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HITOIRE DU MONASTÈRE. 3951
cement de eette maison de Ste. Ursule. Elle mourut en l’année 1751.”
Eine adntivable queteuse.
Il n’est pas rare (le voir de jeunes personnes éprouver dès leurs premières années, de ces peines qui brisent les cœurs sensibles, ct renversent toutes les espérances d'avenir ; mais combien y en a-til qui sachent apprécier les desseins miséricordieux de la Providence, dans ces disgrâces apparentes ? Trop souvent on se dépite contre la fortune, on s’indigne de ce qu’elle nous refuse, on ambitionne ce qu'elle ne nous donne pas, sans penser que peut-être, ces dons périssables seraient le gouffre où s’engloutirait notre âme. Plus d'une jeune personne a du à ces épreuves les réflexions qui l'ont sauvée ; on y a perdu en avantages mondains et temporels, en jouissances communes et vulgaires; mais combien l'esprit et le cœur ont gagné en échange !
Mile. d’Esglis, qui appartenait à une des plus honorables familles du pays, avait reçu de sa mère, Louise-Philippe Chartier de Lotbinière, (1) les éléments des sciences et de la doctrine chrétienne. Nous ignorons à quelle époque elle perdit cette excellente mère, mais le Récit nous dit qu’‘“elle resta de bonne heure orpheline.” Elle termina ses études à nos classes et retourna dnns sa famille.
L'avenir n'apparaissait pas à Mile. d’'Esglis, en‘ouré de ce prestige enchanteur qui aveugle souvent ceux que la fortune favorise Si elle pouvait se féliciter d’hériter d’un beau nom, elle comprit aussi qu’elle n’avait pas d'autre héritage à attendre, et dans la
@) Nous devons à l’obligeance de M, l’Abbé Ferland, des renseignements d’un vif intérêt sur la famille Lot-Binière. Cette famille, qui remonte jusqu’au 14e siècle et qui fut anoblie dans sa seconde génération par le roi Charles VI, compte parmi ses ancêtres, des hommes d'état très-éminents, un évêque de Paris, plusieurs religieux et religieuses, dont une Ursuline à Tours. A la 5e génération, elle s'allie à la famille de Chateaubriand, et à la 9e, elle est représentée par Louis Théandre Chartier de Lot-Binière, qui accompagna M. de Lauson en Canada en 1650, et qui fut le premier Lieutenant-Général dans la prévoté de Québec. Son fils René-Louis Chartier est l’aïeul
délicatesse de ses sentiments, elle évitait tout ce qui eut put attirer l'attention de son père sur son défaut de ressources pécuniaires. Elle fit de longues et profondes réflexions sur la valeur de ces biens, qui sont souvent le partage de ceux qui méritent le moins les regards du ciel ; elle médita sérieusement la portée et le but de
de notre religieuse ainsi que du huitième évêque de Québec, par sa fille Louise-Philippe, qui épousa le Chevalier Mariauchau d'Esglis. Eustache Chartier de Lot-Binière, fils de René-Louis, ayant perdu Mme. Françoise des Meloises, prit le chagrin si fort à cœur qu'il ne voulut plus regarder figure de femme ; il entra dans les ordres et fut ordonné prêtre par Mer. de St. Vallier, en 1726. Nommé peu après Vic-Gén. il se débattit vigoureusement contre les chanoines en 1727, et mourut archidiacre de la Cathédrale de Québec en 1749. L'exemple de ses vertus porta trois de ses enfants à entrer aussi dans la voie plus parfaite : Eustache se fit prêtre comme son père, François-Louis fut prêtre et Récollet, et Louise, la plus jeunes de ses filles, se fit Hospitalière, comme il a déjà été dit. Marie-Françoise épousa Jos. Ant. Thomas Duchesnay. 6e Seigneur de Beauport.
Michel-Eustache-Gaspard-Alain continua la lignée. Il épousa Mile. Louise Chaussesros de Léry, dont il eut deux enfants : Eustache-Gaspard-Michel et Charlotte. Cette dernière épousa le Juge de Bonne de Lesdiguières. Ingénieur du premier ordre, Michel-Eustache-Gaspard-Alain se dévoua à la défense de son pays en dirigeant les travaux des furtifications, à Carillon et à l’Ile-aux-Noix. Il envoya à la cour de France une relation de la bataille de Carillon, et reçut en retour la Croix de St. Louis et le titre de Marquis.
Eustache-Gaspard-Michel vit s'éteindre avec Ini, à la 13e géné. ration, le nom de sa famille : Mais comme il avait acquis, depuis la Conquête, les seigneuries de Vaudreuil, Rigaud et autres terres, il put léguer à chacune de ges trois filles autant de biens à la fois, que les pères de familles en ont pour l'ordinaire à partager entre de nombreux enfants.
La dernière petite nièce de la Mère Herman de St. Eustache, que nous ayons connue, : été Mlle. Louise Bingham, conne sous le nom de Comtesse de Bois-Guilbert. Sa sœur Charlotte se fit Sr. de Charité à Paris, et son frère Henri, catholique comme ses sœurs et sa mère, épousa en premières noces une de nos anciennes élèves, Mile. Hélène Pemberton, qui mourut, ily a quelques années, à leur magnifique résidence de Colehill, en Angleterre.
notre existence terrestre, que traversent tant de vicissitudes. C’est ainsi qu’elle acquit cette sagesse prématurée que Salomon estimait plus précieuse que l'or, et qu'il fut allé chercher jusqu'aux extrémités de la terre.
Notre jeune Dlle. eut pu sans douie, comme sa sœur, espérer une alliance honorable ; mais son cœur avait grandi dans l'épreuve, et le monde était devenu trop petit pour elle. Cependant, comment demander l'entrée d’une Communauté, dont les revenus sont restreints, quand on n’y apporte pas cette petite contribution que la Religion exige, afin de ne pas exposer le corps entier à faillir faute du nécessaire ?.. Pendant son séjour au pensionnat, sa piété, sa douceur, ses manières nobles et distinguées, avaient ravi tout le monde, et sans doute, on se fut mis en peine de lui venir en aide; mais par délicatesse, elle n'avait pas même laissé soupçonner le pieux désir qu’elle nourrissait au fond de son ôme.
Un jour que sondant sa position avec toute la vivacité de son cœur sensible, elle s'était sentie plus triste qu’à l’ordinaire, elle se jette à genoux pour offrir au ciel et sa peine et ses désirs Soudain se présente à son esprit une de ces pensées pures et lumineu ses que les anges seuls savent inspirer...‘ Oui, dit-elle, en se relevant toute contente et fortifiée ; oui, je ferai une quête publique ! mon bon ange m’assistera...” Ayant été invitée peu après chez Mme. de Brouague sa sœur, elle y accomplit sa généreuse résolution, allant modestement accompagnée de quelques amis, de porte en porte, sollicitant pour l'amour de Dieu, un secours qui allait assurer le salut de son âme et le bonheur de son avenir, en lui ouvrant le chemin du cloître. ‘“ Cet acte d’humilité dans une personne de son rang, causa la plus vive sensation parmi les citoyens de Québec. Elle montra alors, dit le Récit, une vertu si relevée que tous, grands et petits, en restèrent dans l'admiration et s’empressèrent d'assister la noble demoiselle.”
Sa quête finie, Mlle d'Esglis s’en vient rayonnante au Monastère, solicitant maintenant l’aumône d’une place parmi les filles de Ste. Angèle. Il eût été difficile de douter d'une pareille vocation ; elle fut admise avec bonheur, et au mois de mai 1733, elle fit profession entre les mains de son oncle, ‘“ Messire Eustache Chartier T2
de Lotbinière, Grand Archidiacre de la Cathédrale, Conseiller au Conseil Supérieur de Québec.
‘“ Mile d'Esglis, connue en Religion sous le nom de Sr, Herman de St. Eustache, fut employée à l'Institut, dit le Récit, avec un succès extraordinaire, tant pour l'instruction que par son adresse à enseigner aux élèves ces beaux ouvrages, qui attirent à nos classes une si nombreuse jeunesse, nous procurant le bonheur de les nourrir des saintes vérités de notre Religion, pendant qu’on leur apprend
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“ La douceur, la prudence et autres belles qualités de cette chère | Mère, nous auraient fait plaïsir dans les premiers emplois de la ( maison, s’il n’eût plu à Notre-Seigneur de lui faire part de ses i souffrances. Pendant huit ans, elle se vit réduite à ne pouvoir ] marcher sans le secours d’une béquille, et les vingt-cinq derniers fl . mois de sa vie, elle ne put quitter le lit. Sa patience et sa rési- f gnation à la volonté de Dieu, l’ont soutenue sous le poids de croix f si rigoureuses ; sa foi vive lui faisant envisager la maladie comme e
un don non moins précieux que celui de la santé. Jusqu'au dernier moment, elle ne cessa de bénir Dieu de l'avoir admise au nombre de ses épouses, et de témoigner sa reconnaissance à la Communauté, de la grâce qu’elle lui avait faite de la recevoir. Ce fut M. de Villars, Supérieur du Séminaire de cette ville, notre très-digne confesseur, qui la disposa à aller à la rencontre de l’Epoux des mes. Elle était dans sa 40e année, en ayant 20 de profession religieuse.”
Quelques extraits De bien belles pages,
Parmi nos sœurs converses qui moururent à cette époque, il n’en est pas une dont les Annales ne fassent un éloge complet. Citons pour notre édification quelques extraits de ces pieuses pages.
La Sr. Le Vasseur de la Visitation, ‘ fille de sieur Laurent Le Vasseur et de dame Marie Marchand, née en la côte de Lauson, et baptisée en l’église paroissiale de la Pointe de Lévi,”” était une professe de l'autre siècle. En 1699, lorsque les fièvres enlevèrent àla maison de Trois-Rivières sa seule sœur converse, elle fut
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nommée pour la remplacer. ‘Elle y fut tout à la fois, dit le Récit, dépensière, cuisinière, boulangère, jardinière, étant de plus chargée du soin de la basse-cour. Impossible d'imaginer toutes les fatigues qu'elle eut à dévorer, dans cette Communauté qui ne faisait que de naître. Elle vint à bout de tout, et soutint ces immenses travaux jusqu'à ce que la maison fût en état de reeevoir et de former des sœurs converses ; alors on la rappela à Québec. “ Dès son entrée en Religion, cette chère sœur conçgut une si grande estime de sa vocation, que toute sa crainte était de n’être pas admise à la sainte profession. Ayant vu sortir une novice converse, en qui nous ne trouvions pas les qualités requises, elle imagina de ne plus ôter son habit religieux, afin d'obtenir de Dieu la grâce de la persévérance, couchant ainsi tout habillée sur le plancher de sa chambre, aussi volontiers que sur son lit. Ce ne fut qu'assez longtemps après que l'on découvrit cet excès de ferveur. Elle traitait son corps sans miséricorde, et pouvait bien comme St. François, lui demander pardon à sa mort. Au reste, elle était toute de douceur et d'obligeance pour les autres. Quoique devenue aveugle sur la fin de sa vie, elle trouvait moyen de rendre encore de très-grands services à la Communauté, et ne manquait pas un seul jour de se traîner à la Chapelle des Saints, pour rendre ses devoirs à la très-sainte Vierge. Elle mourut en 1745, âgée de 73 ans, dont elle avait passé 53 à servir sans relâche, tant notre Communauté que celle de Trois-Rivières. ”
Deux autres ferventes sœurs nous furent enlevées presque en même temps l’année suivante, par des fièvres malignes. La première, Sr. Françoise de la Forest de St. Jean-Baptiste, fille de sieur Gilles Jean de la Forest et de dame Jeanne Masse, est un modèle parfait d’une sœur converse Ursuline, chez qui l'amour du travail doit être le résultat de la ferveur à bien remplir ses exercices de piété. On sait que ces exercices, moins l'office divin, sont les mêmes, ici, pour une sœur converse que pour une religieuse de chœur.
“ On ne l’entendait jamais se plaindre que d’une seule chose, dit le Récit au sujet de la Sr, St. Jean-Baptiste, et c'était du trop grand soin qu'on avait d'elle, Elle s'en inquiétait même dans sa
dernière maladie, disant que sa vie n’était pas assez précieuse pour la conserver à si gros frais. Elle s’est acquittée de tous ses offices, surtout de celui de boulangère, avec tant d'économie, qu’elle a grandement contribué au soutien de notre maison. Son extrême amour du travail ne lui a pourtant jamais fait manquer un seul exercice de piété : et exhortant les novices converses qui étaient venues la voir avant sa mort, elle leur recommanda sur toutes choses de donner à Dieu la part qui lui était due, que c'etait le moyen de rendre son travail profitable à la Communanté. Elle était âgée de 67 dont elle avait passé 50 en Religion.”
“ La Sr. Blanche Mourier de Ste. Thècle, âgée de 54 ans, fut attaquée de sa maladie mortelle le jour même de la mort de sa compagne d'office, la Sr. St. Jean-Baptiste. Elle était fille de sieur Pierre Mourier et de dame Susanne Le Vallet, de la paroisse de St. François de l'Ile, et avait passé deux ans pensionnaire à nos classes.”
Voyant que la Communauté avait besoin de sœurs converses, elle résolut d’embrasser cct état, croyant être par là plus utile à l'Institut pour le moment. Elle nous est dépeinte par le Récit, comme douée d’un caractère parfait, et une fidèle ouvrière de la vigne du Seigneur; mais nous n'attirerons l'attention de nos lectrices que sur uu seul point. Ilest rapporté d’un saint, qu'il disait avec joie à sés derniers moments : ‘ Je n’eusse jamais pensé qu'il fût si doux de mourir ! ”” Notre sœur Ste. Thècle ne trouvait pas que ce fût assez de le dire, elle voulut encore le chanter. ‘ Son visage, dit le Récit, était toujours riant et satisfait, malgré la violence de son mal. Si on lui présentait quelque rafraîchissement, elle disait d’une manière touchante : ‘“ Mon Jésus, vous avez pris tout l’amer pour vous, et vous m'avez réservé la douceur ! ” Elle aimait tendrement sa Communauté, et voulut toutes nous voir la veille de sa mort pour nous dire adieu, et nous remercier de tout ce que nous avions fait pour elle. Mgr. notre Evêque l’honora de sa visite. Quelques moments avant sa mort, elle chanta /’ 4sperges, comme on lui donnait de l’eau bénite. Elle venait de chanter dans un saint transport le cantique: ‘ Que Sion est charmante ! ”” se réjouissant dans la pensée de le chanter bientôt au ciel.”
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Deux bictimes Des années De pribations et de misères,
“ Notre-Seigneur vient de retirer de cette vallée de misère, dit le Récit en date de la fin d'août 1756, rotre chère Mère Maric- Madeleine Drouard de St. Michel, à qui il a donné le centuple dès ce monde, l'ayant appelée à lui dès l’âge de quatorze ans, et ayant ajouté à cette première grâce celle de vivre en bonne et sainte religieuse, et de mourir avec toutes les marques de la prédestination. ”
Nous ne savons ce que nos lectrices pensent de cette appréciation. Notre-Seigneur a promis, il est vrai, le centuple dès cette vie à celui qui quittera tout pour son amour ; mais celle qui écrit la Notice fait consister ce centuple dans le bien même d’avoir tout quitté. Ne faut-il pas qu’elle soit elle-même, intimement pénétrée du bonheur de s'être séparée du monde et de tout ce qui s’y rattache ?
La vénérée Mère Drouard de St. Michel avait atteint sa 82e année, ayant passé 67 ans en Religion, quand elle vit poindre l'aurore de son éternelle félicité, ‘ désirant ardemment mourir pour suivre son divin Epoux. Elle à rempli pendant cette longue carrière, et à la satisfaction de tout le monde, toutes les charges du Monastère, à l’exception de celle de supérieure. Son union avec Dieu était d'autant plus intime, qu’elle s'en tenait strictement à ce que l’obéissance la chargeait de faire, étant toutefois prévenante pour toutes et toujours prête à obliger. ”
La Mère Drouard de St, Michel s'était ressentie de l’état de gêne où se trouvait déjà la Communauté, par suite de la disette et de la guerre ; mais celle qui fit rouvrir le caveau funèbre trois ans plus tard, en avait bien autrement souffert.
Cette religieuse était la Mère Angélique Françoise Langlois de Ste. Elisabeth, fille de M. Jacques Langlois, de Québec, et de Mme. Marie-Térèse Lessard. Que nos lectrices se rappellent quel fut l'hiver de 1758 et 59, et elles auront quelqu'idée de ce que cette pauvre malade eut à souffrir. Le Récit lui attribue de bien belles qualités, un cœur naturellement sensible et compatissant aux misères d'autrui. Ce bon cœur se fit voir tout entier
dans sa dernière maladie, où nos Mères manquaient de tout. Comprenant la peine qn'éprouvaient les infirmières, de n'avoir à lui offrir que ce pain noir, qui répugnait même aux personnes bien portantes, l’aimable malade se montrait d'une extrême reconnaissance pour les bons soins qu'on avait d’elle, paraissant toujours joyeuse et parfaitement satisfaite de tout.
La Mère Langlois de Ste. Elisabeth était née avec le siècle, et comptait 40 années de vie religieuse. Elle fut heureuse de mourir avant le dénouement de la grande catastrophe, dont on sentait depuis si longtemps les rigoureux avant-coureurs, et qui allait dans quelques mois, faire passer le pays sous une domination nouvelle, par la défaite du 13 septembre.
ne captibe du Seigneur deux fois expatriée,
La Mère Jeryan de St. Joseph est cette enfant de la Providence que nous présentions à nos lectrices en 1720, comme novice Ursuline. Elle arrivait au Monastère, ayant complètement oublié sa langue maternelle, l'Anglais, parlant parfaitement l'Abénaquis, mais assez mal le Français pour que le R. P. Messaiger, S.J. s'en divertîit encore longtemps dans ses lettres, après son retour en
France.
La Mère de St. Joseph était une personne d’un caractère d'or,
s'amusant la première de ces innocentes railleries, et n'ayant d'autre ambition que de devenir une parfaite religieuse, en servant de son mieux la Communauté qui l'avait reçue. A l'exemple de Mme. dela Peltrie, elle affectionnait particulièrement le soin de la lingerie, goûtant un vrai bonheur à pouvoir servir dans cet emploi, chacune des épouses de J, C.
Dans les dernières années avant la Conquête, son tempérament s'était affaibli, sans doute par suite des privations de tout genre auxquelles la Communauté était alors soumise : l'inquiétude au sujet des malheurs qui menaçaient de ruine le pays, contribua peut-être encore davantage à ruiner sa santé. Quand il fallut sortir du Monastère au commencement du grand siége, ‘ tous ses maux, dit le Récit, se renouvelèrent en redoublant d'intensité, et les deux mois que nous passâmes dans cet exil lui furent une con-
tinuelle agonie, malgré les soins de nos dignes et charitables hôtesses, les RR. MM. de l'Hôpital-Général, qui n'épargnèrent rien pour nous soulager et consoler.
4 Quelque désir qu’elle eût de devenir épouse de J. C. dans la Ste. Religion, cette captive du Seigneur eût cependant mille fois préféré ne jamais sortir du village des Abénaquis, que d'exposer en quoi que ce soit les principes religieux qu’elle y avait reçus ; notre Monastère lui était devenu une seconde patrie infiniment plus chère que celle où elle était née. La pensée que cet asile chéri allait être anéanti par cette cruelle guerre, et que les vainqueurs, (ses anciens compatriotes) seraient bientôt les persécuteurs de sa Foi; cette pensée dis-je, fut une r'1ie mortelle à son cœur. Le 13 septembre, elle so trouva extrêmement mal, Elle accueillit avec joie la nouvelle de sa mort, et reçut les derniers sacrements avec la plus touchante piété. M. Resche, Curé de Québec et notre digne confesseur, l’assista avec une charité parfaite, et il ne l’abandonna pas que le Seigneur n’eût fait participer cette bien-aimée sœur au bonheur qu'il réserve, en son saint Paradis, à ceux qui ont souffert pour son amour en ce monde.” La Mère
Jeryan de St. Joscph était âgée de 56 ans, dont elle avait passé 39 dans l’heureuse captivité des épouses de Jésus-Christ,
ZBadennière ambassade des Ursulines au Ciel, sousla Domination francaise,
La dernière Ursuline qui s’emnsra du ciel sous la domination française en Canada, fut la Mère Charlotte de Muy de Ste. Hélène. Son père M. Nicolas Danneau de Muy, après avoir refusé le gouvernement de Cayenne, avait été nommé à celui de la Louisiane, à la mort d’Iberville en 1707. Ce poste lointain ne lui fit pas négliger l'éducation de ses enfants. Mlle. Charlotte, à sa sortie du pensionnat, alla passer plusieurs années dans la famille de sa mère, où les vertus de ses vénérés aïeuls, M. Pierre de Boucherville et Mme Jeanne Crevier, étaient encore un admirable sujet d’édification pour tous. M. de Muy, officier distingué qui recevait de la cour des honneurs et des appointements considérables, avait formé de beaux projets pour l'établissement de cette
fille chérie, mais le ciel en avait fait de plus magnifiques encore. Heureuse est cette chère Mère d’avoir répondu aux avances de l'Epoux des âmes, de n'avoir voulu que lui pour objet de ses attentions et de son amour ! Elle chante aujourd'hui ce cantique que les vierges seules ont le droit d’entonner, et elle en savourera à longs traits les ineables douceurs pendant toute l’Eternité !
Le Chevalier de Muy avait trop de religion, pour contraindre sa fille en un sujet aussi important que celui du choix d’un état de vie ; il comprit facilement que des jouissances éphémères n'auraient jamais de prise sur cette âme énergique ; cependant il la retint daus la famille jusqu’à l’âge de 22 ans. (Ce fut en 1716, qu'il lui permit de venir rejoindre aux Ursulines sa tante et ses deux cousines. Deux ans plus tard, la Mère Charlotte de Muy de Ste. Hélène s'engageait définitivement dans la maison de Ste. Ursule, et ‘“ ce fut son oncle, M. Philippe Boucher, Curé de St. Joseph de Lauson, qui reçut ses vœux.” ,
Dès son entrée en Religion, cette véritable fille de Ste. Angèle montra vue grande ferveur, et jamais depuis elle ne cessa d'offrir un parfait modèle d'oubli constant de soi-1iéme, d'esprit de sacrifice, et d’abnégation entière de sa propre volonté, vertus peu comprises des partisans du monde, mais infiniment précieuses aux yeux de Dieu.
La Mère de Muy de Ste Hélène était faible de tempérament et fort délicate ; elle trouva moyen cependant de travailler avec zèle et succès à l'instruction de la jeunesse, d’abord en qualité de maîtresse-Générale de l'Externat. ‘“ C'était une personne d'esprit et de mérite, dit sa Notice; elle n’a point épargné ses talents à notre saint Institut, ni sa belle voix quand il s'agissait de chanter les louanges de Dieu.” Les supérieures se donnèrent l'appui de ses lumières en la nommant à l'office de première portière, qui la faisait entrer dans le Conseil. Les quelques loisirs que lui laissaient ses fonctions, étaient employés selon cet avis du livre de l’Imitation : ‘Ne soyez jamais oisif, mais occupez-vous à lire, à écrire, à prier, à méditer, ou à travailler à quelque chose qui regarde le bien commun.” Parmi les écrits de la Mère Ste. Hélène se trouve l'abrégé de la vie de Mme, la Comtesse de Pontbriand. Ce
résumé charmant fut tracé de mémoire, et quoique écrit à la hâte, il ne laisse pas d'offrir une preuve de son talent, Mais c'est surtout comme Annaliste de la Guerre de Sept Ans, qu'il faut étudier la trempe d'esprit et de caractère de ccite petite-fille du Grand- Père Boucher. Que de confiance dans le salut de patrie! que de ferveur à le demander au ciel ! que d'intérêt à toutes les particeularités qui le concernent ! Elle prévoyait peu l'issue des événements dont, sans le savoir, elle se faisait l'historienne. Ce ne fut qu'à la veille du grand siége, à ce moment où l’on apprenait l'abandon complet de la Colonie par la mère-patrie, que la plume lui échappe des mains avec ce mot si plein d'une douloureuse vérité: “ Le Pays est à bas!”
Les circonstances de la mort de la Mère de Muy de Ste. Hélène nous rappellent celles de notre première Annaliste, la Mère Bourdon de Ste. Agnès. La Mère Ste. Hélène s’offrit-elle aussi en sacrifice pour le salut de la patrie? Nous ne le savons. Toujours est-il que sa santé, quoique faible, s'était soutenue jusque-là ; mais aux jours où la ruine du pays ct la déroute de l’armée française parurent inévitables, ce cœur vraiment français sembla vouloir se briser
pour fléchir le ciel. Malgré son énergie naturelle, son corps succomba sous l'effort, et, singulière coïncidence ! à l'heure même où l'on rendait à Montcalm les derniers devoirs dans notre église, les Ursulines recucillaient le dernier soupir de celle dont la plume élégante et facile, avait écrit tant de belles pages à la gloire du héros de Carillon |
‘ Nous avons ressenti cette perte avec une vive douleur, dit le Récit. Ce fut M. Briand, V. G. du diocèse, qui assista cette
chère sœur jusqu’à son dernier soupir, et avec la plus entière
charité. Nous avons bien lieu d'espérer qu'elle est parmi les saints, qui sont sortis de cette vallée de misère et de larmes, attachés à la Croix de N. S. Jésus-Christ.”
Quel triste écho de la veille pour les Ursulines, que cette soirée du 14 septembre ! A cinq heures d'intervalle, elles voyaient mourir deux de leurs sœurs, et cela, dans les étroites cellules d’un dortoir, sous un toit où près de mille personnes devaient trouver un asile |
Dans quels sentiments notre Communauté se partagea-t-elle, pour u2
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veiller et prier auprès des dépouilles mortelles de ces deux chères sœurs, qui mouraient hors de leur cloître chéri, et dont elles ne devaient pas même emporter les cendres pour les mêler à celles de leurs sœurs ? Comment mesurer la profondeur de parcilles tristesses ! Celle qui les notait quelques mois plus tard avait raison de dire: ‘“ Dieu seul a pu nous soutenir dans ces moments de tribulation et d'angoisse. Il faut y passer pour le comprendre."
Des pensées consolantes devaient cependant se présenter au cœur de nos Mères. Cet chère victime s’en allait au ciel, chargée des messages de sa Communauté, et comme pour appuyer plus efficacement auprès de Dieu, les ardentes prières de celles qui restaient en proie à tant d’anxiété. Oh ! sans doute, elle se joignit bien instamment aux protecteurs du pays, à la Vén. Mère Marie de l'Incarnation surtout, pour conjurer le Seigneur de faire tourner cet anéantissement apparent, à la conservation et à la prospérité du Canada.
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