‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 117 sur 199 · SR · texte numérisé non relu

SR

D nr IN Er de

mandaient aussi à Dieu la conversion de cette âme ; mais quelle ne devait pas être la force de ces ardentes supplications qui montaient vers le ciel, à des centaines de lieues d’une patrie chère que l'on n’avait abandonnée que pour l'amour et la gloire de Dieu ! Ce miracle de la grâce fut enfin obtenu, et nous ne pouvons refuser à nos lectrices une courte notice sur celle qui fut l’objet de tant de larmes et de prières.

Vallière en 1620. Sa mère, Mme. J. de Beauvan le Rivan, la mit bien jeune avec sa sœur cadette au pensionnat des Ursulines de Tours. Ces deux demoiselles, dont la piété surpassait encore les qualités naturelles, ne furent pas éblouies par l'éclat des honneurs ou les dons de la fortune, que la faveur royale, sous Louis XII, versait à pleines mains sur leur famille. Belles comme les fleurs du printemps, elles n'avaient pas un seul désir pour la terre, et Dieu les voulut toutes à Lui. Isabelle, à seize ans, prit l’habit d'Ursuline, et Louise, se voyant forcée de rentrer au sein de sa famille, où une grande alliance l’attendait, s'offrit de bon cœur à Dieu dans une petite maladie et mourut le front paré de l’auréole du salut.

Leur frère aîné, père de notre célèbre pénitente, était un officier dans le genre des Bayard et des du Guesclin. Destinés par la nature et par l’éducation à la carrière des armes, M. de la Vallière et ses quatre frères se distinguèrent parmi les plus vaillants hommes du dix-septième siècle. Au siége de la Rochelle, sa conduite fut si admirable qu’elle lui attira les applaudissements de l’armée comme de la cour, et le Roi lui conféra en conséquence la charge de grand écuyer. Au siège de Corbie il se couvrit de gloire, ainsi qu’à la bataille de Rocroi et à celle de Sédan. Mais ce qu’il y eut de plus admirable en M. de la Vallière, ce fut sa tendre piété et l'union de prières qu’il forma avec sa sœur Isabelle, afin de pouvoir mener à la cour ainsi qu’au milieu des camps, la vie du plus parfait chrétien. A l’armée, il faisait tous les jours l’oraison mentale avant la revue de sa compagnie, et portait sous ses armes un rude cilice. Le premier présent qu’il reçut de sa sœur Isabelle fut une ceinture en fil d'argent à quatre rangs de pointes, et il la portait fort souvent. (C’est ainsi qu’il se préserva des séductions du monde, et conserva la grâce de Dieu même au milieu des batailles. Après vingt campagnes victorieuses, M. de la Vallière se retira dans ses terres pour se disposer à la mort. Désirant se rendre utile aux pauvres malades de la campagne, il apprit la pharmacie, et fit faire à son valet de chambre, un cours de chirurgie. Ainsi le grand Ecuyer

DA ad DE SE ns

quelle mon- 2 que )ieu !

fuser e tant

la mit Tours.

ualités ou les rsait à temps; t toutes rise, 8€ alliance ladie et

officier a nature et ses mes du si admi- 1e de la écuyer.

e de Roen M. de ma avec u milieu sait tous t portait ut de sa pointes, La séducdes bage retira tile aux Êt faire à A Ecuyer

Louise-Françoise de la Vallière, naquit au château de la Vallière en 1644. Ses charmes, qui firent depuis l’admiration de l'Europe, n'étaient pas le résultat d’une beauté purement physique. En elle tout se réunissait pour plaire ; la noblesse du sentiment, l'élévation de l'esprit, la douceur du caractère, les grâces insignes de la figure, n'étaient surpassées que par la candeur ct l'innocence de l'âme. Telle était Louise-Françoise lorsque, dans sa dix-septième année, le Roi Louis XIV la nomma dame d’atours de la

princesse Henriette-Anne d'Angleterre, fille de Charles ler et épouse du duc d'Orléans.

L'histoire de sa vie à la cour est déjà trop connue, nous ne parlerons ici que de son retour à Dieu. La pénitence de la duchesse de la Vallière nous intéresse particulièrement, puisque pendant

du Roi, le héros de tant de batailles, s’estima heureux de consacrer sa vénérable vieillesse au service des membres souffrants de Jésus- Christ, et de se préparer par là à paraître devant le Roi des rois. Les autres frères de la Mère Isabelle de la Vallière ne furent pas moins admirables. Gilles de la Vallière, né au château de la Vallière en 1616, se consacra à Dieu, fut chanoine de Tours, puis Evêque de Nantes. S'étant démis de son évêché en 1677, pour servir Dieu dans la solitude et l'éloignement des créatures, il vécut comme un saint et mourut en 1709 à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Deux autres, aussi pieux que vaillants, s’illustrèrent dans la carrière des armes et moururent à la fleur de l’âge, l’un au siége de Philipsbourg, et l’autre à celui de Danvilliers. Un cinquième nommé François, chevalier de la Vallière,

qui excellait dans les mathématiques, était si aimé du Roi Louis XIII,

qu’il passait souvent seul dans son cabinet les après-midi entières.

Maréchal de camp à l’âge de vingt-six ans, il fut bientôt promu au grade de lieutenant-général du Roi en Catalogne, et après avoir fait des prodiges de valeur, il fut tué au siége de Lérida en 1644. Le

sixième et dernier frère de la Mère Isabelle de la Vallière, fut le R. P.

Jacques de la Vallière, Jésuite d’une éminente piété qui, après s'être consacré aux missions de la Martinique, consuma ses forces au milieu

de la population de couleur. S’étant dévoué au service de ces pauvres

gens atteints de la peste, il mourut dans cet exercice, martyr de sa

charité. Les deux sœurs de la Mère Angélique de la Vallière furent Mme, la marquise du Châtelet et Mme, la marquise de Choisy.

NN

plus de douze ans, nos Mère offrirent à Dieu leurs prières pour obtenir cet heureux résultat de la grâce divine.

On peut juger de la sincérité de cette conversion par le trait suivant :

‘ Quand Mme. la duchesse de la Vallière fut touchée de Dieu, dit Mme. de Maintenon, et qu’elle fut sur le point d'entrer aux Carmélites, je erus comme plusieurs autres, lui devoir représenter qu'elle ne devait pas passer de la vie molle de la cour à cette vie austère, et je lui conseillai de s’essayer quelque temps en se contentant de se retirer de la cour pour entrer comme bienfaitrice dans un couvent, y demeurant d’abord comme séculière jusqu’à ce qu’elle vît par elle-même si elle pouvait en observer les règles. J'ajoutai : Mais pensez-vous bien que vous voilà toute battante d’or (car elle s’habillait magnifiquement) et que dans quelques jours vous serez couverte de bure ? Elle me confia qu'il y avait longtemps que sous ces dehors d’une vie mondaine elle portait le cilice, couchait sur la dure, et faisait toutes les autres austérités des Carmélites. Et quant au conseil que je lui donnais de se retirer comme bienfaitrice dans un couvent pour y vivre en dévote séculière, elle me dit: ‘“ Serait-ce là une pénitence ? Cette vie serait trop douce, ce n’est pas là ce que je cherche.”

Enfin, l'illustre pénitente quitta la cour de Versailles et entra chez les Carmélites de la rue St, Jacques à Paris. Elle y prononça ses vœux le 3 juin 1675, et mena depuis une vie plus angélique qu'humaine. Son vêtement était la haïre et le cilice; sa nourriture, un jeûne rigoureux ; sa chaussure, des sandales de bois : sa lecture, l’Imitation de Jésus-Christ; et son plus doux repos, le chant des psaumes pendant la nuit. Elle porta jusqu’à l’héroïsme le détachement d'elle-même et l’amour de la croix, fuyant les charges, les emplois et tout ce qui pouvait la rapprocher du monde.

Un jour, c'était le vendredi-saint, s'étant rendue avec ses sœurs pour prendre au réfectoire, un potage de légumes cuits à l’eau, elle se souvint qu’à pareil jour, étant avec le Roi à la chasse, elle voulut se désaltérer en prenant un breuvage délicieux. Ce souvenir amer lui causa tant de peine, qu’elle promit à Dieu de ne plus se permettre le plaisir de boire, même de l’eau, pendant une

Fa 2 | RE D DD AS PNr bn 2 ardemnt orà

obrait

jeu, aux nter | vie contrice 'à ce gles.

jante ques avait ait le érités se reévote e vie

entra pro- 8 an-

e; sa bois ; os, le

Isme

éi TR RS DS EE EPA ie mue

année entière ; et elle aurait poussé plus loin ces innocentes rigueurs, si une maladie grave qui s’ensuivit, n’eût fait découvrir son innocent secret. Attaquée plus tard d’une plaie dangereuse à la jambe, elle y fit si peu d'attention, que le mal s’aigrit et menaça ses jours. La Mère Prieure lui fit un tendre reproche de ce qu’elle se faisait ainsi mourir, et cet ange de vertu lui répondit : ‘“ Ma Mère, je ne savais ce que c'était; je n'y avais pas regardé !”

Le seul délassement qu’elle se permît dans sa chère solitude, fut d'écrire deux petits traités de piété en rapport avec l'attrait de son âme : l’un “ Réflexions sur la miséricorde de Dieu” in-12 ; l’autre ‘“ Sentiments d’une âme pénitente,” in-12. La mort de cette illustre pénitente fut admirable et toute céleste. Les Carmélites ses sœurs, dont elle avait toujours fait les délices, entouraient son lit de mort de leurs regrets et de leurs larmes, ‘“ Ah! dit-elle en les regardant, une pécheresse comme moi ne mérite pas de mourir au milieu de ces vierges-à!” Ce fut dans ces dispositions que Mme. de la Vallière rendit son âme à Dieu, après trente-sept années de pénitence, l’an 1710, à l’âge de soixantequatre ans. (1)

Page 1