DERNIERS MOUVEMENTS DE LA CAMPAGNE DE
Pendant que le Marquis de Montcalm triomphait à Carillon et arrêtait les progrès du centre de l’armée ennemie, la droite (1) des Anglais assiégeait Louisbourg, avec une opiniâtreté qui devait enfin triompher. Notre historienne écrivait en date du 27 août: “ Nous apprenons par des fuyards, la triste nouvelle de la perte de l'Ile Royale, qui a vaillamment soutenu deux mois de siége. Les vainqueurs ont fait prisounières de guerre, toutes les troupes qui ont échappé au carnage, officiers et soldats. On dit que c’est pour trois ans.”
L’Annaliste se doutait peu que parmi ces vainqueurs, se trouvait un jeune brigadier de trente-deux ans qui viendrait, l’année suivante, demander la reddition de Québec.
M. de Drucourt, Gouverneur de la place, avait montré un grand courage; Mme. de Drucourt elle-même était des premières à stimuler l’ardeur des assiégés, allant chaque jour aux batteries les plus exposées et mettant le feu à trois pièces de canon. Mais le 26 juillet, toute résistance était devenue inpossible ; il fallut se rendre aux dures conditions qui ont été mentionnées.
Sur la fin du mois suivant, le colonel Bradstreet envoyé avec 8,000 hommes à Frontenac (Kingston), par le Général Abercromby, pour laver la honte de la défaite de Carillon, en agissait d’une manière plus digre du courage de nos valeureux soldats. ‘ Ies assiégés, dit l'Annaliste, n'avaient que 60 hom'ues ie
(1) La disposition des forces anglaises est ainsi indiquée dans le bel ouvrage de M. Dussieux: ‘Le Canada sous la Domination
Française."
garnison, avec quelques voyageurs et autres qui conduisaïient les barques, pour voiturer les effets des postes des Pays d’en haut : ce qui faisait en tout 150 hommes. Ils ont cependant combattu depuis le 24 août jusqu’au 27. Ne pouvant plus alors résister aux canons et aux bombes, il a fallu capituler et se rendre. Le Commandant Anglais en a agi envers les nôtres d’une façon très-gracieuse, renvoyant les officiers et autres sur leur parole pour faire des échanges, avec permission d’emporter ce qui leur appartenait. Le fort fut pris sur les 9 heures du matin ; ils voulaient bien leur donner jusqu’au lendemain, mais il n’était plus possible de contenir les troupes. Les dames furent mises à même du magasin pour prendre ce qu’elles voudraient ; mais elles étaient si interdites qu’elles n’en firent rien.
& Ce fort est une perte considérable pour la colonie, Il était richement garni, car c’était là que l’on envoyait tout ce qui était nécessaire pour les Pays d’en haut.
Tout notre monde est arrivé en bonne santé. Nous avons rendu les officiers dont on était convenu. Quelques jours plus tard, les Anglais ont abandonné le fort avec grande précipitation, par une conduite de la divine Providence, n’y ayant pas fait tout le mal qu’ils pouvaient, et cela, sur une nouvelle répandue par les sauvages, qu’un gros de Canadiens et de sauvages arrivaient pour les en chasser. Ils ont aussi abandonné le fort Chouagan, qu'ils rétablissaient, sans qu’on en sache la raison.
‘ Cependant, les Anglais s’avancent toujours du côté du Golfe, et font de nouvelles conquêtes. Ils ont pris Gaspé et le mont Louis, ruiné Pabos, brûlé la mission de Miramichi. Quinze de leurs vaisseaux se sont rendus à l'entrée de la rivière St. Jean, où ils rétablissent le fort
que nos Français avaient brûlé avant de s'enfuir dans les bois. Il n’y a pas jusqu'aux Sauvages qui n'aient été obligés de venir avec leur missionnaire se réfugier à Kamouraska. Enfin nous sommes dans l’attente d’une prise générale si Dieu n’a pitié de ce pauvre pays.
‘ Nous avons eu quelqu’avantage à la Belle-Rivière le 23 octobre : l'avant-garde d’une armée anglaise composée de 800 hommes a été défaite ; deux canots seulement ont pu s'enfuir, sans vivres ni munitions. On en a encore défait 200 depuis. Cependant nous apprenons qu'ils sont encore 2,600 à 20 lieues du fort Duquesne, où ils se sont retranchés. Ce qu'il y a de triste, c’est que le manque de vivres a obligé M. le Commandant de ce poste à renvoyer presque tout son monde. Ainsi ce qui reste est en grand danger, sans un secours puissant de la Ste. Vierge.”
Ce second échec au fort Duquesne, avait été essuyé par Washington lui-même, à la tête des milices Virgi-
niennes en qualité de colonel. Le Général Forbes, qui commandait la gauche de l’armée ennemie, (6,000 hommes), s’avança alors avec le gros de ses forces, et le 28 novembre, il était à trois lieues du fort. “M. de Ligneris, commandant, étant hors d’état de leur tenir tête, brûla le fort après avoir sauvé tout ce qui était dedans, selon les ordres de M. le Général. Il s’est retiré à un fort plus éloigné jusqu’à nouvel ordre. On dit que les Anglais rebâtissent le fort et empiètent toujours sur nous, bien résolus de ne point désister qu'ils n'aient pris le pays : ce qui arrivera sans doute sans un secours très-puissant de Dieu et de la Ste. Famille. ”
Le fort Duquesne devint donc le fort de Pitt. (1) Ce
(1) Aujourd’hui la grande et riche ville de Pittsburg, qui res
mouvement fut le dernier de cette campagne ; la flotte anglaise s'était retirée vers la mi-octobre, après avoir remporté des triomphes, moins brillants que les nôtres il est vrai, mais d'une grande portée dans leurs plans de conquête. Ils étaient maîtres du Golfe et de la vallée de la Belle-Rivière.