‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 78 sur 91 · Général de sous le nom · texte numérisé non relu

Général de sous le nom

in dieux pilier de l'autre siècle.

Nous présentions à nos lectrices comme postulante en 1688, Mlle. Louise Rose de Lanaudière, née à Montréal, fille de M. Thomas-Xavier de la Pérade de Lanaudière (1) qui, selon notre Récit, occupait à Ville-Marie le poste du Lieutenant du Roi. Sa mère, Mme. Marguerite Denis, n'était pas moins recommandable par les qualités de l'esprit et du cœur que par sa tendre piété. Elle-même avait cru, dans sa jeunesse, que le Seigneur l’appelait à la vie religieuse, et elle était entrée au noviciat peu avant la mort de nos Fondatrices, qu’elle estimait beaucoup. Ayant connu

de Ste. Clotilde, et mourut jeune encore, mais riche en mérites, le 7 avril 1735. Deux de leurs nièces furent religieuses à l'Hotel Dieu de Montréal : Marguerite qui mourut en 1734, et Louise-Gabrielle qui mourut en 1811, à l’âge de quatre-vingts ans.

(1) Cette famille, qui existe encore en Canada, doit son origine comme tant d’autres, au noble et loyal régiment de Carignan Salières. Le nom de M. Thomas-Xavier Tarieu de Lanaudière, est un de ces noms historiques qui embellissent les annales de ce pays ; sa mémoire y vivra d'autant plus, qu'elle se trouve associée au souvenir de tous les beaux faits accomplis de son temps, pour affranchir le pays du cruel joug des Iroquois.

Le fils aîné de cette famille, marchant sur les traces de son père, combattit aussi les Iroquois à outrance, et tomba enfin dans une embuscade que lui avaient tendue ces perfides. Mais sa pieuse sœur priait pour lui, et la Providence permit que la jeune Madeleine Angélique, l'héroïne de Verchères, à laquelle il était fiancé, s’exposât elle-même à la mort pour l’arracher des mains de ces barbares. Ceci se passait en 1722. Le captif délivré épousa peu aprés sa libératrice.

Charles-François Tarieu de Lanaudière, fils du précédent et Chevalier de St. Louis, eut une part glorieuse au combat de Carillon, ainsi qu’à la lutte sanglante qui précéda la conquête du pays. Un autre neveu de notre vénérée Mère se signala au service de la patrie, à l’époque de l’invasion des Américains, en 17765 et en 1812 ; il fut même fait alors prisonnier de guerre ainsi que M. Godefroy de Tonnancour, Une petite-nièce de la Mère Lanaudière, Mlle, Marguerite, ce type si parfait de l’ancienne aristocratie française, devant laquelle s’inclinaient volontiers nos ‘ Lords et nos Ladys ’ d’An-

plus particulièrement la volonté de Dieu, elle résolut de se retirer d'elle-même, et elle prit plus tard son parti dans le monde, ne regrettant pas toutefois d’avoir passé par le cloître, et d’y avoir compris de quelle importance il est de travailler pour le ciel, tandis qu'on est en mesure de le gagner.

Dieu semble avoir récompensé la mère de sa bonne volonté, en donnant à sa fille une vocation des plus solides. Mile. de Lanaudière ne fut pas plus tôt au pensionnat, qu’elle résolut de ne plus sortir de la maison de Dieu. Elle montra à l’époque de sa première communion, une piété bien au-dessus de son âge ; on la voyait souvent dès lors, quitter les jeux pour aller offrir à Jésus et à Marie, l'hommage de ses affections et de ses désirs.

De jour en jour elle grandissait sensiblement ‘en âge et en sagesse,” s'affermissant dans la pratique des plus solides vertus. Que d'ingénuité à dérober aux yeux des autres ce qui pouvait lui attirer quelque louange ! À quatorze ans, cette nature précoce était déjà prête à marcher dans la voie des parfaits. Sa vocatien fut soumise à quelques épreuves de la part de sa famille, mais malgré la rigueur du sacrifice, Mme de Lanaudière fut heureuse de voir si bien remplir au Monastère, la place qu’elle y avait laissée vide.

C'est surtout comme maîtresse, que la Mère Lanaudière de Ste. Catherine paraît avoir excellé. Son ardeur était toute concentrée sur ses chères élèves externes, dont elle eut le soin pendant de longues années. ‘“ Elle en a instruit un grand nombre pour la première communion, dit sa Notice, et nous avons eu la consolation de voir dans la suite, ces enfants vivre en bonnes chrétiennes et élever leur famille dans la crainte de Dieu. Elle avait aussi un talent tout particulier pour instruire les filles sauvages, qui ont toutes si bien profité de ses instructions qu’elles ont vécu en bonnes servantes de Dieu, édifiant par leur bonne conduite les personnes de leurs villages, ou les familles chez qui elles étaient en service.”

gleterre, est morte ces années dernières, à un âge avancé. Dans ses vieilles affections pour la maison où elle avait été élevée, elle songeait encore dans les derniers jours de sa vie aux bons potages de son enfance.—{t Pas de soupe, disait-elle, comme celle du Couvent ! Qu'on aille donc me chercher de la soupe du Couvent ! ??

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En 1747, la Mère Ste. Catherine avait déjà célébré depuis cinq ans son 50e anniversaire de profession religieuse ; cependant elle n’était pas la plus ancienne de la Communauté. Avant elle courait encore dans les voies de la ferveur, la vénérée Mère Amiot de la Conception, dont nous avons déjà parlé, mais à qui nous ne pouvons refuser ici ce petit souvenir, La Mère de la Conception, qui avait été supérieure à Trois-Rivières, et qui l'était ici en 1723, avait atteint sa quatre-vingt-sixième année, et “ elle travaillait encore avec autant de délicatesse que 60 ans auparavant. Elle faisait les bouquets pour les différentes églises, et tout était d'un si bon goût, qu'on ne pouvait croire qu’ils sortissent des mains d'une pessonne de son âge. On pouvait s'adresser à elle en tout temps sans crainte d’être éconduite. Aussi n’avait-elle aucun apanage de la veillesse, continue sa notice. C'était un fruit mûr pour le ciel. Le Seigneur, qu'elle avait tant de fois couronné de fleurs dans son sacrement d'amour, a voulu la couronner de gloire dans son royaume.” Cette vénérable Mère de la Conception, en partant pour le ciel au mois d'octobre de l’année 1747, y avait donné rendez-vous à celle qui, selon l'ordre de la nature, devait être la première à la suivre. Juste un an après, la Mère Lanaudière de Ste. Catherine, ägé de 76 ans, dont elle avait passé 59 en Religion, allait rejoindre au ciel sa dérancière, laissant à sa Communauté un bel exemple de picté et de ferveur.

Encore trois beaux modèles De bertu.

La Mère Pinguet de St. François-Xavier, qui fut enlevée à cette Communauté dans l'épidémie de 1749, était une personne d’un courage remarquable, “ se nourrissant de mortifications ” et cachant ses souffrances, selon le Récit, “ comme un avare cache son trésor.” Il y a dans cette parole, il nous semble, une connais. sance profonde du grand mystère de Jésus crucifié, dans celle qui apprécie ainsi le mérite de ses sœurs,

“ La Mère de St. François-Xavier était d'une conscience timide, et même un peu scrupuleuse ; cependant, son obéissance était si parfaite qu'elle ne manquait jamais les communions générales, quelque peine qu’elle éprouvât intérieurement. Elle reçut les

derniers sacrements le jour de la fête de son bienheureux patron, St. François-Xavier. Le lendemain, ayant entendu en esprit la sainte Messe, elle expira doucement, ne s'étant ressentie en rien de ses scrupules dans sa dernière maladie, récompense que Dieu avait accordée sans doute à son humilité et à son obéissance.”

Voici maintenant, chères lectrices, un vieux pilier de ferveur ; c'est la Mère Angélique Roberge de Ste. Marie. ‘“ Pendant de longues années elle fut employée auprès des élèves comme maîtresse particulière et maîtresse-générale, et elle consacra sans réserve à l'œuvre sainte de l'éducation, l'esprit et les talents qu'elle avait reçus de Dieu. Sur la fin de sa vie, le Seigneur l’éprouva par une maladie terrible, une affection scorbutique qui se répandit dans toute sa nature, et lui occasionna des douleurs excessives. Quel touchant spectacle que celui de cette innocente victime, se voyant en paix et avec joie, consumer et détruire par les ordres de la divine Providence ! Dieu la récompensait sans doute de son ardente dévotion à la Passion du Sauveur, en lui donnant une si belle occasion de multiplier ses mérites pour l'éternité.

& C'est en grande partie aux travaux de cette chère sœur, que notre autel du Sacré-Cœur doit d’être un des plus beaux du diocèse. Elle était âgée de 73 ans, dont elle avait passé 56 en Religion, quand elle fut appelée à se joindre au cortége qui suit l’Agneau dans le ciel.”

La Notice qui nous annonce la mort de la Mère Norey du Mesnil de Ste. Gertrude, nous donne le touchant spectacle d’une jeune demoiselle ‘ parée de toutes les qualités propres à la faire briller dans le monde, estimer tellement la vie cachée et inconnue, qu’elle se réjouit des infirmités qui cavtivent son ardeur et son zèle, Incapable de remplir aucun emploi suivi, cette chère Mère s’estimait heureuse de soulager les maîtresses en tout ce qu’elle pouvait, et de contribuer par là au bien des âmes. Son humilité était telle que jamais on ne l’entendait parler de sa famille, qui était trèsillustre, vertu rare, ajoute la Notice, dans les personnes de naissance, Son union avec Dieu était très-intime, quand il plut au Seigneur de la perfectionner par la vision béatifique. Elle était âgée de 52 ans, dont elle avait donné 34 à l'édification et à l’avan-

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