‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 7 sur 91 · CAPTIVITÉ DE MGR. DE ST. VALLIER.—ÉTAT DE LA COLONIE · texte numérisé non relu

CAPTIVITÉ DE MGR. DE ST. VALLIER.—ÉTAT DE LA COLONIE

Jetons maintenant un regard au dehors, voyons des événements qui se passent au loin, mais dont le retentissement douloureux pénètre jusqu’au ; ‘us intime du cloître.

Depuis deux ans, on était en proie à la plus vive inquiétude au sujet de Mgr. de St. Vallier. Cette anxiété était d'autant plus fondée, que l’on n’ignorait pas le sort des vaisseaux qui tombaient à la merci des Anglais.

Nos lectrices se rappellent que la paix entre les deux grandes puissances n'avait pas été de longue durée : la succession d’Espagne, et l'hospitalité donnée par la France à l'infortuné Jacques II, avaient renouvelé les hostilités, et comme l'Angleterre était alors maîtresse des mers, elle interceptait la plupart des renforts en ronte pour l'Amérique. Louis XIV connaissant le

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danger qu’allait courir Mgr. de St. Vallier, s’opposa longtemps à son départ; mais le digne prélat, qui préférait toutes les misères à une absence aussi prolougée de son diocèse, fit tant d’instances qu'il obtint de s’embarquer, (1704), sur un vaisseau de la marine royale, qui devait protéger plusieurs autres navires chargés de richesses pour la colonie.

Trois semaines se passèrent sans accident, et les heureux passagers cinglaient pleins d'espoir vers l’Amérique quand, soudain, ils se virent investis et serrés de près par une flotte anglaise. Les vaisseaux marchands parvinrent à se retirer du danger, mais celui du Roi, trop chargé pour se défendre avec avantage, resta au pouvoir de l'ennemi. Qu'on se figure la consternation des passagers quand ils se virent constitués prisonniers de guerre ! qu’on s’imagine leur douleur, quand il leur fallut rebrousser chemin et prendre la route de l’Angleterre, où les attendait la Tour de Londres ! outre Mgr. l’Evêque de Québec, on comptait parmi les captifs plusieurs prêtres et religieux qu’il amenait en ce pays, (1) et grand nombre d'officiers, de femmes et d'enfants.

Ces personnes furent honorablement traitées par la reine Anne, et avant la fin de l’année, tous avaient été libérés, à l'exception du digne évêque, pour la rançon duquel on exigeait la liberté d’un prisonnier de distinction retenu en France. Mgr. de St. Vallier dut donc languir pendant longtemps à la Tour de Londres ;

(1) Le Séminaire avait pourvu aux cures du Canada jusque vers l'année 1700 ; l’évêque se chargea alors de ce soin. A partir de 1664, où fut érigée la paroisse de Québec, jusqu’à 1768, elle fut desservie par MM. les Directeurs du Séminaire. Les chanoines, qui étaient au nombre de dix à douze, étaient pour la plupart membres du Séminaire. M. de Bernières, qui fut le premier prêtre ordonné en Canada, fut aussi le premier curé fixe de Québec et le premier Supérieur du Séminaire,

quand on counaît son caractère et le zèle dont il était animé pour son diocèse, on comprend tout ce qu’il dut souffrir pendant cette captivité.

Il faut cependant ajouter à la gloire de la reine Anne, que Mgr. de St. Vallier fut traité avec beaucoup d'égards et de considération, ayant pleine liberté d'agir en évêque catholique. 11 recevait la visite des prêtres et des religieux, dont il y avait encore bon nombre en Angleterre ; il administrait les sacrements et exhortait les Catholiques, sans qu’on osât jamais lui faire la moindre insulte. La Reine elle-même l’honorait en toute occasion, et ne se lassait pas d'exprimer l'estime qu’elle faisait de son mérite personnel. Mais rien ne pouvait consoler le pasteur de l'éloignement de son troupeau, surtout en un temps de crise et de danger, qui pouvait à tout moment tourner au malheur de la colonie.

Cependant les braves Canadiens faisaient payer chèrement à l'Angleterre ses triomphes sur mer.

Nos lectrices se rappellent que la guerre de seize ans venait de se teminer par le traité de 1700, entre les Cantons Iroquois et les colonies françaises. C'était un pas de fait, mais cela ne suflisait pas à la prévoyance du Chevalier de Callières : aussi grand homme d'état qu'habile guerrier, il voulait quelque chose de plus durable, en forçant les Iroquois à signer la paix avec toutes les tribus sauvages établies sur les bords des grands lacs, et en rendant la France, en quelque sorte, la gardienne des traités. Le fameux chef huron Kondiaronk (le Rat) seconda cette entreprise avec l’habileté que chacun connaît: les vues du Gouverneu: furent réalisées et cette paix merveilleuse fut conclue en 1701, malgré les oppositions et les intrigues du gouverneur des colonies anglaises.

Comme on le voit, quoique la guerre entre la France et l'Angleterre ne fût qu’une guerre européenne, elle avait son écho sur nos rives, et les colonies respectives se disposaient à en soutenir le contre-coup.

Vers 1709 et 10, les Anglais réussirent à détacher pour quelque temps de l’alliance française quatre cantons Iroquois, et précédemment, ils avaient gagné une tribu de l’ouest, qui était venue foudre sur le fort de Détroit et avait mis la population dans le plus grand danger.

La Nouvelle-France n'avait que 20,000 habitants À opposer à 260,000, que comptaient les colonies anglaises. C'est alors que le gouverneur de Vaudreuil, s'étant assuré autant que possible des tribus sauvages, conçut un plan qui met dans tout son jour son habileté, en même temps que sa confiance dans l'intrépidité des soldats français et des milices canadiennes. Il fut résolu qu’au lieu de permettre aux colons anglais d'attaquer les postes français, on irait porter au centre même de leurs colonies la terreur et la désolation.

C'est à cette époque qu'eurent lieu, comme le savent nos lectrices, ces prodiges de valeur et d’héroïsme qui immortalisèrent nos guerriers. En plein cœur d'hiver, au milieu des frimas et des neïges, des détachements de Canadiens et de Sauvages prenaïent à travers les bois à la raquette, chacun portant sur son dos son bagage et ses armes, et l’on allait ainsi à cinquante, à cent lieues et plus, surprendre et dévaster les bourgs et forts ennemis Nommons ici pour les expéditions de la Nouvelle-Angleterre, Hertel de Rouville, Iertel de Chambly, de Verchères, de St. Ours-Deschaillons ; à Terreneuve et en Acadie, Subercase et de St. Castin, Saillant, de l’Epinay, de Montigny, de Villedonné, de Linctot, de Belestre, Denis de la Ronde, du Plessis,

St. Ovide, de Costebelle, Despensens, la Chesnaye, d’Ailleboust, d'Argenteuil, Johannis ; noms que nous écrivons ici d'autant plus volontiers, que nous les retrouvons pour la plnpart sur les Régistres du pensionnat à cette époque.

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