CHAPITRE II
Coup-d'œil à l'Intérieur.
Les émules de nos premières Mères dans la carrière religieuse—Première visite épiscopale—Translation des restes mortels de la Mère Marie de St. Joseph—Vertus de la Sr. Anne Bataille de St. Laurent— Zèle apostolique de nos Mères; Vœu pour la conversion des sauvages; prières et pénitences pour Mme, de la Vallière—St. Joseph, Gardien du Monastère—Arrivée de quatre Ursulines de France— Dévotion à Jésus enfant.
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NTRONS de nouveau à l'intérieur du Monastère restauré par Marie, et voyons quelles furent les intimes .
que. Rien ne dut les réjouir aussi ef-/+ cacement que le concours de cette jeune et chaste génération qui devait un jour leur succéder, et par qui le divin Maître semblait les assurer de la perpétuité de leur œuvre.
Dès l’année 1652, on voit accourir à leur aïde plusieurs de leurs élèves, qui brûlaient depuis l’âge d'innocence du désir de se consacrer à Dieu.
Angéliques jeunes filles ! c’est en vain que le monde en souriant leur présente la coupe du plaisir ; elles ont choisi la meilleure part, et elles viennent s’ensevelir avec bonheur dans la solitude du cloître, contentes de n'avoir désormais d’autres intérêts que ceux de Jésus- Christ.
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Nos lectrices aimeront sans doute à fuire connaissance avec ces nouveaux membres de la famille Ursuline admis au noviciat par la Vén. Mère, et formés à la vertu sous l'influence de ses leçons et de ses exemples.
Za Mère Genebièbe Bourdon de St, Posepd.
La première de ces élèves de notre Vén. Mère de l’Incarnation, fut Mile. Geneviève Bourdon de St. Joseph, fille de Messire Jean Bourdon, procureur général, et de Mme. Jacqueline Potel. Née dans cette ville, et baptisée dans l'église de Notre-Dame de Recouvrance, elle fut placée dès l’âge de six ans au pensionnat, ou elle se distingua par une sagesse précoce et une extrême horreur du péché. Un désir entraînant attirait la jeune Geneviève vers le cloître, surtout depuis l’époque de sa première communion. Ses vertueux parents, l'ayant retirée du Couvent à l’âge de treize ans, eurent de la peine à la retenir même quelques mois auprès d'eux. Cédant enfin aux désirs de sa fille, M. Bourdon permit à la pieuse Geneviève d’entrer au noviciat des Ursulines à l’âge de treize ans et demi. La Mère de l’Incarnation eût bien voulu retarder son entrée jusqu’à ce qu’elle eût eu quinze ans accomplis ; mais l’ardeur de cette jeune postulante l'emporta sur toutes les raisons imaginables ; à quatorze ans, on lui donna l’habit religieux avec le nom de Marie de St. Joseph.
Ayant ainsi levé l’étendard de la vocation religieuse à la vue des jeunes filles de Québec, Mile. Geneviève Bourdon eut le plaisir de se voir suivie de plusieurs de ses amies dans les routes de la vie parfaite. Dans sa propre famille, elle eut quatre imitatrices. Sa sœur aînée, Marguerite, ainsi que Marie, la plus jeune, se firent Hospitalières à l'Hôtel-Dieu. Quant à Anne, sa vocation d’Ursuline parut alors même prononcée, et nous allons dès maintenant la faire connaître à nos lectrices.
La Mère Anne Bourvon de Ste, Agnès,
A l'entrée de sa sœur en 1652, Anne n'avait que sept ans ; néanmoins quittant parfois les jeux de son enfance, elle elle courait se jeter entre les bras de son père en lui disant avec
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une ingénuité charmante : ‘“ Papa, voulez-vous que je sois religieuse ? Je veux aller vivre au Couvent avec ma sœur.” Ce bon père lui répondait: ‘ Oui, ma fille, quand vous serez assez grande.” “ Alors, papa, ajoutait l'enfant, j'instruirai les petites filles sauvages ; oh ! quand serai-je assez grande pour aller instruire les petites filles sauvages!” (Ces pensées d'avenir si sérieusement discutées par une enfant de son âge, jetaient dans l’étonnement ses parents et ses amis ; mais lorsqu'on vit ces préoccupations enfantines se fortifier chaque jour de plus en plus, on commença à croire que l'Esprit-Saint voulait en effet “ conduire cette âme dans la solitude pour parler à son cœur.”
Vers le temps de la première communion de Mile. Anne Bourdon, son père passa à de secondes noces, (en 1655), et elle eut le bonheur de trouver dans la personne de sa belle-mère, (1) le modèle accompli d’une mère de famille sage et vertueuse.
(1) La dame qui devint l'épouse de M. Bourdon et la gardienne de ses enfants, était Mme. Anne Gasnier, veuve de Jean Clément du Wault, Seigneur de Monceaux, Chevalier de St. Louis et Colonel d’un régiment de chevau-légers. Dégoûtée du beau monde de Paris, et voulant se rapprocher de sa fille Mme. d'Auteuil déjà établie à Québec, elle vint se fixer en Canada dans le cours de l’année 1649, vers le temps où elle obtint la concession de la seigneurie de Jacques Cartier. Elle avait d’abord établi sa résidence chez M. d'Auteuil, à Sillery, mais bientôt la renommée de ses bonnes œuvres la fit connaître à M. Bourdon qui désira fort la voir à la tête de sa jeunefamille, Laissons raconter à la Vén. Mère ce touchant épisode de la vie intime ; son langage à la fois simple et plein de dignité, a ce charme inséparable des récits fondés sur la vérité et embellis par la vertu, charme bien différent de ce que produisent tant d’écrits frivoles de nos jours.
it Cette dame, dit-elle, est un exemple de piété et de charité dans tout le pays. Elle et Mme. d’Ail'eboust, sont liées ensemble pour visiter les prisonniers, assister les criminels et les porter même en terre sur un brancard. Celle dont je vous parle, comme la plus agissante et la plus portative, est continuellement occupée à ces bonnes œuvres, et à quêter pour les pauvres, ce qu’elle fait avec succès. Enfin, elle est la mère des misérables, et l'exemple de toutes sortes de bonnes œuvres. Avant de passer en Canada où elle n’est venue que par un
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Heureuse d'élever ces enfants pour Dieu seul, Mme. Bourdon s’appliquait à développer dans leurs cœurs les bonnes dispositions qu’elle y découvrait chaque jour. Voyant que la jeune Anne persistait dans son dessein de suivre l'exemple de ses sœurs, elle céda à ses instances, lui assura le consentement de son père, et lui fraya ainsi l'entrée du Monastère au commencement de sa quatorzième année, le 8 septembre 1658. M. Bourdon, homme de cœur et d'honneur, voulut assurer la dot de sa fille, dès le commencement de son noviciat. Sa qualité de procureur du Roi et de seigneur des terres de St. François et de St. Jean, aurail , dû, ce semble, lui faciliter le déboursement de la somme de trois mille livres, formant tout l'héritage de cette fille bien-aimée. Néanmoins il est un fait digne de remarque, c’est que l'argent était alors chose si rare dans le pays, même parmi les h:.uts fonctionnaires du gouvernement, que la Mère de l’Incarnation crut devoir assigner à M. Bourdon le terme de huit années pour compléter ses paiements. (1)
principe de piété et de dévotion, elle était veuve de M. de Monceaux, gentilhomme de qualité. * Quelque temps après son arrivée, M. Bourdon demeura veuf avec sept enfants, dont aucun n'était capable d’avoi: soin de soi-même ni de son père. Elle eut un puissant mouvement d'assister cette famille, et, pour cet effet, elle résolut d'épouser M. Bourdon, dont la vertu lui était assez connue, mais à condition qu’ils vivraient ensemble comme frère et sœur; cela s’est fait et la condition a été exactement observée. Elle se ravala de condition, pour faire ce coup de charité, qui fut jugé en France où elle était fort connue, tant à Paris qu’à la campagne, comme une action de légèreté, eu égard à la vie qu'on lui avait vu mener. Mais l'on a bien changé de pensée, quand on a appris tout le bien qui a résulté de cette généreuse action; car elle a élevé tous les enfants de M. Bourdon avec une débonnaireté non pareille.”
(1) Selon les clauses du contrat passé ‘à la grille du Couvent," entre lui et les religieuses, au devant de Guillaume Andonart, notaire royal, la somme entière devait être payée en argent, en castors, et en fonds d’héritage.
En effet, trois mois avant la profession de sa fille, le L8 octobre 1660, M. Bourdon fit donation à la Communauté de son fief Ste, Anne à la
Nous dirons dans le troisième livre, avec quelle bénédiction la
Mère Anne Bourdon de Ste. Agnès a parcouru sa carrière religieuse.
a fève Marie Boutet De St, Augustin,
Quelques jours après l’entrée de Mile. Bourdon, le vieux régistre comptait une nouvelle éZue. “ Le 15 septembre 1658, Mlle. Marie Boutet, fille du Sieur de St. Martin, et de Mme. Catherine Des Champs, née en la ville de Xaiïntes, est entrée au noviciat, après avoir passé deux ans à la classe. Mlle. Boutet prit à sa véture le nom de St. Augustin.” Nos lectrices verront plus loin par sa notice, ce que fut en Religion cette fervente Ursuline.
Ba fiere Jeanne Godetrop De St. Pranrois-Xabier,
“ L'année suivante le 26 juillet 1669, est entrée au noviciat Mlle. Jeanne Godefroy, fille de noble homme Jean Godefroy, écuier, Sieur de Linctot, (1) et de Mlle. Marie Le Neuf de la Potherie, qui naquit en la ville de Trois-Rivières, et fut baptisée en l’église de la Conception, paroisse de la dite ville.”
Pointe-Lévi, à lui concédé par M. de Lauson. Quatre ans après, la Mère de l’Incarnation donnait à M. Bourdon le reçu suivant: ‘Le 14me jour de juillet 1664, nous avons reçu de M. Bourdon la somme de mille livres toute en bons castors, etc. Sr. Marie de l’Incarnation, Supérieure.” Deux ans plus tard, un autre écrit de sa main attestait la recette de mille livres tournois faisant l'entier paiement des droits de Mlle. Anne Bourdon.
(1) Par cetitre de noble homme, et autres, ici donnés à M. Godefroy, il est facile de voir que notre vieux récit, tracé de mémoire, anticipe un peu sur les dates en faveur de cette famille, dont la noblesse ne remonte qu’à 1686. Jean Godefroy de Linctot et Thomas Godefroy de Normandville, son frère, étaient natifs de Linctot en Normandie. En considération de leur mérite personnel ainsi que des services importants qu’ils avaient rendus au Canada, des lettres de noblesse leur furent accordées par Louis XIV en 1668. Ces premières ayant été perdues, le roi en expédia d’autres en 1686, dont voici le passage le plus intéressant. ‘Jean Godefroy a travaillé un des premiers à former la dite colonie ; il a dépensé beaucoup de biens, tant à défricher des terres
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Le vieux récit nous présente un résumé charmant des vertus de cette élève accomplie de la Vén. Mère, à qui elle fut confiée dans sa sixième année. ‘ Elle avait été élevée, dit le récit, dès l’âge de cinq ans dans notre Monastère, et messieurs ses parents nous l'avaient donnée, afin de lui procurer une éducation sainte, Car quoiqu'ils fussent très-vertueux, et qu’ils pouvaient eux-mêmes la très-bien élever, cependant ils la confièrent à nos premières Mères. Dès l’âge si tendre de six ans elle avait l’esprit brillant et fort développé, et une mémoire heureuse, ce qui fit qu’en peu de temps, elle fit de grands progrès dans la doctrine chrétienne, l’histoire sainte et autres études convenables à son âge. Dans ces premiers temps de la colonie, les Révérends Pères de la Compagnie de Jésus faisaient le catéchisme aux enfants tous les dimanches, et toutes nos pensionnaires sortaient pour y assister. Pour l’encouragement de ces enfants, ils leur faisaient apprendre des vers et des tragédies fondés sur l'écriture sainte. Ensuite ils donnaient des prix à ceux et celles qui s’appliquaient le plus à ces saintes études et s’aquittaient le mieux de leurs rôles. Mademoiselle J. Godefroy emportait le plus souvent le prix. A l’époque où nos Mères furent affligées par le premier incendie de leur Monastère, toutes les pensionnaires durent, en conséquence, retourner chez leurs parents. M. Godefroy vint de Trois-Rivières, dans la plus rude saison de l’année, pour emmener sa fille au sein de la famille.
“ Dès que le Monastère fut rebâti, la petite Jeanne fut la première à demander à revenir, car à cette époque même, n'étant encore que dans sa huitième année, il lui fallait quelque occupation sérieuse ; elle s'ennuyait fort de ces passe-temps de l'enfance lorsqu'elle les voyait se prolonger au-delà d’une heure ou deux par jour. Vers le temps de sa première communion, Dieu lui donna une forte ‘inclination de se faire religieuse ; mais comme elle était trop jeune, ses parents pour la divertir l’emmenèrent une
qu’au service de Sa Majesté contre les Iroquois qui faisaient pour lors une cruelle guerre à nos sujets du dit pays ; il était journellement aux mains avec les sauvages, accompagné d’un de ses frères et dix de ses enfants, dont cinq furent tués, et son frère (Thomas Godefroy) fut fait prisonnier et brûlé par ces barbares.” —Note de l’abbé Ferland,
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seconde fois à Trois-Rivières, où tout fut employé pour la porter à différer son pieux projet. Mgr. de Laval, premier évêque du pays, l’ayant vue au pensionnat après son arrivée, et ayant su qu’elle désirait re faire religieuse, l’obligea d'aller encore vivre quelque temps au milieu de sa famille afin d'éprouver sa vocation. Elle y fut par obéissance ; mais elle revint à Québec vers la fin du même mois, et l’on fut forcé de l’admettre enfin au Monastère. Le 9 octobre suivant, elle prit l’habit religieux ainsi que le nom de St. François-Xavier (1). Cependant Monseigneur voulut prolonger son épreuve jusqu’à ce qu’elle cût dix-huit ans accomplis, et la fervente novice, qui brûlait du désir de prononcer ses vœux, fut obligée d'attendre jusqu’au mois d’août 1661, pour consommer son sacrifice. Depuis ce moment jusqu’à celui de sa mort elle ne fit plus que courir dans les voies de la perfection. Employée d’abord à l’Institut, elle fut ensuite successivement, Dépositaire, Maîtresse des novices et Maîtresse-Générale du pensionnat. Ses vertus favorites étaient la charité et l'humilité, et elle en donna partout des exemples ; car quoiqu’elle fût une personne instruite et fort éclairée, elle aimait cependant à demander conseil sur les moindres choses, ayant su conserver toute sa vie l’heureuse ingénuité ainsi que la gaieté de son enfance. Comme elle offrait tous les jours au ciel une prière fervente pour obtenir l'humilité, le Seigneur exauça enfin cette âme innocente en lui envoyant des sujets de sacrifices pénibles et continuels. Ayant été affligée d’infirmitén vers l’âge de soixante ans, le ciel permit qu’elle éprouvât aussi un affaiblissement moral, dont elle s’apercevait très-bien, ce qui fut pour elle un nouveau moyen de pratiquer sa chère vertu, l’humilité. Lu Mère Jeanne Godefroy de St. François-Xavier, après avoir été
(1) Comme tout aimable souvenir du bon vieux temps ne peut que faire plaisir à nos lectrices, nous leur dirons 1ci le genre de présents offerts à cette fiancée du Seigneur.
& Mgr. de Laval fit en rochet et en camail la cérémonie avant et après la messe basse qu’il dit: Sa Grandeur lui donna pour son habit, neuf aunes de serge noire à six sols l’aune, et deux pièces de toile de vingt-cinq aunes chacune. Je donnai dix écus pour la tunique (cotte) et les voiles blancs, que les religieuses fournirent.”’—Extrait du Journal
des Jésuites,
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