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ainsi épurée par les souffrances pendant plusieurs années, mourut presque subitement le 28 juin 1713, sans avoir même été jugée en danger de mort par les médecins. Elle était âgée de soixante-dix ans, et elle en avait cinquante-deux de profession.”
La féère Angélique Poisson de St, Jean l’Ebangéliste.
Voici une autre élève de la Mère de l’Incarnation, qui dès l’âge de quatorze ans brûle de se vouer au Seigneur. (C’est Mlle. Angélique Poisson, fille du Sieur Jean Poisson, Seigneur de Gentilly, et de Mme. Jacqueline Chamboy. Née à Trois-Rivières, où son père s'était établi, il paraît qu’elle le perdit étant encore jeune. Son entrée au pensionnat se trouve marquée par la Mère de l’Incarnation sur un fragment de régistre échappé aux flammes. ‘ Au commencement de mai 1662, Mme. de la Prade a mis au séminaire, sa fille Angélique Poisson, dans sa onzième année.”
En quittant les terres de Gentilly pour venir se renfermer au Couvent, cette enfant, prévenue des grâces du ciel, fit à ces beaux lieux des adieux touchants, assurant ses amies avec une gravité remarquable, que jamais on ne reverrait plus ce “ petit oiseau ” dans leurs bocages. On crut que ce n’était là que de l’enfantillage, mais dans la suite, il ne fut pas possible de la détourner de ce pieux projet, et telle fut son ardeur que Mme. de la Prade, qui eût voulu la retenir auprès d’elle au moins jusqu’à l’âge de quinze ans, fut forcée de la laisser suivre sa mystérieuse vocation à l’âge de quatorze ans et demi. Mlle. Poisson fut dans la suite un de ces vieux piliers du Monastère, qui en firent longtemps l'ornement et la joie,
Ba fière Agnès Duguet, Marie de la Natibité,
“ Le 2 juillet 1667, Mlle. Agnès Duguet, fille du Sieur Denis Duguet et de Mme. Catherine Gauthier, entra au noviciat après avoir été environ quinze mois pensionnaire.”
Native de Québec et élevée à quelques pas du Monastère, Mile. Duguet désirait depuis longtemps se consacrer à Dieu, mais son dessein fut grandement combattu par sa famille. On la retint dans le monde jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, et ce ne fut que par
l'entremise de son beau-frère, M. Madry, médecin du Monastère, que ses parents lui permirent enfin d’entrer au noviciat. A sa vêture, elle prit le nom de Marie de la Nativité, et notre récit ajoute que, ‘“ durant toute sa vie religieuse, elle a merveilleusement réussi à contenter les autres, et que si une seule voix au Monastère s’élevait quelquefois contre elle, cette voix n'était autre que la sienne.”
La fière Marie Madeleine Pinauet de l'Assomption,
“ Le 15 août, entra au noviciat Mile. Marie M. Pinguet, fille du Sieur Noël Pinguet et de Mme. Madeleine du Pont.”
Nous donnerons ailleurs les détails de l’innocent stratagème dont elle se servit pour gagner sa cause auprès de la Mère de l'Incarnation et de Mme. de la Peltrie, qui la trouvaient trop jeune et trop délicate pour embrasser la vie religieuse.
Ga Mere Charlotte Godefron Du St, Sacrenrent.
Le 14 octobre suivant, Mlle. Charlotte Godefroy, fille de ‘‘ noble homme,” Messire Jean Paul Godefroy et de Mlle. Madeleine Le Gardeur de Repentigny, entra au noviciat, et fit profession deux ans après, sous le nom de sœur Charlotte du St. Sacrement. D'après son contrat de réception (1), signé par ses oncles “à la
() Voici ce document.
‘ Nous soussignés, consentons que Damoiselle Marie Charlotte Godefroy fille et héritière de feu Jean Paul Godefroy Ecr. et de Mile. Marie Madeleine le Gardeur, partage avec nous au sixième sur la succession de feu Pierre Le Gardeur Ecr. Sieur de Repentigny, qui consiste en cent soixante arpents de terre, estimés huit mille livres, une maison, sise en la haute-ville de Québec, estimée quatre mille livres, dix ou onze mille livres étant sur la communauté de toutes lesquelles choses, comme dit est, nous consentons qu’elle partage au sixième, et en outre elle a en son particulier, de la succession de feu son père et sa mère, mille livres sur la communauté qu’on a déjà fait toucher aux Révérendes Mères Ursulines, à. déduire sur la somme de dix mille à onze mille livres, nommée ci-dessus : une maison en la haute-ville de Québec, avec neuf arpents de terre, vendues ci-devant par 80:: fou nere, trois mille livres, et la moitié de la maison de la basse-ville, six cents
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grille du Couvent,” et en présence des religieuses, il paraît certain que son père était déjà mort, mais nous ignorons à quelle époque.
Heureuse de se vouer à Dieu dans sa dix-huitième année, Mlle. Charlotte Godefroy consomma son sacrifice par la profession religieuse le 21 novembre 1669, ct elle fut pendant cinquante ans, du nombre de ces ‘“ vieux piliers” d’observance, qu’on regarde avec raison comme le plus ferme soutien du Monastère.
Nous donnerons plus tard la notice biographique de la Mère C, du $t. Sacrement ainsi que des trois précédentes.
Da Mere Marie Le Ber de l'Annonciation.
Mlle. Marie Le Ber s’exila sans regret de son beau pays de France, pour venir se dévouer à l’œuvre des missions sur les bords lointains du St. Laurent. Elle était fille de M. Robert Le Ber et de Mme. Colette Cavelier ; sa famille habitait la ville de Pitre en Normandie, où elle naquit et où elle vécut auprès de sa mère dans la pratique de toutes les vertus jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans. Jacques Le Ber, ainsi que François son frère, croyant faire quelque chose d’agréable à Dieu et d’avantageux pour leur postérité, vinrent s'établir en Canada, dans la vue de propager l’œuvre de civilisation qu’on y avait si heureusement commencée (1).
livres; quatre chapons et quatre livres de rente, pour cent arpents de terre, donnés par feu son père, située en la côte de St. Michel: huit chapons de rente en la côte de Beaupré ; de toutes lesquelles choses sus-dites, nous demeurons d'accord, que la dite demoiselle Godefroy, persistant dans sa vocation d’être relivieuse, les Révérendes Mères Ursulines entreront dans tous ses droits pour paiement de sa dot, en cas qu’à l’arrivée des derniers navires de ceux qui doivent venir en l’année 1668, on ne leur parfournisse pas en argent ou assurance la somme de quatre mille livres qui est le prix convenu pour sa dot, Fait à Québec, ce 23 décembre 1668.
(Signé, ) Marie Favery, De RePENTIGNY, (Le GARDEUR DE VILLIÉ.
(1) Parmi les premiers colons de Montréal, il y avait environ trente familles d'origine fort honorable. Entre les nobles, on compte les de Bellêtre, Lambert Closse et Migeon; au nombre des négociants, les LeMoyne, les LeBer et les Charly-Saint-Ange, et parmi les artisans et
Jacques Le Ber épousa à Montréal Mile. Jeanne Le Moine, native de Normandie et sœur de Charles Le Moine, premier Baron de Longueuil. François Le Ber épousa à Trois-Rivières Mlle. Jeanne Testard, nièce de M. Jean Godefroy de Linctot. Ces deux frères étant ainsi liés au pays, cherchèrent tout naturellement à y attirer tout ce qu'ils avaient de plus cher au monde. Leur mère était veuve, et elle eût aimé à se rapprocher d'eux, mais son grand âge lui rendait le voyage impossible; Mlle. Marie, leur sœur unique, fut forcée en conséquence, de différer l'exécution de son pieux projet de se faire religieuse en Canada. Ce ne fut qu’en 1668 qu’elle put se présenter aux Ursulines de Québec où l'on conserve encore tant de beaux souvenirs de sa sainte vie, des vertus de sa pieuse nièce, et de toute sa vertueuse famille. Mais pour parler dignement des âmes chéries de Dieu, il serait néces-
les cultivateurs, les Gervais, les Tessier, les Caron, les Barbier, les Archambault, les LeDuc, les Cavelier, les Décari, les Pottier, les Trottier, etc.
Quant aux familles LeBer et LeMoyne, leurs chefs furent, comme on le sait, anoblis pour leur vaillance par Louis XIV. Il dut cependant en coûter un peu plus à M. LeBer qu’à son beau-frère le Baron, car comme il avait la réputation d’être l’homme le plus riche de Montréal, on exigea de lui la somme de six mille livres, avant de lui livrer en 1696 ses lettres de noblesse.
Cet homme de bien ne jouit qu’une dizaine d’années de ces honneurs passagers. ‘Poujours prêt à se sacrifier pour son pays adoptif, il courut mille fois risque de perdre la vie dans les expéditions organisées de son temps pour sauver la patrie,
Il mérite aussi de grands éloges pour avoir su crucifier son cœur de père, en se soumettant si noblement à tout ce que Dieu exigea de sa fille unique et si chère. ‘ Dieu a deux victimes en ce lieu, s’écriait un historien du temps (M. Dolli:r de Casson), car s’il a le corps et l'esprit de la fille, on ne peut douter qu’il n’ait aussi le cœur de ce très-bon père, qui reste sans secours dans le monde, âgé de soixante quatre ans.’ En effet depuis cette époque (1695), sa vie ne fut qu’un martyre continuel et un sujet d’admiration pour tous. Il mourut à l'âge de soixante et seize ans, et fut inhumé dans la chapelle qui servait depuis longtemps d’asile à l'innocence de sa fille.
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saire, ce semble, d'écrire sous l'inspiration même de l'Esprit-Saint. C’est pour cela, chères lectrices, que nous défiant de nos propres pensées, nous recourons souvent, et avec plaisir, à notre fidèle récit, pour vous présenter un tableau de ces vertus religieuses, tant admirées ici-bas et depuis si longtemps couronnées au ciel.
‘ M. Jacques Le Ber, dit le vieux récit, ayant fait un voyage en France durant l’année 1666, amena en ce pays sa sœur, Marie Le Ber. Il y avait longtemps que le Seigneur lui donnait de forts mouvements d'entrer en religion, mais elle avait peine à quitter sa mère qui était âgée et qui avait besoin de son secours dans sa vieillesse. Enfin le Seigneur, en disposant du sort de sa mère, lui facilita le moyen de se retirer du monde en se faisant religieuse, Arrivée en Canada, son frère l’amena tout de suite à Montréal, où elle passa deux années au milieu de sa jeune famille. Sa bellesœur, qui avait pour elle autant d'estime que d'amitié, eut bien voulu la retenir plus longtemps ; mais Mlle. Marie Le Ber, qui n'avait quitté sa patrie que pour se consacrer à Dieu, sollicitait incessament son frère d'accomplir la promesse qu’il lui avait faite, Touché enfin de sa constance, M. Le Ber acquiesça aux désirs de sa sœur, et aussitôt, celle-ci écrivit à la Mère St. Athanase, alors Supérieure, pour lui demander l'entrée du noviciat. La Communauté, qui n’ignorait pas la haute réputation dont jouissait cette demoiselle à cause de sa rare vertu, la reçut volontiers, et dès que la nouvelle de sa réception parvint à Montréal, elle se mit en route pour le lieu qu’elle avait choisi de préférence à tout autre. Son frère, M. J. Le Ber, fit avec elle le voyage et vint la présenter à nos premières Mères. Avant d'entrer au noviciat, elle fit un acte de générosité qui mérite notre admiration, en cédant à son frère aîné, le fief seigneurial qu'elle possédait dans l'Ile de St. Paul, près de Montréal. Ce fief formait originairement une partie de l'héritage des demoiselles de Lauson. M.Jean de Lauson, ancien Gouverneur, l'avait cédé, au nom des héritières, pour une rente perpétuelle, à trois membres de la société : ainsi, de toute cette île on avait fait trois parts en faveur de M. J. Le Ber, M. Robutel de St. André et M. Jean de la Vigne, et ce dernier, voulant se retirer du monde, fit don de sa part, à Mlle. Marie Le Ber.
Ce fut le 11 octobre 1668, qu’elle céda à son frère, sa seigneurie, par un acte passé à ‘la grille du cloître.” Après avoir ainsi réglé ses affaires temporelles, Mlle. Le Ber entra au noviciat, le 14 octobre 1668. A sa vêture, le 14 janvier 1669, elle prit le nom de Marie de l’Annonciation, et telle fut son ardeur en entrant dans les voies de la vie parfaite, que la Vén. Mère Marie de l’Incarnation, alors maîtresse des novices, n'avait presque autre chose à faire qu'à modérer sa ferveur pour la mortification. Sœur Marie de l’Annonciation avait un don d’oraison très-particulier. Dieu se communiquait à elle par des faveurs intimes, que son humilité et sa modestie nous ont cachées autant que possible, mais que cependant nous avons connues par des paroles qui lui échappirent sans qu’elle y fit attention. Elle avait une dévotion tendre envers la très-sainte Vierge, et si ses occupations le lui eussent permis ainsi que les devoirs de la vie commune, elle aurait habité jour et nuit dans sa petite chapelle. Cette confiance en la divine Mère fut généreusement payée de retour, car la fidèle servante de Marie, en recevait des grâces très-particulières.
“ Le Saint Sacrement de l’autel était pour cette âme d'élite un banquet délicieux, et elle s’en approchait auss' souvent que possible, avec une ferveur angélique et toujours nouvelle. Aussi y recevait-elle des faveurs qui la faisaient participer en quelque sorte à la félicité des bienheureux. Quoiqu'elle souffrît habituellement sa part d'infirmités corporelles, sœur Marie de l’Annonciation a rempli des emplois fort pénibles et laborieux, tels que ceux de dépositaire, cellerière, lingère, etc. Toujours fidèle à dévancer le jour comme les saints ermites d'autrefois, elle a sonné le réveil pendant vingt-cinq ans, se levant au milieu de l'hiver dès trois heures et demie du matin. Elle était douée d’une douceur inaltérable, et jamais parole ne sortit de sa bouche sans être remplie de la charité la plus suave.
Une fièvre lente, qu’elle contracta au mois de septembre 1714, la conduisit au tombeau dans l’espace de trois semaines. Elle mourut le 2 octobre 1714, chargée de mérites devant Dieu et entourée des regrets de notre Communauté. Ornée de la céleste parure de la grâce, et munie des sacrements de la sainte Eglise, la
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Mère Marie de l’Annonciation alla se présenter à l'Epoux des âmes pour recevoir la couronne qu'il lui avait préparée, en récompense d’une vie de soixante et douze ans passée à son service."
Ba fière Marie Madeleine De Lauson de St. Charles.
Mile. Marie Le Ber avait été précédée au noviciat par une jeune et angélique créature, Mile. Marie de Lauson qui, depuis quatre ans entiers, conjurait les religieuses de l’admettre parmi elles. Elle fut enfin reçue le 8 septembre 1668, au commencement de sa seizième année. Après avoir été soumise à cette première épreuve, par la volonté de ses parents, c'est-à-dire de son grand-père (1)
(1) M. de Lauson, ancien intendant de Vienne en Dauphiné, conseiller d'état et l’un des principaux membres de la Compagnie des Cent-Associés de la Nouvelle-France, s'était offert pour venir gouverner le Canada en un temps de crise pécuniaire, causée par les dettes de la compagnie. Deux de ses fils arrivèrent à Québec avec lui en 1651. L'aîné, Jean de Lauson, plus connu sous le nom du ‘‘ Sénéchal,” était un des plus braves officiers de son temps. En France il avait servi avec honneur dans les régiments de Navarreet de Picardie, où il parvint au grade de capitaine. Peu après son arrivée en Canada, il épousa Mile. Anne des Prés, sœur de Mme. du Plessis, femme du gouverneur de Trois-Rivières.
Plein de bonne volonté, M. de Lauson travailla sérieusement à l’amortissement de la dette publique, mais à l’heure du danger il manqua de vigueur et d'énergie pour la défense du pays, et l’insolence des Iroquois ne faisant que s’accroître, le bon Gouverneur, qui ignorait le secret d’arrêter leurs incursions, demanda à la cour son rappel. Après avoir désigné son troisième fils, Charles de Lauson Charny, pour remplir les fonctions de Lieutenant-Gouverneur jusqu’à l’arrivée de celui qui devait le remplacer, M. de Lauson reprit avec joie ‘la route ”’ de son pays, laissant ses trois fils en Canada où ils s'étaient déjà attachés par les liens si forts de la famille. De retour à Paris, M. de Lauson y passa les dernières années de sa vie auprès de son fils qui était chanoine de la cathédrale de Notre-Dame. Ce pieux gentilhomme mourut à Paris le 16 février 1666, âgé de quatre-vingt-deux ans.
La mort tragique du vaillant Sénéchal en 1660, fut pour le cœur du respectable vieillard un déchirement cruel. Voici quelle en fut l'occasion; nous citons toujours les ‘Lettres historiques.” (Entre les
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et de ses oncles, elle dut encore se résigner à porter, durant trois ans, le voile blanc de novice, par suite d’une ordonnance portée par le Roi, (ordonnances et défenses de Louis XIV) qui avait pour but de réduire les droits que les jeunes personnes avaient à leurs héritages lorsqu'elles se consacraient au Seigneur.
Mlle. Marie Madeleine de Lauson, qui prit à sa vêture le nom de St. Charles, était fille de Jean de Lauson, Sénéchal de la Nouvelle-France, dont la vaillante conduite dans la défense de son pays d'adoption est au-dessus de tout éloge. Sa mère, Mme. Anne des Prés, avait envoyé au pensionnat deux de ses filles, Anne et Marie-Madeleine, peu de temps avant la mort tragique de leur père à l’Ile d'Orléans; et lorsqu'elle épousa en secondes noces, Claude de Berment de la Martinière, la famille de Lauson conserva sur ces enfants ainsi que sur leur sœur Angélique, le droit de tutelle. M. Charles de Lauson Charny, qui embrassa plus tard l’état ecclésiastique, fut nommé dès lors leur gardien et leur tuteur. Admise au pensionnat avant d’avoir atteint
précédent Gouverneur, est le plus considérable. C'était un homme brave et généreux, toujours prêt à courir sur l'ennemi, et toute la jeunesse le suivait avec ardeur. Lorsqu'on eut appris la nouvelle des meurtres commis à l’Ile d'Orléans et à la côte de Beaupré, il y voulait aller à toute force pour chasser l’ennemi, on l’en empêcha avec raison. Mais sa belle-sœur, Mme. de l’Espinay dont le mari était allé à une partie de chasse dans les environs, n'eut point de repos qu’elle n’eût trouvé quelque ami pour aller le délivrer. Jean de Lauson voulut en cette occasion signaler l’amitié qu’il lui portait. Il part avec six jeunes gens dans une chaloupe; étant arrivés vis-à-vis la maison du Sieur Maheu, qui était au milieu de l’Isle, et qui avait été abandonnée de. puis quelques jours, il la fit échouer à marée basse entre deux rochers qui forment le sentier conduisant à cette habitation. Il ÿ envoya deux de sa compagnie, pour découvrir s’il n’y avait point d’Iroquois. La porte étant ouverte, l’un d'eux y entra et y trouva quatre-vingts Iroquois en embuscade, qui le tuèrent et courant après l’autre, le prirent vif après qu’il se fut bien défendu. Ces barbares allèrent ensuite assiéger la chaloupe où il n’y avait plus que cinq Français qui se défendirent jusqu’à la mort. M. de Lauson, qu’ils ne voulaient pas tuer afin de l'emmener vif en leur pays, se défendit jusqu’au dernier soupir. On lui trouva les bras tous meurtris et hachés des coups qu’on lui avait
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l'âge de huit ans, Mile. de Lauson conserva toute sa vie l’aimable innocence et la douce gaieté de cet âge charmant. Après six ans d'application à l'étude, elle témoigna à la Vén. Mère de l’Incarnation le désir d'embrasser la vie religieuse. ‘ Je veux instruire avec vous les petites filles sauvages, disait-elle, je leur apprendrai à aimer Jésus et Marie.” Sa sœur Anne qui, selon le langage si naïf du vieux récit, “ postulait fortement pour entrer au noviciat,” mourut au pensionnat comme nous le dirons ailleurs, deux mois après la profession de sa sœur aînée,
Dès que la Mère Marie de Lauson eut prononcé ses vœux, le 14 septembre 1672, elle se livra avec une ferveur sans bornes, à l’accomplissement de ses devoirs. Deux emplois dans le Monastère avaient surtout pour elle un charme souverain : la classe des petites filles sauvages et l’infirmerie des religieuses. Dansle premier, elle accueillait avec bonté ces pauvres enfants, les peignait, les lavait' et les habillait avec une tendresse de mère. Placée plus tard à l'infirmerie des religieuses, elle s’y présentait comme la petite servante de ses sœurs, les assistant jour et nuit avec le même empressement, courant de l’une à l’autre avec gaieté de cœur et cherchant
donnés pour lui faire mettre bas les armes; cependant il ne se laissa pas vaincre et jamais ils ne le purent prendre. Après sa mort ils lui coupèrent la tête qu’ils emportèrent dans leur pays. Ainsi furent massacrés nos sept Français, mais ils tuèrent un bien plus grand nombre d’Iroquois, dont on trouva les ossements lorsqu'on alla lever les corps des nôtres ; leurs gens ayant brûlé les corps de leurs morts selon leur coutume et laissé entiers ceux de nos Français.
‘ Après cette horrible boucherie, ces barbares s'étant aperçus qu’on envoyait des troupes à leur poursuite se sauvèrent à la hâte. Par malheur le secours arrivait trop tard: car M. d’Argenson, Gouverneur, n’eut la nouvelle de ce désastre que par M. de l’Espinay, celui même pour lequel on s'était mis au hasard qui, ayant entendu le bruit des fusils, fit voile vers Québec pour avertir qu’il y avait du danger. Mais quand il sut que c'était pour lui que ces vaillants gentilshommes s’étaient ainsi exposés, il faillit mourir de douleur. Son propre frère, M. Couillard de l’Espinay était du nombre de ceux qui avaient été massacrés et tous les autres étaient des principaux habitants qui voulaient en cette occasion rendre service à M. de Lauson.”?
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toujours à prévenir leurs moindres désirs. Lui demander un service, c'était lui faire le plaisir le plus sensible, tant elle s’estimait heureuse de servir Dieu dans la personne de ses sœurs. Ah! si les de Lauson se sont distingués au service du Roi de France, combien plus leurs filles se sont-elles illustrées au service du Roi des rois |
Faible de tempéramment et fort délicate, la Mère St. Charles s'était, pour ainsi dire, familiarisée dès son enfance avec les infirmités corporelles ; elle portait les souffrances avec un tel courage, qu’à la voir on eût dit qu’elle y était insensible. Austère et mortifiée dans les plus petites choses comme dans les grandes, elle eût voulu approprier à son usage tout ce qu’il y avait au Monastère de plus détérioré, soit pour le vivre, soit pour le vêtement, A l'entrée de Mile. Marie de Lauson, sa famille voulut lui assurer la jouissance de certains priviléges, dans le genre de ceux qu’on accordait alors si facilement aux filles de qualité dans les Couvents de la vieille France.
La Mère de l’Incarnation connaïssant bien les dispositions de l'humble et fervente postulante consentit, pour adoucir aux parents la rigueur du sacrifice, à assigner à la jeune demoiselle une sœur pour lui rendre tous les services qu’elle pourrait désirer ; elle crut devoir encore placer un poële dans le grand dortoir des religieuses. Quand Mile. de Lauson s’aperçut des arrangements faits par ses parents, elle en éprouva une vive confusion, et avec cette grandeur d'âme et cette générosité qui la distinguaient, elle résolut de ne jamais permettre que la discipline de l’ordre de Ste. Ursule ft affaiblie à son sujet. Quant au chauffage, du dôrtoir en hiver, elle comprit que cette amélioration était nécessaire et d’une utilité générale ; mais pour le service de sa personne en particulier, jamais elle ne voulut y consentir. Au contraire, elle était si ingénieuse à éviter toute distinction, qu’elle prévenait les soins qu'on voulait lui rendre, de sorte qu’au lieu de trouver moyen de servir Mile. de Lauson, la sœur elle-même trouvait souvent sa propre besogne faite,
Dans un âge plus avancé, la Mère Madeleine de St. Charles fut employée au service de la Communauté en qualité de cellerière, de
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