MONTCALM À CARILLON
La victoire cependant, n’avait pas abandonné le drapeau des lis, ni fait défant à l’héroïsme de nos guer-
riers. Hâtons-nous de reposer un peu le cœur de nos lectrices, en leur rappelant un des plus beaux triomphes des armes françaises en Canada.
On avait réussi à chasser l'ennemi de presque toutes ses positions, dans la vallée de l’Ohio et du lac Champlain ; néanmoins, du poste du fort Edouard, les Anglais convoitaient encore, non-seulement la belle vallée, mais toute la Nouvelle France. Leur supériorité numérique de quinze contre un, (1,200,000 contre 80,000), leur persuadait qu’ils réussiraient enfin à laver l’humilation de tant de défaites.
L'armée du Canada comptait au printemps de 1758, 5,781 soldats, pendant que Pitt donnait au général Abercromby, qu’il envoyait en Amérique, 22,000 soldats et 28,000 miliciens, faisant de plus organiser un corps de réserve de 30,000 railiciens.
Malgré le manque de vivres et de munitions, malgré le manque de chaussures et de vêtements, malgré surtout l’effrayante disproportion du nombre, Montcalm et le pays ne désespéraient pas. ‘“ Nous combattrons, disait l’admirable général, nous nous ensevelirons s’il le faut, sous les ruines de la colonie.” C’est dans ces généreux sentiments, partagés par les officiers Bourlamaque et de Lévis, et par toute sa petite troupe, que le Marquis de Montcalm attendait l'ennemi. Abercromby ne tarda pas à s’avancer du fort Edouard sur
Carillon, et ce fut le 8 juillet, sur le midi, que s’engagea le combat, qui dura sept heures et pendant lequel les ennemis vinrent six fois à la charge ; maïs sans autre succès que de faire cueillir de nouveaux lauriers aux incomparables défenseurs de la patrie. Laissons à l’Annaliste, la consolation de nous faire part d’un si beau triomphe.
‘“ Notre confiance en Dieu et la Ste. Famille n’a pas
été vaine ! Les ennemis sont venus se présenter à Carillon au nombre de 25,000, (1) dont 8,000 étaient plus éloignés. Un détachement de 400 des nôtres, ne sachant pas l’ennemi si près, tomba dans leur camp et fut taillé en pièces. Les Anglais, enflés de ce premier succès, poursuivirent leur conquête, qu'ils tenaient comme assurée, et qui l'était en effet sans un miracle évident, reconnu même des conquérants.
“ La défaite de notre détachement obligea M. de Bourlamaque à se replier sur le camp de M. le Marquis de Montcalm, ce qu’il fit avec une contenance si assurée que l’ennemi en fut déconcerté, s’imaginant qu'il allait rejoindre des forces supérieures aux siennes; ce qui était loin d’être, puisqu'ils furent tous deux obligés de revenir sous le canon de Carillon, battant en retraite, mais non en fuyards. Nous n’avions que 2,500 hommes.
‘ On fit en très-peu de temps un retranchement de troncs d'arbres avec leur branches pour nos troupes, et le 8 de juillet, on livra le combat qui dura jusqu’à la nuit. On se battit de part et d'autre avec beauconp de valeur; mais malgré l'inégalité des forces, notre petite troupe, soutenue du bras du Seigneur, remporta la victoire et obligea l'ennemi de s'enfuir, avec perte de 5,000 hommes, 8 officiers généraux et grand nombre de blessés. Si les Anglais eussent pris le bon chemin, nous étions perdus sans ressource ! maïs Dieu les aveugla, et nous accorda une protection toute particulière. Nous avons perdu un grand nombre d'officiers des régiments. On estime que tant morts que blessés à mort, notre perte monte à 600; c’est bien peu en comparaison des Anglais. Ils ont laissé quantité de butin sur le champ de bataille.
(1) M. Dussieux donne 20,000 anglais contre 3,058 Français et Canadiens,
enter à ‘étaient tres, ne amp et premier tenaient miracle
M. de Marquis ‘assurée il allait ; ce qui igés de retraite, ommes.
nent de
araison
“M. le Marquis de Montcalm, dont la piété est des plus exemplaires, fit dresser une croix que chacun fut adorer en chantant le Te Deum, et il y fit mettre comme inscription (1) que c'était le Seigneur seul qui avait vaincu.”
$23.—MISÈRE PLUS POIGNANTE ;—On monte encore la garde ; NAUFRAGES,.
La brillante victoire de Carillon entourait de gloire les dernières pages de l'Histoire de la domination françaïise en Canada, mais elle n’allégeait en rien les misères qui pesaient si lourdement sur notre peuple épuisé. Loin de là, l’absence prolongée des miliciens empêchant la culture des terres, la privation des premières nécessités de la vie devenait de plus en plus douloureuse. ‘ La misère est plus grande que jamais malgré les grands secours venus de France, écrivait l’Annaliste sur la fin du mois d'août. Le baril de farine est à 200, 220 livres, et encore n’en a-t-on pas facilement. Les pauvres habitants ont été sans pain presque tout l'été ; on ne leur a pas laissé la liberté de conserver lear grain pour vivre.”
La charitable plume semble craindre encore de nommer Bigot et les vils employés qui spéculaient ainsi sur la misère du peuple ; mais on voit partout qu'elle
(1) Cette inscription était ainsi conçue: Quid dur ? Quid miles? Quid strata ingentia ligna ? En Signum! En victor ! Deus hic, Deus ipse triumphat /—Qu'ont fait le général et le soldat? A quoi ont servi les grands monceaux d'arbres ? Le vrai signe, le vainqueur, c'est Dieu! c’est lui qui triomphe!
Nous eûmes le plaisir de voir, il y a une vingtaine d'années, un des drapeaux de la célèbre bataille de Carillon, qui porte l'empreinte de l’héroisme des vainqueurs par les balles dont il a été criblé. Ne pouvant réparer ce drapeau, nous avons eu la satisfaction d’en broder un autre aux armes canadiennes, d’après le désir de la société St, Jean-Baptiste,
Re ne —