‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 18 sur 91 · HE CS · texte numérisé non relu

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batteries contre ces élus de Dieu ; tous vos efforts sont inutiles ; vous verrez échouer vos téméraires entreprises: rien ne peut résis-

ter au bras tout-puissant qui les protége: Æt tenebit dextera tua.

“ N'est-ce pas là, ma chère Sœur, ce que le Seigneur a fait pour vous ? D'où vous a-til tirée ? par quels prodiges de ses bontés vous trouvez-vous aujourd’hui heureusement transplantée d’une terre stérile et ingrate, d’une terre où vous alliez être esclave du démon de l’hérésie, dans une terre de promission et de bénédiction, où vous êtes sur le point de jouir de la douce liberté des enfants de Dieu.

“ C’est, ma chère Sœur, pour exciter en vous les sentiments de la plus tendre reconnaissance envers ce Dieu bon, que je vais vous raconter l’histoire de ses miséricordes sur vous. Ferventes Vierges qui me faites l'honneur de m’entendre, daignez y prendre part. Vous y êtes intéressées : il s’agit d'une épouse que s’est choisie lui-même l’Epoux des Vierges, votre immortel Epoux; il s’agit d’une sœur qu'il vous donne de sa main, qui pour être étrangère ne doit pas vous en être moins chère et moins aimable. Il me paraît même, mes chères Sœurs, que cette qualité d’étrangère doit vous inspirer plus de tendresse pour el», puisqu'enfn votre Æpoux, en l’allant chercher si loin, vous donve la mesure de votre estime et de votre tendresse pour el

‘“ Au reste, nouvelle épouse de 4, C., comme il est partieuiièrement pour vous, ce récit des diviies miséricordes, vous vous y connaîtrez toujours : ce seront toajours vos aventu es que jy raconterai. Y parlant toujours de youset à vous-même, ma fidélité ne peut être suspecte. D'ailleurs, je n’y mets de moi qu'un style simple et sans fard, qui ne peut déguiser l’aimable iugénuité de ce dont vous avez bien voulu me faire part : heureux si je pouvais en bien copier tout l'agrément et toute la vivacité ! Au reste, ce récit ne peut que vous faire beaucoup de plaisir, vous rappelant le souvenir de ce que Dieu a fait pour vous... sssossseosssose

“ N'êtes-vous pas, ma chère Sœur, une autre petite Esther, à qui une dure captivité va ouvrir le chemin au trône, non pas du puissant Assuérus ; mais du Maître d’Assuérus, du Maître des

monarques, de l'immortel Epoux des Vicrges ! C’est pour lui, c’est à lui qu’on la conduit en triomphe. Et s’il vous paraît ce triomphe n’avoir rien de la magnificence des fêtes uuptiales ; si au lieu des acclamations de joie, de la douce harmonie des instruments de musique, l’on n'y entend que cris confus et barbares de guerriers sauvages, ce n’en est pas moins un triomphe pour elle, triomphe dont la dernière scène ne devait se représcr::er qu'aujourd'hui, où on va la revêtir des précieuses livrées du divin Epoux ; tant il est vrai de dire, ma chère Sœur, que la main de ce Guide infiniment habile vous conduisait, par votre captivité, à l’heureuse destinée dont vous allez recevoir les précieux gages.

“ La Providence vous avait conduite hors de votre pays; mais que d'obstacles encore aux desseins de Dieu sur vous ! Il s’en fallait que vous fussiez encore rendue au lieu où l’on devait vous donner les premières teintures de cette sainte Religion, que vous deviez embrasser dans la suite avec tant d’ardeur. Hélas! combien d'enfants captifs ont péri en chemin à l’âge où vous étiez! Non, ma chère Sœur, je ne puis encore sans être touché d’une extrême compassion pour vous, vous rapprocher des affreuses conjonctures où vous vous trouviez alors. Jeune enfant de six à sept ans, violemment arrachée d'une maison où vous étiez tendrement élevée, plongée dans l'amertume de la perte de tout ce que vous aviez de plus cher au monde ; vous voilà tout d’un coup réduite à la fortune d’une vie errante par les forêts, obligée à suivre de nouveaux maîtres, qui font peu d'attention que vos pas ne peuvent égaler la rapidité des leurs. Xl faut les suivre par des chemins difficiles, audelà de tout ce gen geuvent penser ceux qui n’en ont pas l’expérience que nous en avons vous et moi, ma chère Sœur. Vous les suiviez néanmoins, (comme vous me l'avez vous-même raconté

d’une manière si viveet si éloquente), charmant vos ennuis au milieu de ces affreuses müisères, par le vain espoir de vous en dédommager quelque jour, en les racontant à un père qui y prendrait une part infinie, vous croyant en effet assez vengée par là de vos nouveaux maîtres. Et, ma chère Sœur, (ce qui vous surprend encore maintenant vous-même), vous ies suiviez sans en

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être autrement fatiguée, sans aucune altération de vos forces et de votre santé. Cela se pouvait-il faire sans l’appui de cette main invisible qui vous portait, qui vous soutenait ?

‘“ Enfin, ma chère Sœur, vous arrivez au terme. Vous voilà parmi un peuple sauvage dont le langage barbare, dont les manières grossières et si opposées aux vôtres, avaient bien de quoi vous révolter. Vous dévorez tous ces rebuts, toutes les incommodités d’une vie si dure; d’où vous vient cette force sinon de cette main divine qui vous soutenait; et lencbit dextera tua ? Déja un peu faite au travail, vous rendez à votre cabane des services que, peu auparavant, on s’empressait à vous rendre, à vous, dans la maison parternelle. Il m’en souviendra toujours, ma chère Sœur, du triste équipage où vous vous présentâtes à moi, la première fois que je vous rencontrai dans ces villages, équipage si peu conforme à la faiblesse de votre âge et à la délicatesse dans laquelle vous aviez été élevée. Les traits d’une éducation polie perçaient à travers les lambeaux qui vous couvraient, et je n’aurais pu m’en-

pêcher de verser des larmes, si la crainte de vous faire faire un retour trop affligeant sur vous-même ne les eut retenues.

# (est Ià néanmoins, ma chère Sœur, e’est dans ce‘lieu si triste et si affreux, en apparence, que Dieu va se manifester à vous; c’est à qu'il va travailler à vous rendre capable des grandes choses auxquelles il vous destine. Il vous y dispose par une admirable facilité à entendre une langue barbare, privilége dont il avait gratifié Joseph dans sa captivité; ZLinguam quam non noverat audivit. Anisi, peu à peu naturalisée à une terre étrangère, vous vous apprivoisâtes insensiblement aux saints exercices d’une vie chrétienne, que bon nombre pratiquaient dans ces sauvages solitudes. Rien ne vous faisait tant de plaisir que de les suivre vous-même journellement, et de rendre à Dieu un culte dont vous ne pénétriez pas encore, à la vérité, toute la grandeur et toute la sainteté, mais dont on voyait croître l'estime en vous chaque jour.

“ (ent fois je bénis la divine Providence de son aimable conduite sur vous! Sans voir encore où aboutiraient de si heureux présages, j'admirais cette application aux instructions journalières, où vous assistiez avec les autres enfants du village; cette sagesse préma-

turée qui vous rendait de jour en jour capable de nouvelles lumières, et vous embrasait de nouvelles ardeurs, pour une Religion où tout vous semblait aimable. Aux tristes idées du malheur apparent de votre captivité, succède peu à peu un vrai goût du bien inestimable qu’elle vous procure, bien en comparaison duquel les douceurs d'une famille aisée ne vous paraissent plus rien. Vous voilà infiment contente dans votre captivité; l'horreur que vous en aviez se change en des désirs empressés de vous y conserver toujours. Mais c’est maintenant que vous allez avoir plus que jamais besoin de cette main toute-puissante, qui a opéré en vous ces changements heureux.

‘ Car, ma chère sœur, cette captivité que vous envisagez maintenant comme une bonne fortune, les personnes à qui vous êtes chère la regardent bien d’un autre œil! S'il sont désolés de la privation de leur chère fille, ils le sont encore plus de l’affreuse dureté d’une vie sauvage où ils vous voient réduite. Toute leur tendresse se réveille en apprenant votre triste sort; il n’est rien qu’ils ne soient résolus de faire pour vous affranchir d’un si dur esclavage, Que font-ils, ma chère Sœur ? Ils interposent le crédit et l'autorité de celui (1) qui pouvait seul, par le haut rang qu’il tient dans le pays, leur procurer la consolation de vous revoir auprès d’eux.

# Leur espérance ne fut pas vaine; il entra obligeamment dans les peines d’un père et d’une mère, sensiblement affigés de l’absence d’une fille qu’ils aimaïent tendrement, et qu’ils s'étaient vu enlever par le malheur d’une cruelle guerre. Il ne fut vs moins sensible, ma chère Sœur, à votre sort, au triste sort d’une jeune demoiselle étrangère, réduite parmi les barbares à la dureté d’une vie sauvage. Je ne vous rappelle ici le souvenir de toutes ces choses, que pour vous y faire sentir la protecti :: de la main divine: dans cette occasion, vous auriez échappé à toute autre main qu'à cette main toute-puissante. T2 Satterie était fonte : un Gouverner-Général voulait bien s'en mêler, l’on n’épargnait rien pour gagner ceux qui vous retenaient : prières, menaces, promesses avantageuses, tout est mis en œuvre pour y réussir, mais sans

(1) On se rappelle que le Marquis de Vaudreuil était présent,

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HISTOIRE DU MONASTÈRE. 85 aucun effet. L'on aurait pu, à la vérité, vous enlever d'autorité, et on l'aurait fait sans doute, si l'ont n'eut craint d’aliéner de nous par cette violence, une nation que l’on ménageait et que l’on voulait conserver dans nos intérêts, vu les conjonctures de gucrre où l’on se trouvait. Nos vues superficielles ne pénétrèrent pas plus avant; elles ne devinaient pas la main invisible qui vous retenait dans ces villages ! Cinq ans s’écoulèrent dans votre captivité, Il n’en fallait pas moins pour vous fortifier dans l'amour de notre sainte Religion.

‘ Ces cinq années écoulées, on fait une nouvelle tentative pour vous retirer d’avec les sauvages ; on y réussit, leurs esprits devenus plus dociles se laissent enfin gagner. Au sortir de votre captivité, vous trouvez un asile dans la maison même d’un Gouverneur obligeant qui veut bien vous servir de père, et dont vous méritâtes bientôt l'estime et la tendresse. Il ne tarda guère à seconder vos bonnes intentions, en vous mettant dans cette sainte maison que vous choisissez aujourd’hui pour votre éternelle demeure ; il vous y mit pour y être instruite avec les jeunes filles que l’on y forme à la vertu: amitiés auxquelles, à la vérité, vous étiez sensible, mais qui ne vous ôtaient pas la crainte d’être renvoyée dans votre pays et de perdre par là la sainte Religion que vous aviez embrassée. De là ces continuelles alternatives de chagrins ct de joies. Vous vous flattiez par fois que rien ne serait capable de vous enlever, malgré vous, d’un pays dont vous aviez embrassé la Foi, et où l’on ne pouvait vous refuser un asile; mais bientôt, réfléchissant sur votre faiblesse et l’inutilité de vos résistances si l'on voulait absolument vous renvoyer, vous retombiez dans la dernière désolation.

“ Combien de fois la regrettâtes-vous, ma chère Sœur, cette aimable captivité qui mettait votre salut en assurance ? Que de désirs empressés d'y retourner ! que d’amers désaveux des amitiés qu'on avait prétendu vous faire en vous délivrant ! Je suis même témoin, Seigneur, avec quelles instances, avec quelles tendres expressions elle vous conjura cent fois, toute baignée de larmes, de vouloir bien mettre fin à ses craintes par la mort, qui seul paraissait pouvoir l'en affranchir..........,,.....,.,,..,.,,,.,,......

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“ Enfin le jour de votre entrée au noviciat était fixé, jour d’heureux pésage pour vous, ma chère Sœur, puisqu'il était consacré à la mémoire äc l’illustre Ursule, patronne du St. Ordre où vous alliez entrer, et que par là nous voulions engager à honorer de sa protection 4a petite compatriote. Vous étiez au comble de vos joies et à le veille, ce semble, de voir vos désirs accomplis. Mais tout-à-coup la scène change ; vos joies se convertissent en pleurs ; vos espérances renversées vous afigent d'autant plus qu’elles vous semblaient plus assurées. L'on renouvelle vos anciennes plaies, on prend des mesures pour vous renvoyer en votre pays. L'orage est près de fondre sur vous ; vous en prévoyez les suites et vous pleurez amèrement. On est sensiblement touché de votre douleur, mais on ne croit pas devoir vous exaucer, Il faut sortir de cette sainte maison où tous les sentiments de votre cœur semblent vous attacher, et c’est pour vous rapprocher de votre pays, afin de ménager plus facilement les moyens de vous y faire conduire.

“ Providence de mon Dicu, à qui rien n’échappe de tout ce qui se passe dans ce vaste univers, ne paraîtrez-vous insensible qu'aux tristes aventures d’une jeune étrangère, si digne de vos soins, et que vous semblez destiner à de si grandes choses ? Ne l'avez vous done été chercher jusqu’au centre de l’hérésie, n’aurez-vous excité tant de mouvement pour l'enlever de sa patrie, que pour vous la voir enlever à vous-même ? Ne l’avez-vous conduite en ce pays, que pour lui donner la connaissance et le goût d’un bonheur qu’elle ne doit jamais posséder ? Ne lui en aurez-vous fait connaître le prix inestimable, que pour lui en faire regretter plus amèrement la perte ?

“ Non, non, ma chère Sœur, vous n'échapperez pas à la main de votre Dieu ; si la Providence paraît vous oublier, ce n’est que pour donner plus d'éclat et plus de relief à sa protection toute-

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“Vous voilà, ma chère Sœur, à l'heureux terme ; tous les obstacles sont levés ; rien ne s'oppose plus à votre bonheur. Tant que vous n'étiez pas en âge de disposer de vous-même, la Providence a suspendu la tendresse naturelle d’un père et d'une mère, et a ra-

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