‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 141 sur 199 · CINQ NOUVELLES FILLES DE STE. URSULE · texte numérisé non relu

CINQ NOUVELLES FILLES DE STE. URSULE

ous venez de voir, chères lectrices, un vide immense se faire au Monastère dans l'automne de 1671 et au printemps de 1672. Dieu cependant n’abandonne pas son œuvre ; du haut du ciel, les D saintes Fondatrices guident vers la solitude qu’elles ont tant aimée de nouvelles vierges qui, s’efforçant de marcher sur lestraces de leurs dévancières,deviendront ainsi à leur tour'la gloire et le soutien de notre maison.

Nous ferons ici part à nos lectrices de étions bien judicieuses de M. l'Abbé P. F. Richaudeau au sujet des vocations religieuses. Dans un de ses ouvrages publié en 1859, “Les Ursulines de Blois ou deux cent trente ans d’un Monastère, ”’ il dit qu'avant la Révolution Française, on voyait souvent de jeunes filles de treize, quatorze ans, toutes décidées et

SR El

parfaitement disposées à entrer au noviciat : elles devenaient des modèles de régularité et mouraient à un âge très-avancé, soixante-dix, quatre-vingts ans; mais depuis le bouleversement social occasionné par cette terrible catastrophe, ce n’est qu’à seize, dix-sept ans que les jeunes personnes peuvent prendre d’une manière durable leur résolution d'entrer au noviciat,

La suite de notre Histoire fera voir que le Canada a

conservé un trait de ressemblance à cet égard avec la vieille France.

Aa fière Angélique De Lauson dite Du St, Esprit,

Mlle. Angélique de Lauson était sœur de la Mère Marie de Lauson de St. Charles, et demanda comme elle l'entrée du noviciat dès l’âge de douze à treize ans. Mais les religieuses, qui avaient eu soin de ces enfants prévenus de la grâce dès leurs plus tendres années, s'entendirent si bien avec la famille de Lauson, que ces jeunes vocations furent soumises à de raisonnables épreuves. La jeune postulante ayant appris qu’elle serait libre d'entrer lorsqu'elle aurait quinze ans accomplis, il ne fut plus possible de la retenir à Beauport, Croyant qu’elle perdrait sa place si elle ne se rapprochait du Monastère, elle se fit ramener au pensionnat le 11 mai 1675. On la fit attendre encore cinq mois, mais enfin vainçues par sa constance, les religieuses l’admirent au noviciat le 21 octobre de la même année. Notre vieux récit consacre de belles et longues pages à raconter les vertus de ‘‘ cette jeune amante de la céleste sagesse ;”” nous les résumerons plus tard en faveur de nos lectrices.

Aa Mère Catherine Pinqguet de l’Hncarnation,

Le 11 novembre 1676, entra au noviciat Mlle, Catherine Pinguet, fille de M. Noël Pinguet, de l’Ile d'Orléans, et de Mme. Marie M. du Pont. Disons en attendant sa notice que la fervente postulante devant recevoir le nom chéri de la Vén. Mère, on

8 deve- 4 retarda sa vêture de deux mois, afin de faire la cérémonie le un âge dernier jour d'avril. Ce fut le cinquième anniversaire de la mort ais de- de la sainte fondatrice, qu’on honora ainsi une de ces jeunes élèves

À dont elle avait commencé l’éducation, et que Dieu destinait à goutte ter- À Re 8

ns que É verner un jour la maison qu’elle avait fondée.

1anière L: Ë, Ba Mère Madeleine Aniot de la Conception.

nada a 4 Les compagnes d'études se suivent de près. ‘“ Le 5 février avec la 4 1677, Mile. Marie M. Amiot, fille de M. Charles Amiot et de Mme. Geneviève de Chavigny, est entrée au noviciat dans sa quinkr zième année.”

ji Le Seigneur semble s'être servi des plaisirs mêmes du monde Marie de À pour attirer à sa suite cette jeune demoiselle, D'une taille svelte du novi- E. et élancée, d’une figure intéressante et gracieuse, Mlle. Amiot, à avaient 4 l’âge de treize ans, avait l'extérieur d'une jeune personne formée. , tendres $ Aussi sa mère, qui l’aimait uniquement, s’était-elle empressée de ‘que ces la retirer du pensionnat, l’année qui suivit sa première commues. La nion. Révant déjà au plus brillant avenir pour cette fille chérie, squ’elle elle la conduisit bientôt à ces réunions du grand monde, trop souetenir À vent l’écueil de l'innocence. La jeune demoiselle n'eut qu’à parappro- raître pour plaire. Mme. Amiot, femme de bon sens et pleine de le 11 respect pour la religion, était néanmoins de ces personnes qui cherfin vain- chent à se faire un milieu qui leur convienne, entre les usages imat le 21 posés par le monde etles maximes de l'Evangile. Le temps se parle belles tageait souvent entre la toilette, la promenade et le bal, et cette mère ante de ne se croyait jamais plus heureuse que lorsqu'elle voyait son enfant veur de parée de ses plus beaux atours. Cependant, la demoiselle n’était pas au fond du cœur aussi heureuse que chacun se plaisait à le

penser. Comme la jeune mondaine qui, de nos jours, vit un

spectre hideux dans le miroir où elle se contempluit en toilette de

# bal, et qui mourut des suites de cette affreuse vision, Mlle. Amiot

e Pin- ! fut aussi poursuivie par un certain fantôme qui se trouve bien Mme. $ souvent au milieu des plus brillantes réunions : l'ennui le plus la fer- # sombre s’emparait de tout son être et l'accablait incessamère, on É ment ! Mais plus heureuse que celle dont nous venons de parler,

1 20e guet pere rs 2 Degree mat LT 21 D Tome ie jt À

la religion lui enseigna bientôt un remède efficace, et elle obtint de rentrer au Monastère pour y faire une espèce de retraite. Revenue de sa propre volonté aux lieux de son enfance, Mile. Amiot ne tarda pas à y trouver cette jouissance intime, ce, ‘je ne sais quoi ” qu’elle avait inutilement cherché dans les réunions de plaisir. L’Esprit-Saint lui fit entendre sa voix divine et entraînante, ct la jeune mondaine, vaincue par ses attraits, résolut de ne plus résister aux influences de la grâce, dont elle commençait alors à comprendre les mystérieuses manifestations. Admise à la profession religieuse en 1679, elle fit au Seigneur l’offrande la plus généreuse de tout ce qu’elle avait et de tout ce qu’elle pouvait espérer dans le monde. Dès lors aussi ses progrès dans la perfection furent de plus en plus rapides. ‘“ Si le Scigneur, dit notre récit, avait gratifié notre chère Mère de bien des talents, elle a su en faire un saint usage pour sa gloire, surtout à notre Institut, où elle s'employait avec un grand zèle. En 1697, elle fut une des quatre religieuses de chœur qu’on choisit dans notre maison pour établir une Communauté d’Ursulines dans la ville de Trois-Rivières. Mais elle n’y put demeurer que trois ans, ayant été rappelée aux instances de Madame sa mère. Cette chère Mère a exercé dans notre Communauté les emplois les plus considérables, C'était un pilier d’observance : même pour le lever de quatre heures, elle a toujours été jusqu’à la fin de sa vie une des premières rendues au chœur pour offrir ses hommages à Notre-Seigneur. Comme secrétaire du Sacré-Cœur de Jésus, c'était elle qui se chargeait d'enrôler les associés. Saisissant avec zèle cette occasion pour les instruire et les exhorter à l’amour de Jésus, elle passait des heures entières à leur parler de sa bonté, de sa divine douceur, ct de son inépuisable miséricorde envers ses créatures, et surtout envers les pauvres pécheurs.

‘ À l’âge de quatre-vingt-cinq ans, elle courait pour ainsi dire au devant de la volonté de ses supérieurs, leur étant soumise en tout comme une enfant de classe. Son âge avancé ne l'empêchait pas de travailler pour les églises du pays ; et lorsqu'elle fut atteinte de sa maladie mortelle, les fleurs artificielles l’occupaient encore. Elle passa de cet exil à une vie meilleure, le 13 oc-

elle obtint raite. Re- Île. Amiot ‘je ne sais is de plaiitraînante, le ne plus it alors à la profesà plus géwait espéperfection otre récit, a su cn stitut, où une des ison pour Trois-Riété rap- Mère a dérables, e heures, ères ren- Comme hargeait pour les S heures de son vers les

hsi dire ise en pêchait fut atpaient 13 oc-

tobre 1747. Elle avait soixante-huit ans de profession religieuse.” (1)

Ba fière Marie Anne Anceau De Ste, Thérèse,

Voici un autre ‘‘ pilier” taillé par la main du Seigneur pour être, durant de longues années, un des plus forts appuis de notre Monastère, et plus tard un des premiers et principaux soutiens de l'édifice aujourd’hui sanctifié par la ferveur de nos sœurs Ursulines de Trois-Rivières.

‘ Le 4 mai 1676, Mlle. Marie A. Anceau, fille du Sieur Benjamin Anceau, marchand de Trois-Rivières, et de Mme. Louise Poisson, entra au noviciat dans sa quinzième année.”

Envoyée à Québec dès l’âge de six ans pour son éducation, cette enfrnt douée d’une intelligence extrêmement précoce, se livra

cc une ardeur incroyable aux études de son âge. Vers sa Lime année, la jeune Marie-Anne fit sa première communion avec une grande piété, et dès lors on la regardait comme une des plus sages et des plus instruites parmi les élèves. Déjà la pensée de son avenir préoccupait cette âme pure et candide. Elle étudiait dans l’intention d'enseigner un jour aux autres; et comme on lui demandait ce qu’elle ferait pour passer plus agréablement son temps après sa sortie du pensionnat: ‘“ J'instruirai les petites filles de Trois-Rivières,” répondit l’enfant avec une grâce naïve. Paroles remarquables, et qui eurent dans la suite leur plein accomplissement. Toujours sérieusement occupée, on ne surprenait jamais Mlle. Anceau dans ces petits projets d’espièglerie et

(1) Au mois de mai 1739, la Communauté célébrait en son honneur, une de ces fêtes touchantes que la religion consacre ‘aux triomphes de la vertu.” Voici ce que nous en dit le récit : ‘ Aujourd’hui 12 mai 1739, la Mère Marie Amiot de la Conception a renouvelé ses vœux de soixante ans de profession entre les mains de M. de Miniac, Vicaire-Général du diocèse et notre Révérend Père Supérieur. Pendant la messe l’on a chanté des motets analogues à la fête, La Communauté et le pensionnat ont eu grand congé joint à un traitement extraordinaire en l'honneur de cette ancienne et fervente religieuse.”

Page 1