‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 13 sur 91 · CRAN EE TRE · texte numérisé non relu

CRAN EE TRE

Racine, dans son discours sur le deux centième anniversaire de la fondation du Séminaire. Au reste, le pays entier ullait enfin respirer. La France, humiliée dans les dernières années du Grand Roi, va faire une paix durable, au prix même d’assez grands sacrifices, et les colonies d'Amérique participeront à ce bienfuit aussi bien que les métropoles respectives.

$10.—LES CAPTIFS DE GUERRE ;—MLLE WHEELWRIGHT—DEUX COMPAGNES DE NOVICIAT.

Nos lectrices, tout en admirant l’intrépridité de nos valeureux canadiens, ont sans doute bien des fois | gémi avec nous, sur le sort de tant de pauvres familles | ainsi surprises et massacrées par l’ennemi, ou traînées | en captivité. Les partis de sauvages qui se joignaient | |

à ces expéditions lointaines, retrouvaient dans ces circonstances les instincts de leur nature farouche, et trop souvent d’affreuses scènes s’y renouvelaient, Ces 4 cruautés malheureusement étaient réciproques, et tels | | gouverneurs anglais qui adressaient des plaintes à nos

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chefs, avaient eux-mêmes employé les premiers de semblables ressources. Disons sans crainte de contradiction, que nos officiers et nos soldats se montrèrent toujours très-humaïns envers leurs prisonniers de guerre ; on cite même un jeune voloniaire, fils de M. Du Puy, Lieutenant civil de Québec, quise chargea de porter une partie du chemin sur ses épaules, à travers les bois, une pauvre captive, qui eût péri en route sans cette charitable assistance. Heureuse captivité du reste que celle qui procurait à tant d'enfants de la Providence, la précieuse liberté des enfants de la Ste. Eglise! Ces expatriés en effet, étaient toujours bien accueillis en Canada; les enfants et les jeunes gens étaient même tendrement traités par les familles canadiennes, qui se partageaient l'honneur de les adopter ou de les protéger. Ils finissaient presque toujours par embrasser la religion Catholique et se fixer dans le pays. Les archives publiques renferment des lettres de naturalisation qui contiennent des pages entières de noms. Nos Régistres mentionnent aussi bon nombre de ces jeunes protégées, que l’on inscrit tout simplement: Judith, Anglaise, Charlotte, Anglaise, etc. Les missionnaires suivaient avecunintéréttout particulier, celles qu’ils rencontraient parmi les tribus sauvages de leurs missions, témoin cette Dlle. Davis dont nons avons déjà parlé au premier tôme de cette Histoire.

Mais, hâtons-nous de présenter à nos lectrices une autre de ces ‘ntéressantes captives qui, paraît-il, ne regretta pas plus que sa dévancière, les malheurs qui avaient frappé sa première enfance. Il s’agit d'une fille d’Albion, douée de plus de grâce et de douceur que ne le ferait soupçonner son nom, dont l'harmonie semble si étrange à des oreilles françaises. Mlle. Esther Wheelwright, car c'est ainsi qu’elle s’appelait,

portait cependant un des beaux noms de son pays natal, et ce nom s’est trop entouré d'estime et de vénération au Monastère pour que nous n’ayons pas À y revenir, Mile. Wheelwright entrait au noviciat le 2 oct, 1712, et prenait l’habit trois mois après, sous le nom de Marie-Joseph de l’Enfant-Jésus. Elle fut de 1714 à 1780, un des plus beaux ornements et des plus fermes appuis de ce Monastère.

Les futures supérieures se suivaient alors à pas de course, le bon Dieu semblait vouloir cicatriser les plaies récentes, car quelques mois avant Mlle. Wheelwright entrait au noviciat Mile. Louise Gaillard, fille de M. Guillaume Gaillard, conseiller au Conseil Supérieur de Québec, et de Mme. Catherine Nepveu.

Cinq jours après se présentait une autre élève du pensionnat native de Québec, Mlle. Louise Catherine Pinguet-Vaucours, fille de M. Jacques Pinguet-Vaucours et de Mme. Marie-Anne Rochebelle. Nous aurons à en parler plus tard.

$11.—LA riLLE DU ‘HÉROS.

L'année même qui suivit l’entrée des Diles. Wheelwright, Gaillard et Pinguet-Vaucours, la porte du Monastère s’ouvrit pour un autre sujet distingué, et d'autant plus précieux qu'il était déjà tout formé à la pratique des vertns monastiques, et aux fonctions d'Ursuline. Fu effet, la Mère Françoise Hertel de St. Exupère comptait déjà treize années de profession religieuse, quand elle demanda à se réunir à nos Mères : comme on le voit, c'était une entrée qui ne laissait aucune inquiétude quant à la persévérance de la nouveile venue.

Mais expliquons un peu la raison de ce changement de Communauté, qui surprend probablement plusieurs de nos aimables lectrices.

Au nom de Hertel, bien des anciens souvenirs se sont sans doute réveillés dans leurs cœurs, car elles le savent, Frs. Hertel était cet homme généreux et dévoué qui avait eu le bonheur d’être associé aux travaux et aux souffrances des Martyrs du Canada, et dont les brillants faits d'armes plus tard, lui avaient valu des titres de noblesse, (1) tandis que ses compatriotes lui décernaient un titre infiniment plus glorieux à son cœur, celui de Héros.

La fille de François Iertel enrolée au service du Seigneur, et déployant dans la carrière religieuse cet héroïsme dont son père avait fait preuve sur les champs de bataille, ne nous semble pas un sujet moins digue d’admiration. Mais le crédit dont jouissait sa famille ne fut pas toujours favorable à sa tranquillité, c’est ce qui rattache à son nom des traditions assez curieuses : nous les donnons telles qu’elles nous ont été transmises par nos anciennes Mères.

(1) Dès 1692, la famille Hertel fut anoblie pour les services signalés qu'elle avait rendus à la patrie. In 1716, de nouvelles lettres de noblesse disait : ‘ Les services que le sieur Hertel, lieutenant de nos troupes en Canada, a rendus au feu Roi, notre trèshonoré Seigneur et bisayeul, dans les différents partis où il a été contre les Sauvages, nous ont porté à lui donner des marques de notre satisfaction qui puissent passer à la postérité : nous nous y sommes déterminé d'autant plus volontiers, que la valeur du père est héréditaire dans les enfants, dont deux ont été tués au service, et les sept autres, qui servent actuellement dans nos troupes du Canada et de l'Ile Royale, ont donné dans toutes les occasions des marques de leur bravoure et de leur bonne conduite : et comme le père et les enfants continuent à nous servir avec le même zèle et la même affection, nous avons bien voulu accorder au chef de cette famille nos

lettres de noblesse. A ces causes etc......Louis. .....Paris, avril 1716,

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Mile. Françoise Hertel était née à Trois-Rivières en 1680. Sa mère, Mme. Marie Joseph de Thavenet, personne d’une grande piété, avait donné à l’education de sa fille une attention toute particulière, sans pourtant négliger celle de ses fils qui étaient au nombre de neuf, car on voit qu'ils en reçurent de si heureuses impressions que, bien qu'ils fussent un peu volages et grandement valeureux, ïils se firent un principe invariable d’être aussi fidèles à leur Dieu qu’à leur Roi, au service duquel ils étaient tous enrôlés.

Quand il fut question de préparer sa fille à sa première communion, Mme. de Hertel voulut partager avec nos Mères la responsabilité de ce devoir, et l’envoya au pensionnat. La jeune Françoise profita bien de la sollicitude de sa mère et de celle de ses maîtresses, car il paraît que parmi ‘“ les petites communiantes de 1690,” aucune ne fut plus sage ni plus fervente que la fille du Héros.

La première communion fit en effet époque dans cette jeune existence ; tout devint réglé dans la conduite de la pieuse élève, son travail, ses délassements, ses dévotions, et jamais &ans la suite on ne put découvrir en elle ni lâcheté ni inconstance, quand il s’agissait des intérêts de son salut. Ses parents, charmés de ses progrès, l'avaient retirée auprés d’eux, et ils songèrent bientôt à lui ménager une alliance en rapport avee leur position. Françoise, qui souffrait de ces préoccupations, ne tarda pas à faire connaître À sa famille que son cœur avait senti l'attrait d’une grâce particulière, et qu’elle ne contracterait jamais d’autre alliance que celle de l’Epoux des vierges. On ne goûta pas du tout ce projet de retraite; son père surtout s’en attrista beaucoup, car il commemgait à fléchir sous le poids des années, et il avait toujours

compté sur cette fille chérie pour la consolation de ses vieux jours. Cependant comme il l’aimait bien tendrement, il évitait de la contrister au sujet de sa vocation et ne lui en parlait que rarement. Son frère de Rouville n'avait pas pour elle les mêmes égards, il l’importunait sans cesse, voulant À tout prix qu’elle épousât un de ses jeunes compagnons d'armes, qu'on admirait grandement alors, et qui perdit depuis la vie daus l'expédition de Haverhill, (1708). C'était toujours de nouveaux combats entre le frère et la sœur. —“ Quelle folie à toi, Fanchette, de ne rêver à ton âge qu’à te renfermer dans un Couvent! Crois-moi, laisse ta place aux Ursulines à quelque vicille fille dont le monde ne veut plus, etqui n’est bonne en vérité qu’à réciter ses prières. Est-ce qu’il faut se mettre derrière des grilles pour servir Dieu ? Penses-tu donc que maman ne soit pas une bonne et véritable chrétienne ?’”” On comprend facilement quelles étaient les réponses de notre future religieuse à de semblables objections, et comme elle savait se retrancher, en souriant, derrière cette déclaration de $t. Paul: “ Ceux qui se marient font bien ; ceux qui ne se marient pas font mieux.”

Témoin de ces innocents débats entre ses enfants, François de Hertel fut longtemps à réfléchir, et il évitait de se prononcer sur cette importante question. Enfin, vaincu par la constance de sa fille, il consentit à sou entrée aux Ursulines, non à Québec comme Mlle. Françoise le désirait, maïs à Trois-Rivières,

Le 9 septembre de l'année 1700 était le beau jour où Mile. Françoise Hertel, connue en religion sous le nom de $t. Exupère, s’engageait définitivement dans la milice de Ste. Ursule, et cela en présence de Mgr. de St. Vallier, de la Mère Marie Le Maire des Anges Supérieure, et de la Mère M. Madeleine

Amiot de la Conception, assistante de la nouvelle fondation. Grande fut la joie ce jour-là au Couvent, et grande aussi la foule des parents ot amis qui félicitaient les religieuses, la plupart d’entr’eux croyant déjà voir dans la jeune professe la future Supérieure de la petite Communauté. Le peuple, ses censitaires surtout qui s'étaient fait en quelque sorte une idole du généreux guerrier, croyaient tout bonnement que de nécessité, tout ce qui se rattachait au nom du « Iléros ” devait siéger au premier rang, au-dedans d'un Monastère comme ailleurs. Ce préjugé, tout flatteur qu'il était pour la famille ITertel, devint pour l'humble fille d'Angèle quelqne chose de très-onéreux comme on va le voir.

Plusieurs années s'étaient écoulées, on avait fait des élections à plusieurs reprises, et le scrutin n'avait pas encore rapporté le nom de cette personne si chérie de Dieu cet des hommes....Les amis de Icrtel s’en étonnaient, et murmuraient tout bas contre les Ursulines de Québec qui, appelées alors à pourvoir de supérieures le nouveau Couvent, semblaient dans leurs élections oublier complètement la fille du ‘ Heros.’”’ Les choses en étaient là au commencement de l’année 1718, où nos Mères firent à l’ordinaire leurs élections, dont le résultat, paraît-il, ne fut pas du tout agréable aux adulateurs de la famille Hertel. Outrés de dépit, ils se rendent en foule à la porte du couvent de Trois- Rivières, pour se répandre en invectives contre celles qui avaient si peu suivi leurs intentions. Enfin, les mécontents allèrent si loin et firent tant de tapage, qu’il ne fut plus possible d’en dérober la connaissance à celle qui en était la cause innocente. Confuse de l'ambition de ses amis, et peinée de voir la Commu-

nauté ainsi troublée à son sujet, Sr. Françoise de

Hertel prit une résolution généreuse, digne des sentiments que devait lui inspirer sa sainte vocation.

Voyant que Mgr. de St. Vallier l’appuyait de son autorité, elle demanda l'entrée de notre Monastère, où dès son enfance elle avait paru comme destinée. C'est ainsi qu'elle s’éloigna de lieux qui lui étaient pourtant bien chers, mais où son désir de vivre ignorée et cachée en Dieu se trouvait si combattu.

Les traditions du Monastère nous représentent la Mère Françoise de St. Exupère, comme une des plus ferventes et des plus laborieuses filles d'Ursule qui, au siècle dernier, servirent de piliers à la régularité de ce cloître de Québec. Nous la retrouverons encore en 1770, édifiant et réjouissant notre maison.

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