CHAPELAINS;—M. DE VILLARS ET SA CORRESPONDANCE
Nous avons vu que le directeur de la Communauté, au centième anniversaire, était un religieux recommandable par sa vertu et ses talents, le R. P. Maurice Imbault, supérieur des Récollets. Il fut remplacé en 1740 par le R. P. de $t. Paire, ( c’est ainsi que les Annales de Paris écrivent son nom ), qui exerça avec zèle et charité ses fonctions jusqu’à l’automne de l’année suivante. M. de la Villangevin fut alors donné pour confesseur à la Communauté, et voici comment le Récit note sa mort en 1758.
“ Notre ville de Québec vient de faire une perte ji considérablé en la personne de Messire Réné Allenoux à | de la Villangevin, aécédé le 16 de novembre dernier. | Ce digne Chanoine et Théologal du Chapitre de la | Cathédrale, a embaumé cette colonie des grands exem- | ples de vertu qu’il a pratiqués, et nous a laissées dans | un extrême regret de sa mort. Son amour pour Dieu et son zèle pour sa gloire lui ont fait laisser l’ancienne France pour accompagner notre illustre Prélat, dans
nauté, namanaurice acé en que les a avec ’année pour nent le
b perte
lenoux
ernier.
\ de la s eXCMes dans r Dieu ncienne at, dans
l’espérance de souffrir le martyre. Notre-Seigneur s’est contenté de sa bonne volonté, changeant pour lui les supplices des tyrans en plusieurs croix, surtout en infirmités. Nous avons eu le bonheur de l'avoir pendant six ans pour confesseur. La ferveur avec laquelle il nous exhortait aux vertus propres de notre état, nous entraînait au bien et nous le faisait pratiquer avec joie. Il est mort dans les sentiment d'un véritable saint. Notre consolation est de penser que notre Communauté, qu'il affectionnait beaucoup, possède en lui au ciel un grand protecteur et avocat.”
M. de Villars, qui avait pris la direction de notre Communauté en 1747, la continua pendant huit années, avec un zèle et uue affection qu'aucune expression ne saurait rendre. Ce saint prêtre qui était élève des M M. de St. Sulpice à Paris, était venu en France en 1744, muni des plus hautes recommandations, ‘ comme un sujet très-cstimable pour ses talents et sa bonne volonté.”” Ces talents et ces généreuses dispositions trouvèrent à Québec un ample exercice, et nous croyons pouvoir dire sans crainte d’être contredite, que le Séminaire de cette ville s’unit de grand cœur au vieux cloître des Ursulines, pour rendre hommage à la mémoire de l’infatigable et vertueux prêtre.
Directeur du Séminaire en 1746, il fut nommé économe l’année suivante, et pendant trois ans, il dut faire valoir plusieurs fermes au protit du Séminaire, étant chargé, en outre, de la cure de Québec et de la direction des Ursulines. En 1750, il gouvernait l’œuvre de Mer. de Laval en qualité de Supérieur, ce qu'il continua avec la direction de notre Communauté, jusqu’à l’année 1754, où le mauvais état de sa santé l’obligea de repasser en France.
L'éloignement ne ralentit en rien l'intérêt que M.
de Villars portait à la prospérité de notre maison, etau bonheur de celles qui l’habitaient. Retiré au Séminaire des Missions Etrangères, à Paris, ce véritable père et ami saisissait avec empressement toutes les occasions de faire plaisir à nos Mères et de les obliger ; il se prêta même volontiers à remplacer les R. P. Jésuites comme procureur de notre maison, à l'expulsion de l'Ordre en France. ‘ Si je puis aider en quelque chose vos chères Mères de la Rue St. Jacques à Paris, en ce qui regarde vos affaires temporelles, écrivait-il à notre Mère Migeon de la Nativité, je ne me ferai pas prier deux fois, soyezen bien persuadée; et je n’aurai pas grand mérite en le faisant, par l'inclination qui m'y porte.” Deux ans plus tard il répétait : “Soyez persuadée, ma Rév. Mère, du désir que j'aurai toujours d’être utile en quelque chose à votre respectable Communauté, à laquelle je serai inviolablement attaché...”
Mais c’est dans la correspondance suivie que M. de Villars tint pendant 82 ans avec notre Communauté, qu'il faut voir la piété, l’'amabilité, la bonté de cœur du saint prêtre. Impossible dc citer toutes ces lettres, qui formeraient à elles seules un petit volume ; mais nous donnerons au moins quelques fragments de celles qu’il écrivit dans les quatorze dernières années de sa vie : ces lettres sont charmantes, tant sous le rapport de l'intérêt historique que pour l'édification qu’on y trouve. Citons-en dès à présent une ou deux.
En voici une en date du ler mars 1784.
Ma Rév. Mère, Votre chère lettre du 13 août dernier m'est parvenue, et ma reconnaissance est grande de voir que mon respectueux et sincère attachement pour votre sainte Communauté, n’est pas sans un retour qui me flatte beaucoun ; ce qui me touche surtout, c’est le souvenir que vous voulez bien m'accorder dans vos ferventes prières et communions. Je suis donc absent ce
au ire et , de rèta me > en ères arde eOn )yeZen le ans Mère, elque lle je
. de 4 auté, cœur ettres,
mais celles de sa
apport ’on ÿ
r m'est non resunauté, le touche accorder bsent ce
re été :
que j'étais présent, et personne ne peut vous souhaiter plus ardemment que moi, tous les biens spirituels et temporels qui peuvent vous être nécessaires, persuadé que Notre-Scigneur est toujours très-fidèlement servi dans votre maison qui, à cette distance, est très-souvent présente aux yeux de mon âme. Je vous donnai de mes nouvelles l’année dernière, mais le gros paquet confié à M. Cugnet a été perdu. La Mère Ste. Saturnine n'avait pas manqué de vous écrire, ce qu’elle fait encore en ce moment, et j'attends ses dépêches pour les joindre aux miennes.
‘“ Je partage bien sincèrement, ma Rév. Mère, vos justes alarmes aux sujet de la santé de Mgr. de Québec (1). Quelle perte s'il vous est ravi! Mais le Seigneur est le Maître, et en toutes choses il faut adorer ses desseins et ses jugements, toujours sages et équitables. Je voudrais bien apprendre par les premicrs vaisseaux, la nouvelle du rétablissement de sa santé. S'il a besoin d'un infirmier, la Providence semble lui en ménager un, je laisse à M. Gravé le mot de mon énigme ; il vous dira aussi d’autres petites nouvelles, Je suis charmé de voir que ses grandes occupations au Séminaire et au Grand-Vicariat, lui laissent la liberté de vous donner deux après-midi chaque semaine ;
si j'étais à Québec, j'aurais sûrement la tentation de ne pas le laisser succomber sous le fardeau.
Ménagez-le, je vous prie, pour vous et pour moi.
‘ Mille respectueuses assurances de mon attachement à toutes vos chères mères, connues et inconnues. Que Notre-Seigneur daigne de plus en plus vous remplir de son divin amour ; c’est
lui qui adoucira toutes vos peins et couronnera votre persévérance, C’est dans ces sentiments etc.,
de Villars, Prêtre.
P. S. Vous me croyez assistant éternel du Séminaire —
Point du tout, je suis actuellement ce qu'est souvent M. Gravé à Québec, le Boursier de la maison; un pauvre et misérable procureur âgé de 64 ans, et qui soupire en vain après les douceurs de la solitude, qui le fuient—de Villars. ”
(1) Mgr. Hubert,
La lettre suivante écrite après trente années d’éloignement, (3 février 1786), prouve que le cœur des saints ne vieillit pas, daus le tendre intérêt qu'ils portent aux | personnes auxquelles ils se sont affectionnés en vue de Dieu.
“Ma Rév. Mère, Vos deux lettres du 15 juin et du 15 octo- | bre me sont heureusement parvenues, et je ne suis pas peu flatté que la mère et ses vertueuses sœurs veuillent bien me continuer | leur souvenir, ainsi que le secours de leurs ferventes prières, dont | je suis et je serai jaloux toute ma vie, et au-delà du tombeau, car | la vraie et sincère charité s'étend à la vie future aussi bien qu'au | temps présent. Quelle consolation pour votre vieux père de savoir | que votre institut est florissant ! J'entends pour les progrès de | votre jeunesse aussi bien que pour le nombre. Quelles belles cou- | ronnes le Seigneur réserve à toutes celles qui sont appliquées à la | bonne œuvre par la sainte obéissance ! T1 me semble les voir s'en acquitter avec cette grande pureté d'intention, cette patience sou- | tenue, et ce zèle ardent qui contribuent si puissamment à la sanc- | tification du prochain ! Aussi brilleront-clles comme les astres du
firmament toute l'éternité : mais les autres sœurs attachées à différentes fonctions dans le Monastère, auront aussi leur part de la récompense ; leur gloire, dis-je, ne sera pas moins grande, à cause LME de la préparation de leur eœur à se sacrifier à leur tour au salut
| des enfants, qui ont été si chers à Notre-Seigneur Jésus-Christ
| qui, en les voyant rangés autour de sa divine personne, disait à ses apôtres avec tant de complaisance : ‘ Laissez venir à moi les 4 petits enfants. ”?
“ J'espère que vos pluies ont été aussi abondantes en Canada, l’année dernière, que la sécheresse a été grande en toute la France. Si toutefois les éléments déchaînés allaient briser vos moulins et ruiner vos récoltes ; si, en un mot, ils avaient contre mon gré réduit mes chères filles à la besace, mandez-le moi, afin que je puisse me faire frère quêteur de l’ordre de St. François, pour procurer du pain et des habits à d'aussi dignes filles de St, Augustin. Mais en attendant le succès de ma quête, vous aurez le soin de prier Messires Bédard, Gravé et Lahaiïlle, de ne pas
vous laisser manquer de pain, d’habits et de bois, ce dernier article étant bien plus nécessaire en Canada qu'il ne l’est à Paris
‘“ Au premier moment de loisir, j'irai m'acquitter de vos commissions pour les Carmélites, les sœurs de la Visitation, de la Charité, ainsi que celles de St. Maur. Je les prierai de demander pour vous tout ce que votre charité vous fait désirer pour elles ; avec cela, vous serez toutes plus riches que nos plus opulentes abbayes de France. Ce sont là mes vœux pour vous, chère et bien-aimée maison, à qui j'offre en la personne de sa Supérieure, le respect éternel avec lequel je suis,
‘“ Ma Révérende Mère, “ Votre très-humble et très obéissant serviteur. “ de Villars, Prêtre.
“P, S. Je joins à cette lettre un petit ouvrage d'un de mes amis, ancien directeur des Visitandines qui est toujours fort gai, (quoique devenu aveugle) ; cela pourra vous amuser à vos récréations. C’est une fiction, mais les fictions disent quelquefois des vérités fort utiles et agréables. Puissiez vous jouir beaucoup de ces badinages innocents. Cet ami s'appelle M. de Montis ; il est bien connu en France par ses retraites et ses panégyriques. Je vous envoie aussi un de ses ouvrages plus graves et non moins utiles—de Villars. ”