‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 44 sur 91 · LES VINGT DERNIÈRES ANNÉES DE LA DOMINATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LES VINGT DERNIÈRES ANNÉES DE LA DOMINATION FRANÇAISE

Un nouvel Evêque meurt après avoir salué son troupeau.—Mgr. de Pontbriand.—Triste accident.—Mlle. Couillard meurt novice.—Les six premières professes après le centième anniversaire.—Intérêt des Ursulines pour la cathédrale de Québec.—Dieu comble les vides qn’il fait au Monastère—Chapelains ;—M. de Villars et sa correspondance—Huit imitatrices de la Sr. St. Laurent—Incendie du Couvent des Ursulines de Trois-Rivières— Guerre de sept ans en Canada, —Mouvements menaçants aux frontières ; — Commencement des hostilités, 1753-54—Un visiteur de Boston—Fête jubilaire— Le Héros de la Monongahéla, 1755— Incendie de l’Hôtel-Dieu— Mlle. Besançon et les dernières professes sous la Domination française— Arrivée du Héros que la mort seule a vaincu—Prise de Chouagan, 1756—Les deux expéditions du fort William-Henry et celle de Corlar, 1757— Perte de vaisseaux ;—On monte la garde à l'Hôpital ;—Tristes présages de l’année 1758 ; —Montcalm à Carillon, 1758,—Misère encore plus poignante ;—Derniers mouvements de la campagne de 1758—t4 Le peu est précieux à qui n’a rien.’ —Un dernier cri de détresse ;—L'hiver de 1758 et 59 ;—. Versailles abdique ses anciennes traditions—Trop heureuse de mourir avant la perte du pays!—Wolfe devant Québec ; —Les Ursulines sortent en pleurant de leur Monastère—Le 31 juillet ; — Coup-d'œil à l’intérieur de l’'Hôpital-Général ; Spectacle qu’offrent Québec et les environs—Le 13 et le 14 septembre.

$1.—UN NOUVEL EVÊQUE MEURT APRES AVOIR SALUÉ SON TROUPEAU.— MGR, DE PONTBRIAND ;— VISITES ET RETRAITES,

EPRENONS de nouveau les Annales à l’année 1739. Nous avons laissé le Monastère, la ville même tout entière ainsi

bénissant Dieu des grâces qu'il avait versées *& pendant un siècle sur l’œuvre de

mourir.

dé À RSS PR la Vén. Mère Marie de l’Incarna- Les 1 VA 5 tion, ‘“ œuvre dont la bonne odeur des \ on D \ Ÿ , s'était répandue dans toute la coloides (À Ses E nie.” (1) Il fant présenter à nos lecde || ES trices la suite des événements, en S en (à perspective acte, à ads épreuve qui va bientôt montrer vent e dans tout son héroïsme le dévouement des enfants de per 1 la patrie. Vingt années encore, etla Nouvelle-France En à devenue conquête britannique, aura cessé d’arborer le Je 4 drapeau des lis et gémira sur sa défaite, prévoyant peu y et i de quels traits de Providence conservatrice Dieu l’entourde : rait, aux jours mêmes de ses plus grands malheurs. m à Mais n’anticipons pas sur les faits.

es Depuis le long épiscopat des deux premiers évêques | is du Canada, on était encore à désirer un pasteur qui se de fixât au milieu de son troupeau. Mgr. de Mornay n'y Les k était pas même venu, Mgr. Dosquet n’y avait fait que js É passer, et Mgr. d'Aube-Rivières n'y venait que pour rent e

(1) Le RP. de Charlevoix dans son Histoire de la Nouvelle-France,

“Le 8 août de l’année 1740, dit le Récit, Mgr. d'Aube- Rivières qui avait été nommé évêque de ce diocèse, arriva à Québec sur les 7 heures du soir. Il fut accueilli et complimenté du clergé de toute la ville, avec une joie qu’il n’est pas possible d'exprimer. Les grands et les petits se disputaient le plaisir de le voir. Aussi était-ce un prélat d'un mérite des plus distingués, joignant à une illustre naissance toutes les belles qualités du corps et de l'esprit propres à faire un grand évêque ; mais par-dessus tout, une vertu, une prudence et une sagesse qu'on aurait admirées dans un homme de 60 ans, quoiqu'il n’en eût que 29 ou 80. Tout le pays se flattait d’une félicité parfaite sous un si heureux règne ; mais le ciel qui l’enviait à la terre, nous l’enleva douze jours seuleinent après son arrivée, d’une maladie qu'il avait contractée dans le navire, en assistant lui-même les pauvres malades de l'équipage, avec une charité qu’on ne pouvait assez admirer. Il mourut le 20 du même mois, et fut enterré le soir, à l'heure même où il avait fait son entrée dans cette ville douze jours auparavant, et avec autant de douleur que sa présence avait causé de joie. Ce fut la crainte des fièvres pourpres qui précipita ainsi son enterrement. ”

Pour juger de la consternation que répandit de tonte part dans le pays cet accident douloureux, qui les privait encore une fois de pasteur, il faut entendre en quels termes le Récit enrégistre l’année suivante l’arrivée d’un nouveau prélat.

‘ Le Seigneur toujours riche en miséricorde et dont le bras n’est pas raccourci, nous a dédommagés de la grande perte que nous fimes l’année dernière, nous ayant envoyé cette année le digne évêque de Pontbriand, qui ne cède en rien, en mérite et en vertu, à celui que le ciel nous a enlevé. Cet illustre prélat arriva à Québec

le 29 août 1741, sur les 7 heures du soir. Sa présence causa une joie univers", et toute la ville le manifesta par le concert ” cauc et descloches. L: .{:niion de Sa Grandeur rut rennse au lendemain aua de la faire avec plus de solennité. Plaise à Dieu qu'il vive de longues années pour le bonheur de ce pays !” Appelé à gouverner ce diocèse aux jours les plus orageux de son histoire, Mgr. de Poutbriand, qui appartenait à une famille de saints, et qui devait être le dernier évêque envoyé par l’ancienne France à la Nouvelle, semble s'être appliqué à retracer en lui les vertus caractéristiques du saint évêque de Laval. Mais parlons d’abord de ce qui concerne notre Monastére. Dès les premiers jours de son arrivée, l’illustre prélat vint saluer la Communauté, et donna à nos Mères mille assurances de cette affection paternelle qui ne se démentit jamais dans la suite. Voyant le R. P. de St. Pére, supérieur du collége des Jésuites, trop surchargé, il nomma pour le remplacer comme directeur des religieuses M. de la Villangevin, dont les Annales nous feront plus tard un éloge complet. Le 5 octobre, Sa Grandeur, dit le Récit, nous fit une fervente exhortation, nous assurant qu'il serait désormais seul supérieur de toutes les maisons religieuses de ce pays. Il présida à nos élections le 24 du même mois, accompagné de M. Miniac, V. G. et de notre nouveau confesseur.”” Sur la fin de janvier 1742, eut lieu la visite du Monastère, teile que prescrite par nos règles. Cette visite ne s'était pas faite depuis nombre d'années par suite des difficultés où l’on s'était vu. La régularité de notre maison ne paraît avoir subi aucune altération à cette époque ; mais la diversité de directeurs, le mauque d'entente même entre les différents corps du clergé, en 1727, et dans les années suivantes ; l'absence

presque continuelle d’un premier pasteur ; tout cela devait avoir nui quelque peu à cette union intime et parfaite des esprits et des cœurs, union qui fait la force et le bonheur de tout corps ou association. Maïs quel bon esprit se manifeste dans la Communauté à l’arrivée du digne évêque ! comme on accueille avec empressement le moyen d’éclaircir les doutes, et de s’assurer que tout va bien au Monastère ! comme on entend avec bonheur cette parole écrite de la main même du premier Pasteur : “que l’on voit fleurir encore aux Ursulines la ferveur des premières Mères ! ”

‘“ Dès le commencement de cette visite de Mgr. de Pontbriand, disent les Annales, toutes nos sœurs furent satisfaites de sa manière d’y p' "éder. Il ne se lassait pas de nous donner des marq. 3 d'intérêt et de zèle, voulant lui-même faire la distribution des cierges à la Purification, après quoi il célébra la sainte Messe à la 1 Chapelle des Saints. Il fit encore la cérémonie du À mercredi des cendres, et entra ensuite à l’intérieur de la maison pour en voir tous les offices, nous témoignant à toutes l'affection la plus paternelle et la plus cordiale.

‘ Au mois d'avril suivant, nous eûmes une retraite générale, où la ferveur fut si grande que les malades firent presque l’impossible pour y assister. M. de la Villangevin, M. Vaillier (1) du Séminaire et le KR. P. Guignas s’en partagèrent les exercices ; Mgr. nous

() M. Vallier, qui vint en Canada avec Mgr. Dosquet en 1729, fit un bien immense au Séminaire pendant les dix-huit années qu’il y travailla. 4 C’est le meilleur sujet que je connaisse, disait de lui Mgr. Ë le Coadjuteur. Il a un esprit supérieur, des talents extraordinaires 7 pour les sciences, et justement celui de se faire aimer de tout le monde. 1 Il a fait sa philosophie à douze ans et a enseigné dès son enfance.” à Il n'avait que 393 ans lorsqu'il mourut.

fit lui-même faire rénovatior des vœux, et après le salut du S. $. nous chantâmes le Te Deum. Le baiser de paix ordinaire à ce jour se fit le soir au réfectoire sur la fin du souper. Pour surcroît de faveur, Mgr. vint le lendemain donner dans notre église les ordres mineurs à plusieurs jeunes ecclésiastiques.”

Nous voyons le fervent évêque répéter cette visite dans toutes les Communautés l’année suivante ; “notre retraite commune se fit aussitôt après, M. de la Villangevin et M. Vallier nous donnant les méditations, et Mgr. les conférences.” Les termes manquent à l’annaliste, pour exprimer la consolation qui revenait de ces retraites générales, dont on avait été si longtemps privé.

En 1744, l’infatigable prélat faisait ici en même temps, et sa visite et la retraite, la Communauté s’y étant disposée trois jours auparavant par la bénédiction du $. Sacrement.

Mgr. fit encore la visite des Communautés en 1754 et 56, “ avec grande satisfaction de part et d’autre. ” Pendant les dix années d'intervalle, il n'avait diminué en rien sa sollicitude pour l'avancement spirituel de notre Monastère, puisqu'il y donnait lui-même, dans l'hiver de 1752, la retraite préparatoire au Jubilé, où la ferveur semble avoir été à son comble. Le saint évêque paraît avoir apporté une ardeur extraordinaire à perfectionner les Communautés religieuses et son clergé, auquel il donna aussi des retraites générales ; c'était sans doute le moyen le plus propre à entretenir dans tout le pays la primitive ferveur, dont on allait plus que jamais avoir besoin, dans ces jours d'épreuve où le Canadien devra lutter énergiquement pour la conservation de la Foi de ses pères.

Au reste, la vie de Mgr. de Pontbriand, perdant les dix-neuf années qu'il gouverna l'Eglise du Canada, ne

fut qu’une suite non interrompue de bonnes œuvres et de travaux, entrepris pour la gloire de Dieu et le salut du prochain. Voici les détails précieux que renferme à ce sujet une lettre écrite en 1752, par notre Mère Charlotte de Muy de Ste. Hélène. Cette lettre est adressée aux Dlles. de Pontbriand, sœurs äu digne évéque et religieuses visitandines en France, avec qui elle entretenait une correspondance suivie.

“ Mesdames, Je commence par vous faire mon compliment sur la béatification de votre bienheureuso Fondatrice (1). Il y a longtemps que cette justice était due, à la vérité.

‘“ Nous avons eu quelque lueur d'espérance qu’on voulait mettre la Vén. Mère Marie de l’Incarnation sur les rangs pour le même sujet ; mais on nous marque que la personne qui avait pris la chose à cœur n’est plus. J'ai pensé plus d’une fois que si la chère Mère Madeleine Amiot de la Conception avait vécu, elle se serait donné du mouvement jusqu’à ce qu’elle eût réussi, car elle avait un zèle et un talent tout extraordinaire pour cela. Dieu peut susciter quand il en sera temps d’autres personnes ; c’est à nous à nous commettre et confier à sa Providence.

& J'ai bien des choses à vous mander, Mesdames, de notre pauvre pays. Il yen a de consolantes et d’autres bien tristes : les consolantes sont le zèle de notre digne Evêque, qui a été infatigable dans ce temps de Jubilé. Il a commencé, avant qu’il fût publié à la Cathédrale, par donner, lui seul, cinq jours de retraite aux trois communautés de cette ville. Il parlait trois fois par jour en public, dans des froids excessifs, vivant

(1) Mme. Fremiot, baronne de Chantal, depuis Ste. Jeanne Françoise.

D D Or

très-frugalement. Le reste de la journée était employé à parler en particulier aux religieuses.

Il a fait aussi plusieurs exhortations, aux prêtres, aux ecclésiastiques et aux élèves du séminaire.

‘ Le Jubilé étant ouvert en janvier, on donna pendant huit jours trois exercices par jour dans la cathédrale, et Sa Grandeur parlait tous les jours de la manière ] plus forte, la plus touchante et la plus pathétique. Cela ne fut pas plus tôt achevé que, sans se reposer, ii monta à Montréal, qui est à 60 lieues de Québec, où il fit la même chose, tant pour le public que pour les deux Communautés de religieuses. qui y sont.

‘ Mais son zèle ne se bornant pas là, il a été confirmer et baptiser une nouvelle mission de sauvages, à 40 ou 50 lieues au-dessus de Montréal, par des chemins qui lui étaient bien inconnus et bien affreux, puisqu'il fallait ou sauter des rapides en canot d’écorce, ou marcher à pied, mangé de moustiques, par des routes presque impraticables.

‘ Que pensez-vous de cela, Mesdames ? n'est-ce pas un apôtre ? Croyez-vous qu'il n'ait pas bien gagné son Jubilé ? Il a été cinq mois absent de Québec ; aussi, à son retour, y a-t-il ramené la joie. Les poètes n’ont point manqué de faire retentir ses louanges par la bouche des enfants, tant des garçons que des filles. Je suis fâchée de n’avoir pas les vers qu’on lui a récités et chantés chez-nous, je vous les aurais envoyés.

Ce digne Prélat comptait en revenant de Montréal, faire une semblable mission dans la ville de Trois- Rivières, où nos Srs. Ursulines qui y sont établies auraient eu la consolation de l'entendre ; mais les fâcheux accidents arrivés depuis peu, les ont privées de ce bien. ” e2

Nos lectrices verront plus tard à quoi se rapporte cette parole de la Mère de Muy de Ste. Hélène. Nous aurons aussi occasion de revenir sur le zèle et le dévouement du digne Prélat.

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