‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 116 sur 199 · ZÈLE APOSTOLIQUE DE NOS MÈRES AU PAYS ET À L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

ZÈLE APOSTOLIQUE DE NOS MÈRES AU PAYS ET À L'ÉTRANGER

Le Zèle qui embrasait le cœur de la Vén. Mère Marie de l’Incarnation s'était communiqué à celles qui composaient sa Communauté, comme on le voit par les pratiques adoptées dès leur arrivée en ce pays, et qui se sont perpétuées jusqu’à nos jours. Telle est entr’autres celle du vœu annuel en l'honneur de l’Immaculée Conception de la Ste. Vierge.

L'origine de ce vœu remonte à l’année 1635, et l'inspiration en est due au zèle infatigable des RR. PP. Jésuites. ‘ Nous reconnaissons évidemment (1) qu'il faut que ce soit le ciel qui convertisse la Nouvelle-France, et que nous ne sommes pas assez forts. Nous ne craignons rien tant si non que nos imperfections n’empêchent la conversion de ces pauvres sauvages. C’est pourquoi nous avons tous été d’avis de recourir au ciel et à la très-sainte Vierge, par laquelle Dieu a coutume de faire ce qui ne se peut faire, et de convertir les cœurs les plus abandonnés. A cet effet, nous avons résolu de faire un vœu solennel dont voici la teneur :

‘ Adorable Jésus Sauveur du monde, quoique nos péchés nous doivent éloigner de votre présence, étant pénétrés du désir de vous honorer ainsi que votre sainte Mère, et de vous servir avec la fidélité que vous demandez de vos serviteurs, afin de vous faire connaître et adorer des pauvres peuples de ces contrées, nous voici prosternés à vos pieds où nous vous promettons et faisons vœu, comme aussi à la très-sainte Vierge notre Mère, de célébrer douze

() Relation, 1636.

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fois !: sacrifice de la sainte messe, de dire autant de fois le chapel"t ces douze mois suivants, en l'honneur et en actions de grâces de l’Immaculée Conception de cette sainte Vierge votre Mère, comme aussi de jeûner la veille de cette fête à la même intention ; le tout pour obtenir de votre bonté et de votre miséricorde, par l'entremise de votre sainte Mère, la conservation de ce pays et la conversion des pauvres sauvages. Recevez donc, 6 sainte Reine des anges et des hommes, le vœu que nous vous présentons par les mains de votre glorieux époux St. Joseph, et de vos fidèles serviteurs St. Ignace, St. François-Xavier et tous les anges gardiens de ce pays, pour les offrir à votre bien-aimé Fils, à ce qu'il lui plaise donner la connaissance de son saint nom à ceux qui ne l'ont pas encore, et à tous la persévérance en sa sainte grâce et son saint amour, Ainsi soit-il.”

La formule de ce vœu ne diffère de celle que nous répétons chaque année, l’avant-veille de l’Immaculée Conception, que par la communion mensuelle que nous offrons, au lieu du saint sacrifice auquel s’obligeaient les missionnaires.

Une autre touchante pratique de piété en usage parmi nos premières Mères, était celle de tirer au sort les différentes nations de cette “ grande Amérique ;”” alors chaque religieuse appliquait plus perticulièrement à la nation qui lui était échue en partage, ses travaux, ses prières et ses mérites, afin que ces pauvres peuples connussent lieu et le servissent.

La Mère de l’Incarnation avait bien sa nation comme les autres ; mais son grand cœur ne s’y renfermait pas. Depuis longtemps, elle s'était chargée de faire “le tour du monde pour chercher toutes les âmes qui ne connaissaient pas son Epoux, afin de demander au Père éternel leur conversion par le Cœur de Jésus. Ne nous lassonse point de nous tenir aux pieds du Roi des nations, disait-elle. Il est mort pour tous, et tous ne vivent pas encore. Ah ! si j'étais digne de courir partout pour lui gagner quelque âme, mon cœur serait satisfait ! Allons, allons ensemble en esprit par toutes ces contrées infidèles pour tâcher d'en rendre quelqu’une à notre bon Maître... Prenez en main la cause de Jésus-Christ, et ne donnez point de trève au Père éternel qu’il ne

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vous ait accordé bon nombre de ces pauvres âmes, Demandez donc pour Jésus ct par Jésus. Son sang a crié bien haut, et cependant l'affaire n’est pas encore gagnée. Il faut toujours crier et importuner le ciel jusqu’à ce que l’on en soit venu à bout.”

Ce zèle de nos Mères ne se bornait pas aux pays infidèles, les états chrétiens en avaient leur part, et l'on ne verra pas sans attendrissement ce que firent ces âmes dévouées, au fond de leurs forêts sauvages, pour la conversion d'une âme égarée de la vieille France.

LES URSULINES FONT DES PÉNITENCES EXTRAORPTAIRES POUR OBTENIR LA CONVERSION DE MADAME DE LA VALLIÈRE,

Dans une lettre en date du 19 août 1664, la Mère Marie de l'Incarnation écrivant à une de ses anciennes novices de Tours, la Mère Isabelle de la Vallière, lui faisait pour sa consolation, la confidence suivante : ‘ Tous vos proches me touchent de près, et le sujet : ui vous afflige, m'afflige aussi. J'en ai eu connaissance en ce bout du monde, où je vous dirai que nous avons entrepris de faire de grandes pénitences et de grandes dévotions pendant dix semaines en l'honneur de la Passion de Notre-Seigneur, afin qu’il plaise à sa bonté d’y mettre ordre et d'opérer la conversion de qui vous pouvez juger.” © charité tendre et ingénieuse ! Au milieu de leurs travaux et de leurs privations sans nombre, ces victimes ajoutent de nouvelles rigueurs à leur immolation, pour obtenir la délivrance d’uue âme engagée dans les liens du péché ! N'est-ce pas là le plus pur esprit du Christianisme ?

Les prières de nos Mères étaient unies à celles d’une famille de saints, (1) et bien d’autres saints personnages de France de-

(1) La famille de la Vallière, plus distinguée encore par la vertu de ses membres que par ia gloire et la célébrité dont le monde l’entourait, était trés-ancienne, et originaire du Bourbonnais. Les aînés, qui se nommaient Le Blanc, prenaient leur titre de la Baume, seigneurie qui leur appartenait. L'un d’eux, Pierre de la Baume, s’est illustré par ses hduts faits d'armes dans les guerres sous Charles VI.

La Mère Isabelle de la Vallière dont il est fait mention plus haut, à l’occasion de la célèbre pénitente sa nièce, naquit au château de la

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