‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 8 sur 91 · MORT DE MGR. DE LAVAL-—-CHAPELAINS · texte numérisé non relu

MORT DE MGR. DE LAVAL-—-CHAPELAINS

Au milieu de ces efforts suprêmes de nos valeureux guerriers pour assurer la conservation du pays, et pendant que l’évêque de Québec languissait à la Tour de Londres, le Seigneur répandit un deuil immense à l’intérieur de la colonie, en lui enlevant le saint et magnanime prélat qui avait dirigé ses premiers élans vers la véritable prospérité. Infatigable jusqu’à la fin, Mgr. de Laval conduisait encore l’œuvre de son cœur, ce séminaire qu’il venait de rebâtir pour la seconde fois, et auquel il léguait tous ses biens. ‘ Ce fut le 6 mai 1708, entre sept et huit heures du matin,” que le ‘ solitaire de l’Hermitage ”” termina dans le silence et la retraite, une vie toute resplendissante de vertus et de bonnes œuvres. Il était âgé de 85 ans dont il avait passé quarante-neuf en ce pays.

‘ Toutes les cloches de la ville, dès les premiers glas, se réunirent à celles de la paroisse, et l’on continua à sonner ainsi, à intervalles réglés, pendant les troisjours que ce bon Pasteur fut exposé à la vénération de ses ouailles. La foule entourait jour et nuit sa dépouille mortelle, se portant avec une sainte avidité auprès de sa bière, pour faire toucher à son corps leurs chapelets, images et autres objets de piété ; les enfants mêmes criaient tout haut dans l'Eglise: ‘ Laissez-nous approcher, laïissez-nous voir le Saint !”

“ Les Communautés religieuses ayant témoigné un granà désir de voir les restes vénérés du Prélat défunt,

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les Messieurs du Séminaire nous accordèrent cette consolation. On tendit les églises de noir, et l’on fit au milieu une élévation tout entourée de lumières pour y poser le précieux dépôt. Le troisième. jour donc, six ecclésiastiques, qui se changeaient à chaque station, portèrent le saint corps dans les quatre églises de la Haute- Ville, savoir: chez les RR. Pères Franciscains, dans notre petite chapelle, à l’église des RR. Pères Jésuites, etenfin à l’Hôtel-Dieu, d’où le convoi se dirigea vers la Cathédrale pour l’inhumation. On dit que le clergé y compris les enfants de chœur, était bien de cent cinquante personnes, tous les curés de trente lieues à la ronde s'étant rendus à Québec pour cette cérémonie. Les religieux aussi s'étaient joints au cortége. Jamais l’on n'avait vu en ce pays de convoi ni de pompe funèbre semblable : aussi était-ce la "pompe funèbre du saint premier évêque de la nouvelle-France !

& Le lendemain, nous lui fimes un service solennel avec diacre et sous-diacre, et nous chantâmes le libera en plein-chant pour la première fois. M. Glandelet nous dit un petit mot sur les vertus qui avaient été les plus chères à notre illustre Prélat, et qui faisaient comme le caractère de sa sainteté. Ainsi finit cette triste cérémonie. On ne doute pas que dans la suite, Notre- Seigneur ne manifeste les trésors de grâces qu’il a répandus dans l’âme de ce saint Evêque, d'autant plus qu’il a caché ses plus belles actions, par amour pour la solitude et la vie cachée et objecte.”?

M. J. de la Colombière avait prononcé l’oraison funèbre de l’Evêque défunt à la Cathédrale. Il rendit un bel hommage an mérite du vénéré Prélat, s’attachant surtout à signaler sa piété, sa charité, son humilité, et cet admirable désintéressement qui lui

donnait tant de resssemblance avec les saints Prélats des premiers siècles de l'Eglise.

Mgr. de Laval fut enterré au-dessous des degrés de l'autel où, pendant de si longues années, il avait offert en sacrifice la Victime sans tache.

Les absences fréquentes de Mgr. de St. Vallier, puis sa détention prolongée en Angleterre, la mort de M. de Bernières et de plusieurs autres ecclésiastiques distingués, enfin celle de Mgr. de Laval, qui privait la colonie des conseils d’une longue et profonde expérience, devaient ajouter de nouveaux emberras dans le gouvernement spirituel du diocèse, surtout à Québec où quatre grands corps religieux se partageaient les fonctions ecclésiastiques : le Chapitre de la Cathédrale, le Séminaire, les RR. PP. Jésuites et les RR. PP. Récollets. Les Communautés religieuses devaient aussi se ressentir de ces diff‘nités par le changement fréquent de supérieurs et de directeurs, changements auxquels on était d'autant moins préparé, que l’ordre quelquefois en arrivait soudain de Londres, et devait s’exécuter sur le champ.

De 1701 à 1707, M. Du Pré, Curé de Québec, fut le directeur ordinaire de notre Communauté, ‘ à laquelle, dit le Récit, il a rendu toutes les assistances possibles, et ce n’est pas sans une très-sensible mortification que nous sommes privées d’un confesseur aussi sage et éclairé. Il n’y a que la soumission aux ordres de la divine Providence qui nous soutienne en ces changements perpétuels.” M. Brisson, prêtre du Séminaire, remplaca M. le Curé, et il exerça ses fonctions avec beaucoup de zèle et de charité jusqu’en 1718.

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