UE HÉROS DE LA MONONGAHÉLA
Reprenons, chères lectrices, les récits de guerre, en suivant toujours les Annales ; nous sommes à l’été de
‘ Les Anglais, en évacuant leur fort au printemps de l’année dernière, avaient promis d’avoir leur revanche ; ils ne tinrent que trop parole. M. Braddock, grand général du Roi d'Angleterre, se mit en marche avec de grosses troupes et quantité de belle et bonne artillerie, non-seulement pour s'emparer de la Belle- Rivière, qu’ils nomment la rivière Aoyau (Ohio), mais encore de tout le pays, qu'il regardait déjà comme à lui, et qui l’eût été en effet sans une protection visible de Dieu, par l'intercession de la très-sainte Vierge et du glorieux St. Joseph.
M. de Contrecœur, averti de la marche de l’ennemi, envoya souvent des découvreurs français et sauvages en forme de détachements, pour harceler les Anglais et les empêcher d'arriver jusqu’à son fort. Il apprit qu'ils étaient à 30 ou 40 lieues, au nombre de 3,000, (1) se préparant à les venir assiéger. Ces troupes se tenaient si bien sur leurs gardes, marchant toujours en ordre de bataille, que tous les efforts de nos détachements contre elles devenaient inutiles.
‘ Enfin, apprenant tous les jours que l’armée approchait, M. de Contrecœur envoya M. de la Pérade, officier, avec quelques français et sauvages, pour savoir au juste où elle était. Il apprit le lendemain, 8 juillet,
(1) Quelques Historiens disent plus, d’autres moins,
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que les Anglais étaient environ à 8 lieues du fort Duquesne. Il fit partir sur le champ un autre détachement, qui apprit le même jour que les ennemis n’étaient plus qu’à 6 lieues et qu’ils marchaient sur trois colonnes. Sans perdre de temps, il forme aussitôt un parti de tout ce qu'il pouvait mettre hors du fort ; ce parti se composait de 250 Français et de 650 Sauvages, en tout 900 (1) hommes.
M. de Contrecœur ayant demandé dans l'hiver précédent son rappel, M. le Marquis Duquesne avait envoyé M. de Beaujeu, Capitaine, pour le relever, avec ordre toutefois à M. de Contrecœur de ne revenir qu'’après l'expédition, supposé qu'on fût attaqué comme on avait lieu de le craindre. Les deux Commandants délibérèrent entr'eux qui marcherait à l'ennemi. M. de Beaujeu, à qui le commandement du poste était destiné, prit aussi celui de la petite armée. Il avait sous lui deux capitaines, MM. Dumas et de Ligneris, et quelques officiers subalternes.”’
Arrêtons-nous ici quelques instants, chères lectrices, car nous allons assister à un des plus beaux faits d’armes dont l’Ilistoire fasse mention, un fait d’armes qui rappelle l’héroïsme de Beaulac et de ses 16 compagnons, et auprès duquel pâlissent les gloires des Thermopyles. La Religion va ennoblir tous les détails de cette action héroïque ; on combat, non-seulement pour la patrie, mais encore pour les autels de sa Foi.
Le Capitaine de Beaujeu, que la Providence va mettre en scène pour la dernière fois, est (2) un héros dans toute la force du terme. Il faut le voir, la veille
(1) Les Historiens disent moins.
(2) Nous abrégeons de l’estimable écrivain, M. J. Gilmary Shea de N. York.
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et le matin de ce mémorable combat, pour apprécier son énergie et sa grandeur d'âme. Le succès de cette expédition reposait en grande partie sur le concours déterminé des Sauvages. De Beaujeu interpelle donc
les chefs et les invite à se joindre à lui.— Quoi! père,
lui disent-ils, veux-tu donc nous faire nassacrer tous ! 4 LEL
Que pouvons-nous contre cette arn rmidable ?
Ils avaient eu, en eftet, la nouvelle de ces imposantes colonnes de troupes anglaises, uniforme rouge et baïonnettes étincelantes, défilant en ordre au reflet d'un beau soleil d'été, le long des rives de la Monongahéla, sur une longueur de quatre milles de chemin! Voyant cette détermination des chefs sauvages, de Beaujeu leur donne la nuit pour réfléchir.…..Quelle nuit pour cet enfant du sol, pour ce brave Chevalier de St. Louis ! Il comprenait la portée des circonstances où il se trouvait: les Anglais, victorieux sur ce point, commençaient la ruine de la colonie tout entière. Placé par le Roi à la garde de ce poste avancé, un chevalier de St. Louis devait mourir plutôt que de se rendre !..… Avec une foi égale à son courage, il se tourne vers ce Dieu qui préside aux conseils des hommes. Il sonde sa propre conscience, s’humilie aux pieds du ministre du Dieu des miséricordes, se munit du Pain des Forts, et après avoir remis sa cause et sa personne entre les mains du Dieu des Armées, il sort du fort avec sa petite troupe Canadienne. En passant devant le camp des alliés sauvages, il leur demande quels sont à présent leurs desseins.—‘ Nous ne pouvons pas !”” répondentils.—< Je suis déterminé à marcher à l’ennemi ; laisserez-vous votre père aller seul ?”” reprend de Beaujeu d’un ton froid et presque méprisant. Ces paroles vont à l'âme de ces natures farouches ; laisser 200 Canadiens à la merci de 4000 Anglais, serait une éternelle dis-
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