TRISTE ACCIDENT—MLLE. COUILLARD MEURT NOVICE
‘“ Cette année 1744, dit le Récit, nous avons perdu une de nos sœurs converses d’un manière fort extruordinaire. Le 16 avril, cette chère sœur étant sortie de sa chambre avant 4 heures du matin, alla faire sa méditation, puis se rendit droit au lavoir, qui était le lieu de son office. Sur les 5 heures, une autre sœur ayant eu affaire en ce département, fut étonnée de voir flotter quelque chose à la surface du puits ; mais comme il ne faisait pas encore bien clair, elle pensa que c'était du linge qu’on y avait mis tremper. Elle avait remonté les degrés pour sortir, quand elle se sentit fortement pressée d’aller voir ce que c'était. Elle approche, se penche vers le puits, et la première chose qu’elle touche est la tête de Sr. Feuilleteau de Ste. Anne! Elle jette un cri si perçant accompagné de sanglots, qu'elle fut entendue de la salle de Communauté où nous étions en prière. Nous accourons tontes et tirons du puits notre pauvre sœur. Le médecin fut aussitôt appelé. Il jugea que notre chère Sr. Ste. Anne avait été frappée de mort subite, au moment où elle allait puiser de l’eau, car le seau était resté à l'endroit où elle êtait tombée. Il fondait son jugement sur ce qu’elle n’avait pas bu d’eau, et qu’elle n’avait fait aucun mouvement pour se retirer du puits, ce qui lui eût été très-facile, car il n'avait pas plus d’un pied et demi d’eau.”
Il faut remarquer ici que ce puits était une espèce de bassin assez large, et alors sans couverture; nos
sœurs y puisaient À genoux l’eau nécessaire au blanchissage du linge.
“ Au reste, continue le Récit, si la mort de cette chère sœur a été précipitée, elle n’a pas été imprévue, car elle se disposait depuis longtemps à ce redoutable passage, ayant même fait dans ce but, il y avait peu de temps, une confession générale. 1l lui était resté une grand langueur d’une maladie qui l'avait tenue à l'infirmerie nne partie de l'hiver, ce qui lui faisait regarder sa mort comme prochaine. D'ailleurs, c'était une excellente religieuse, pieuse et dévote, charitable et obligeante envers tout le monde; nous avons tout lieu d’espérer que Dieu l’a reçue dans sa miséricorde. Elle était âgée de 63 ans et comptait 41 ans de profession religieuse.”
Dans les années qui suivirent le triste accident arrivé à notre chère Sr. Ste. Anne, mourut encore d’une manière assez soudaine une de nos jeunes novices. Sr. Louise Couillard de Ste. Ursule avait été admise à la profession religieuse, elle se préparait à ce jour heureux et solennel où elle devait recevoir des mains du premier pasteur le précieux voile noir, dernier signe de sa consécration au Seigneur, quand elle fut appelée à une union plus intime avec le céleste Epoux. ‘ Neuf jours avant celui où elle devait faire profession, elle succomba à une fluxion de poitrine, qui nous la ravit en peu de temps.
‘ À la voir, ditle Récit, il était évident qu'elle n'avait jamais eu le désir des choses de la terre. Ayant été placée dès son enfance à nos classes par M. de l'Epinay, son oncle, elle y avait donné à ses jeunes compagnes l'exemple de la plus tendre piété, et à sa mort, ses vertus furent un sujet d’édification pour les
religieuses les plus exercées à la pratique de la perfection. ”?