LA JOURNÉE DU 13 SEPTEMBRE
Voici, chères lectrices, le soixantième jour de ce siége fatal qui décida la chûte de la Domination fran-. çaise en Amérique. ‘Ayant bien considéré, dit le Récit, un endroit nommé Buttes à Neveu, où nous avons nos terres, et que peu de personnes se trouvaient à garder, les Anglais y firent une descente, henreuse
pour eux, mais très-malhenreuse pour Québec. Ce fut le =3 septembre, 1759.” Comment peindre la douloureuse surprise de Montcalm quand, à six heures du matin, il apprit ce stratagème de l’ennemi, suggéré par une odieuse trahison ? Son armée se trouvait dispersée en plusieurs directions ; grand nombre de miliciens, regardant la campagne comme finie par la victoire de Montmorency, avaient regagné leurs terres. Le Général, qui devait être vaincu ici pour la première fois, accourt avec ce qu’il lui restait de troupes, environ 4,500 hommes ; il veut déloger aussitit les Anglais, afin qu'ils ne puissent se fortifier dans une position aussi périlleuse pour la colonie. Après deux heures d’une marche forcée à travers les champs de Beauport, il atteint les hauteurs de Québec, et attaque impétueusement ; ses soldats étant hors d’haleine et ayant rompu leurs rangs en marchant à l'ennemi. Le choc fut vif, mais bientôt la déroute des Français fut complète. “ Nous vîimes de nos fenêtres ce massacre, dit la religieuse de l’Hôpital-Général. M. de Montcalm et ses prir.cipaux officiers y perdirent la vie. Plusieurs officiers canadiens, chargés de famille, eurent le même sort... C’est là où la charité triompha et nous fit oublier nos propres intérêts, et les risques que nous courions à la vue de l’ennemi ; nous étions au milieu des morts et des mourants, que l’on nous amenait par centaines à ia fois, dont plusieurs nous touchaient de très-près. IL fallut enscvelir notre juste donleur et chercher à les placer. Chargées de trois communautés et de tous les faubourgs de Québec, que l'approche de l'ennemi avait fait déserter, jugez de notre embarras et de notre frayeur. L’ennemi, maître de la campagne et à deux pas de notre maison ; exposées à la fureur du soldat, nous avions tout à appréhender. Ce fut alors
que nous expérimentâmes la vérité de cette parole de
e fut l'Ecri Re à los Ecriture que, ‘“ Celui qui est sous la garde du Seigneur ‘14 dù n'a rien À craindre. ” | \ ; par Quand la bataille se donna, dit notre Récit, nous
vééé étions toutes en prières, attendant avec angoisse que
iens, la volonté du ciel se fit connaître, par l'issue de cette
Aa sanglante action. Hélas! nous ne fûmes pas longtemps
Gé- dans l'incertitude ! Uu tourbillon de poussière et de
fois, fu mée enveloppait de toutes parts les combattants ; mais
on bientôt des fuyards vinrent nous dire que nos troupes
ais avaiont le dessous, et que M. de Montcalm notreillustre
tion Général, était blessé à mort... A cette nouvelle, notre
Léa douleur fut extrême; il faut y passer pour le com-
port, piendre ! Nous fimes nos actes de soumission et de ré-
6 signation aux ordres de la Ste. Providence, qui devait
pu par sa miséricorde, nous soutenir, dans cette affligeante
: vif circonstance de tribulation.