‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 14 sur 199 · ÉLOGE DES ÉLÈVES HURONNES PAR LA MÈRE DE ST. JOSEPH · texte numérisé non relu

ÉLOGE DES ÉLÈVES HURONNES PAR LA MÈRE DE ST. JOSEPH

Voici encore quelques extraits de lettres, dans lesquelles Lk: Mère Marie de la Troche de St. Joseph, première maîtresse des élèves huronnes, rendait compte aux RR. PP. Jésuites des bonnes dispositions et des progrès de ses éièves. ‘Quand on eut donné avis à trois de nos plus grandes séminaristes qu’elles pourraïent communier à Pâques, je ne vis jamais plus de joie. Elles témoiguèrent un plaisir indicible pendant qu'on les instruisait sur cet adorable mystère, se rendant extrêmement attentives. Il semblait qu’elles eussent une intelligence de cette amoureuse vérité bien audessus de leur âge. Elles voulurent jeûner la veille de leur première communion, coutume qu’elles ont gardée depuis autant de fois qu’elles se sont approchées de la sainte table. Un jour pendant que le R. P. Pijart instruisait ces trois séminaristes, une des plus petites, âgée d'environ six ans, se présenta devant lui, deman- A dant la sainte communion comme les autres. Le Père | lui dt qu’elle étaii trop petite. “Ah! Père, s’écria-telle, ne me renvoyez pas parce que je suis petite, vous verrez, je deviendrai bientôt aussi grande que mes compagnes !”” On la laissa écouter l'instruction, et elle retint si bien ce qu’on expliquait de cet adorable mystère, et en rendait après un si bon compte, qu’elle ravissait tous ceux qui l’interrogeaient, mais on ne lui accorda pas, néanmoins, cette viande des forts. ‘ Sa mère étant venue la voir ces jours-là, cette enfant se mit à l’instruire des mystères de notre sainte foi qu’elle lui expliquait par des images; ensuite, elle ; la fit prier et lui montra les lettres alphabétiques dans un livre pour lui prouver le désir qu’elle avait de lui enseigner à lire. Cette bonne femme sauvage était si

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ravie qu’elle faisait l’enfant avec son enfant, proférant les lettres après sa petite fille comme si elle eut répété sa lecon. Puis, s'adressant aux religieuses, elle disait: “ Ah! que n’ai-je connu Dieu aussitôt que vous! Je suis très-contente de voir ma fille avec vous; quand nous la retirerons, elle nous instruira son père et moi; nous avons tous deux un grand désir d’être baptisés, elle nous enscignsra à prier Dieu !”

Dans un autre extrait des lettres de la Mère St. Joseph, nous trouvons les détails suivants: ‘ Elles sont si honnêtes que si quelqu’une a la gorge tant soit peu découverte, les autres lui disent qu’elle chassera son bon ange, et cela est maintenant si bien reçu parmi elles, que pour avertir une séminariste de se tenir dans les bornes de la bienséance, il suffit de lui dire: “Prenez garde que votre bon ange ne vous quitte !”’ Aussitôt celle à qui on tient ce langage, jette la vue sur soi pour voir s’il n’y a rien de messéant. Marie Madeleine, qui est âgée de dix-sept à dix-huit ans, est singulièrement pudique, et jamais on ne lui a rien vu faire qui soit blämable en ce point. C’est elle qui recommande aux autres l'honnêteté, les corrigeant lorsqu'elles font quelque chose qui tienne trop de l'enfance, mais elle fait cela avec tant d'adresse que pas une de ses compagnes ne s’en fâche. Au reste, ces enfants ont le corps bien fait et elles sont très-capables de civilité. Elles sont aussi fort adroites à faire touies sortes de petits ouvrages, et les autres petites fonctions domestiques qu'on leur enseigne.” Ajoutons ici encore un mot, c'est la Mère de l'Incarnation qui parle: ‘“ Les trois séminaristes que vous nous avez données ont laissé leur humeur sauvage à la porte. Elles n’en ont rien apporté chez nous, et il semble qu'elles y ayent toujours été élevées. Elles ne sont point émues en voyant

entrer et sortir des filles et des femmes sauvages, et elles ne font paraître aucun désir de les suivre. Elles les saluent à la française et les quittent en riant : il leur semble que nous soyons leurs mères naturelles, et elles viennent se jeter entre nos bras comme en leur refuge, quand elles ont quelque petite affliction. L’un de ces jours, ayant des douleurs de tête, on leur dit que j'étais malade, et que je mourrais si elles faisaient du bruit; à ce mot de mourir, elles se mirent toutes à pleurer et gardèrent parfaitement le silence... Que désireriez-vous davantage ? Ne semble-t-il pas que les trésors du ciel se versent sur ce pauvre peuple ?”

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