que nous présentions à nos lectrices en 1720, comme novice Ursuline. Elle arrivait au Monastère, ayant complètement oublié sa langue maternelle, l'Anglais, parlant parfaitement l’Abénaquis, mais assez mal le Français pour que le R. P. Messaiger S. J, s’en amusât encore longtemps dans ses lettres, après son retour en France.

La Mère de Saint-Joseph était une personne d’un caractère d’or ; toute son ambition était de devenir une parfaite religieuse, et de servir de son mieux la Communauté qui l'avait reçue. À l'exemple de Mme de la Peltrie, elle attec-

tionnait particulièrement le soin de la lingerie, goûtant un vrai bonheur à pouvoir servir dans cet emploi, les épouses de J.-C.

Dans les dernières années avant la Conquête, son tempérament s'était affaibli, sans doute par suite des privations de tout genre auxquelles la Communauté était alors soumise : son inquiétude au sujet des malheurs qui menagçaient le pays, contribua peut-être encore davantage à miner sa santé. Quand il fallut sortir du Monastère, au commencement du grand siége, ‘tous ses maux, dit le Récit. se renouvelèrent, et les deux mois que nous passâmes dans cet exil lui furent une continuelle agonie, malgré les soins de nos dignes et charitables hôtesses, les RR, MM. de l’Hôpital-Général, ,ai n'épargnaient rien pour nous soulager et consoler.

“ Lorsqu'elle était encore au village des Abénaquis, quelque désir qu’elle eût de devenir épouse de J.-C. dans la sainte Religion, cette captive du Seigneur redoutait de venir habiter parmi les blancs, de crainte de se ralentir dans la pratique de la vertu. Notre Monastère lui était devenu une seconde patrie, infiniment plus chère que celle où elle a” ai vu le jour. La pensée que cet asile chéri allait être anéanti par cette cruelle guerre, et que les vainqueurs (ses anciens compatriotes), seraient bientôt les persécuteurs de sa foi; cette pensée dis-je, fut une plaie mortelle à son cœur. Le 13 septembre, elle se trouva extrêmement mal. M. Resche, curé de Québec et notre digne confesseur, l’assista avec une charité parfaite, et il ne l’abandonna pas que le Seigneur n’eût fait participer cette bien-aimée sœur au bonheur qu'il réserve, en son saint Paradis, à ceux qui ont souffert pour son amour en ce monde.” La Mère Jeryan de Saint-Joseph était âgée d'environ 56 ans, dont elle avait passé 39 dans l'heureuse captivité des épouses de Jésus Christ.

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Za Dernière ambassade des Siroulines au Ciel, sons la Domination francaise.

La dernière Ursuline qui s’empara du ciel sous la domination française en Canada fut la Mère Charlotte de Muy de Ste-Hélène. Son père M. Nicolas Danneau de Muy, après avoir refusé le gouvernement de Cayenne, avait été nommé à celui de la Louisiane, à la mort d’Iberville en 1707. Ce poste lointain ne lui fit pas négliger l'éducation de ses enfants. Mlle Charlotte, à sa sortie du pensionnat, alla passer plusieurs années dans la famille de sa mère, où les vertus de ses vénérés aïeuls, M. Pierre de Boucherville et Mme Jeanne Crevier, étaient encore un admirable sujet d’édification pour tous. M. de Muy, officier distingué qui recevait de la cour des honneurs et des appointements considérables, avait formé de beaux projets pour l'établissement de cette fille chérie, mais le ciel en avait fait de plus magnifiques encore. Heureuse est cette chère Mère d’avoir répondu aux avances de l’Epoux des âmes, de n'avoir voulu que lui pour objet de ses attentions et de son amour! Elle chante aujourd’hui ce cantique que les vierges seules savent chanter, et elle la chantera éternellement.

Le chevalier de Muy avait trop de religion, pour contraindre sa fille en un sujet aussi important que celui du choix d’un état de vie; il comprit facilement que des jouissances éphémères n'auraient jamais de prise sur cette âme énergique; cependant il la retint dans la famille jusqu’à l’âge de 22 ans. Ce fut en 1716, qu'il lui fut permis de rejoindre aux Ursulines sa tante et ses deux cous:nes. Deux ans plus tard, la Mère Charlotte de Muy de Ste-Hélène s’engageait définitivement dans la maison de Ste-Ursule, et ‘ce fut son oncle, M. Philippe Boucher, curé de Saint-Joseph de Lauson, qui reçut ses vœux.”

Dès son entrée en Religion, cette véritable fille de sainte Angèle montra une grande ferveur, et jamais depuis elle ne

cessa d'être un parfait modèle d’oubli constant de soi-même, d’esprit de sacrifice, d’abnégation entière de sa propre volonté, vertus peu comprises des partisans du monde, mais infiniment précieuses aux yeux de Dieu,

La Mère de Muy de Ste-Hélène était faible de tempérament et fort délicate; elle trouva moyen cependant de travailler longtemps avec zèle et succès à l'instruction de la jeunesse. ‘“ C'était une personne d'esprit et de mérite, dit sa notice; elle n’a point épargné ses talents à notre saint Institut, ni sa belle voix quand il s'agissait de chanter les louanges de Dieu” Les supérieures se donnèrent l'appui de ses lumières en la nommant à un office du Conseil. Les quelques loisirs que lui laissaient ses fonctions, étaient employés selon cet avis du livre de l'Imitation: “Ne soyez Jamais oisif, mais occupez-vous à lire, à écrire, à prier, à méditer, ou à travailler à quelque chose qui regarde le bien commun.” Parmi les écrits de la Mere Ste-Hélène se trouve l'abrégé de la vie de Mme la comtesse de Pontbriand. Ce résumé charmant fut tracé de mémoire, et quoique écrit à la hâte, il ne laisse pas d'offrir une preuve de son talent. Mais c’est surtout dans l’annaliste de la guerre de Sept-Ans, qu'il fautétudier la trempe d'esprit et de caractère de cette petitefille du Grand-Père Boucher. Que de confiance dans le salut de la patrie! que de ferveur à le demander au ciel ! que d’intérêt à toutes les particularités qui le concernent! Elle ne pouvait croire à une fatale issue des événements dont, sans le savoir, elle se faisait l'historienne. Ce ne fat qu’à la veille du grand siége, à ce moment où l’on apprenait l’abandon complet de la colonie par la mère patrie, que la plume lui tomba des mains avec ce mot si plein d'une douloureuse vérité: ‘“ Le Pays est à bas ! ”

Les circonstances de la la mort de la Mère de Muy de Ste-Helène nous rappellent celles de notre première annaliste, la Mère Bourdon de Ste-Agnès, La Mère Ste-Hélène

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s'offrit-elle aussi en sacrifice pour le salut de la patrie? Nous ne le savons. Toujours est-il que sa santé, quoique faible, s'était soutenue jusque-là; mais aux jours où la ruine du pays et la déroute de l’armée française parurent inévitables, ce cœur vraiment français sembla vouloir se briser pour fléchir le ciel. Malgré son énergie nâturelle, son corps succomba sous l'effort, et, singulière coïncidence! à l'heure même où l'on rendait à Montcalm les derniers devoirs dans notre église, les Ursulines recucillaient le dernier soupir de celle dont la plume élégante et facile, avait écrit tant de belles pages à la gloire du héros de Carillon !

“Nous avons ressenti cette perte avec une vive douleur, dit le Récit. Ce fut M. Briand, V. (. du diocèse, qui assista cette chère Mère jusqu'à son dernier soupir, et avec la plus entière charité. Nous avons Lien lieu d’espé:er qu’elle est parmi les saints, qui sont sortis de cette vallée de misère et de larmes, attachés à la Croix de N.-$. Jésus-Christ.”

Quel triste écho de la veille, pour les Ursulines, que cette soirée du 14 septembre! À cinq heures d'intervalle, elles ‘ voyaient mourir deux de leurs sœurs, et cela, dans les étroites celluies d'un dortoir, sous un toit où près de mille personnes devaient trouver un asile! Dans quels sentiments notre Communauté se partagea-t-elle, pour veiller et prier auprès des dépouilles mortelles de ces deux chères Mères, qui mouraient hors de leur cloître chéri, et dont elles ne deaient pas même emporter les cendres pour les mêler à celles de leurs sœurs ? Comment mesurer la profondeur de pareilles tristesses ! Celle qui les notait quelques mois plus tard avait raison de dire: “ Dieu seul a pu nous soutenir dans ces moments de tribulation et d'angoisse, Il faut y passer pour le comprendre.”

Des pensées consolantes devaient cependant se présenter au cœur de nos Mères. Cette chère victime sen allait au

ciel, chargée des messages de sa Communauté, ét comme pour appuyer plus efficacement, auprès de Dieu, les ardentes prières de celles qui restaient en proie à tant d’anxiétés. Oh! sans doute, elle se joignit bien instamment aux protecteurs du pays, àla Vén. Mère Marie de l'Incarnation surtout, pour conjurer le Seigneur de faire tourner cet anéantissement apparent, à la conservation de la foi et à la prospérité du Canada,

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