‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 54 sur 91 · MENT DES · texte numérisé non relu

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‘ Sa Magesté ayant envoyé sur ces entrefaites M. le Marquis Duquesne de Menneville, en qualité de Gouverneur-Général, pour remplacer M. de la Jonquière, (1) il chargea M. Marin, Capitaine, d'établir un fort à la Presqu'ile. Dans l'hiver, il fit partir pour le même poste plusieurs officiers et bon nombre de Canadiens qui s’y rendirent avec des fatigues incroyables. On en envoya encore le printemps pour bâtir divers forts. La misère, l'excès du travail, en fit mourir une grande partie ; M. le Commandant mourut lui-même, après un peu plus d’un an de séjour en cet endroit.

‘ M. de Contrecœur, aussi Capitaine, fut destiné pour le remplacer. Lorsqu'il fut arrivé à la Presqu'ile, il envoya un gros détachement en forme d'ambassade à un fort anglais qui était plus loin, M, le Chevalier Le Mercier, qui le commandait, avait ordre de demander à l'Anglais, de quel droit il occupait une place dont le Roi de France avait pris possession depuis longtemps ; qu’au reste, il le sommait de l'évacuer sous deini-heure, sans quoi il le lui ferait faire de force. Le terine était trop court pour donner le temps de léiibérer: ne ze

() ‘Le 17 mars 1752, disent ailleurs les Annales, M, de la Jonquière, Commandeur de l’ordre Royal de St. Louis, chefd'escautre, Gouverneur et Lieutenant-Général pour le R:; «ans ia Nouvelie France, est décédé âgé de 67 ans, regretté de tons les peuples de ce pays. Ila donné à notre Communauté en aumône 100 livres en argent. M. son neveu, Doyen de la Cathédrale de Québee, en a donné autant, nous demandant, quelques prières pour la conversion d'une âme.” M. de la Jonquière fut enterré dans l'église des Récollets, à côté du comte de Frontenac et du Marquis de Vaudreuil. Il était un des plus habiles marins. On lui reproche d'avoir été un peu avare et de s'être attiré par là bien des désagréments,

Le Marquis Duquesne de Menneville retablit la discipline militair dans le pays. Le Vicomte de la Galissonnière avait précédé M. de l& Jonquière. C'était un homme actif et éclairé qui eût pu faire un grand bien à la colonie, mais il n’y gouverna que deux ans,

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trouvant pas en état de se battre, les Anglais sortirent tête baissée, honorablement cependant dans les formes de la guerre, emportant avec eux un petit canon, comme on fait en de semblables rencontres. On dit qu’ils promirent en partant d’avoir leur revanche ! Quoi qu'il en soit, nos gens entrèrent dans le Fort et arborèrent le drapeau français. M. de Contrecœur s’y transporta aussitôt avec ce qui lui restait de monde, ne laissant à la Presqu'ile que ce qui était nécessaire pour la garder. On se fortifia le mieux possible. M. le Commandant du Détroit, à la prière de M. de Contrecœur, envoya M. de Léry son second en qualité d'ingénieur, pour mettre le fort en état de défense. On y était fort tranquille lorsqu'un incident imprévu nous obligea de prendre les armes.

M. le Lieutenant de Jumonville, allant pour parlementer avec les Anglais, était campé avec les siens, lorsqu'il entendit des coups de fusils de dessus les montagnes, S'’étant levé pour voir ce que c'était il tomba mort ainsi que plusieurs des siens. C'était un parti d'Anglais et de Sauvages qui, après ce coup, emmenèrent une trentaime des nôtres em captivité.

# Cette nouvelle excita un soulèvement général, surtout à Québec et à Montréal. M. de Villiers, Capitaine, frère aîné du défunt, prit les armes pour venger la mort de M. son frère, qu'on regardait avec raison comme un véritable assassinat. I] partit avec une troupe de braves Canadiens, et Dieu donna une telle bénédie- À son entreprise qu'apres avoir tué beaucoup d'Anglais, il fit avec eux ume sage et prudente capitulation. Entr'autres articles, il était défendu aux Anglais pendant un an, d'attaquer les Français en ce lieu, et ils devaient rendre promptement les prisonniers qu'ils avaient faits, dans l’action où M. de Jumonville avait

été tué. On prit en otage deux officiers anglais M M, Oualram (Wambram) et Stobo, qu’on mena au fort Duquesne où commandait M. de Contrecæœur.

“ Cette victoire fit beaucoup d'honneur aux Français et leur concilia l'affection des sauvages. Aussi étaitelle absolument nécessaire : car si on ne s'était pas mis en devoir de venger cette injure, ces nations nous

auraient méprisés à l’excès, et aucun voyageur n'aurait:

pu se montrer sans éprouver leur insolence. Ils ne donnèrent aucun secours aux Anglais. Lorsqu'ils virent passer notre armée, tous ceux qui habitaient les bords de la rivière se retirèrent dans les boiïs, et leurs braves, du côté de la montagne, pour donner seloi leur coutume du côté du plus fort. Lorsque nos guerriers revinrent de l'expédition, tous les fuyards avaient reparu et criaieut à l’envi: “Vive le Français !” Depuis ce temps, ils nous sot fort attachés, et il en vient de tout à fait inconnns s'offrir À combattre pour nous. ”

Si notre Annaliste eut vécu jusqu’à 1776, elle n'eut pas manqué de réparer une omission de son récit, en y ajoutant le nom du célèbre Washington. C'était lui, en effet, que le général Dinwiddie avait envoyé dès l'automne de 1753, visiter la vallée de la Belle-Rivière ; c'était lui qui, au printemps suivant, élevait un fort en face même des Français ; c'était lui enfin qui commandait, en qualité de Major, le détachement qui attaqua si déplorablement Jumonvilleetsa petite troupe. HÂtons-nous de dire que le futur Fondateur de la République Américaine, n'avait alors que 21 ans ; ardent patriote, il avait cédé à un entraînement du moment, qu'il regretta plus tard sans doute, mais dont il ne put jamais pleinement se justilier.

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