‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 150 sur 199 · QUELQUES SŒURS LE PLUS AU CIEL · texte numérisé non relu

QUELQUES SŒURS LE PLUS AU CIEL

Avant d'arriver à la grande catastrophe dont le récit doit terminer ce chapitre, jetons un coup-d'œil à l’intérieur du Monastère. Nous y verrons de nouveau couler des larmes; mais il en faut parfois sur la route de l'exil pour rappeler même aux plus parfaits un souvenir plus vif de l’éternelle patrie.

Depuis la perte irréparable des deux fondatrices, la famille du cloître n'avait pas vu se rompre ses rangs ; prière, étude et enseignement, travail incessant et court repes, telle était la devise à l'ordre du jour et chacune s’y conformait avec bonheur, L'exemple des anciennes était un beau sujet d'émulation pour les jeunes ; courbées sous le poids des années, et sentant approcher la fin de leur carrière, ces vierges sages s’élevaient généreusement au-dessus de cette faiblesse qu'entraînent l’âge et les infirmités, afin de mieux apprendre aux jeunes la route mystérieuse qui conduit ‘de la cellule au ciel.”

. Entre ces bonnes Mères et sœurs, compagnes de nos vénérées fondatrices, qui furent les premières à les rejoindre dans la patrie, on remarque d’abord sœur Antoinette Mékinon, connue en religion sous le nom de Ste, Marthe, qui vint de son beau pays de la Bretagne en 1657, pour se consacrer aux durs travaux attachés à

cette humble mission. Elle fit profession le 11 juin 1659, à six heures du soir, entre les mains du R. P. de Quen et sous “l'autorité de l'Ilustrissime et Religiosissime Archevêque de Rouen.” (1) Après vingt et une années passées dans la ferveur et les travaux continuels, cette pieuse sœur mourut le 20 octobre 1676, à l’âge de cinquante ans.

L'année suivante au mois de novembre, le Seigneur vint encore visiter sa vigne pour y “ cueillir ”” un nouveau fruit: ce fut l’aimable et tant aimée Mère Anne de Ste. Claire, venue de Paris en 1640. Nos lectrices se souviennent, sans doute, de cette fervente Ursuline, qui reçut de Dieu la grâce de lutter avec tant de courage contre la tendresse de sa mère et l’autorité du meilleur des beaux-pères. Que ne pouvons-nous présenter ici de plus longs extraits de cette édifiante lettre dont il est parlé dans nos chroniques, et qu’elle écrivit pour fléchir sa mère jusque-là inexorable au sujet de son départ pour le Canada. ‘“ Au nom de Jésus, lui disait-elle, ma mère, ne me privez pas plus longtemps du bonheur d'aller prendre part aux travaux du Canada !” Cette lettre fut remise à Mme. N. dans l'église de Notre-Dame, à Paris, pendant qu’elle y faisait son action de grâces après la sainte communion. Comprenant qu’il s'agissait d’une affaire importante, la dame se hâte d'en prendre connaissance. A la première phrase elle s’arrête, et versant un torrent de larmes, elle fait à Dieu le sacrifice qu'elle lui avait jusqu'alors refusé.

Son mari, surpris de la voir arriver tout en larmes, allait lui demander le sujet de son affliction, mais elle le prévient par ces paroles: ‘ C’est ma fille qui m’arrache le cœur! Voyez, lisez cette lettre l”?

M. N. fut aussi touché que sa femme, mais il comprit comme elle qu’il y avait obligation de céder à Dieu. Ils se rendent tous

() Ce Révérend Père alors supérieur des Missions des Jésuites ainsi que de notre maison, mourut à Québec peu de temps après, victime de son zèle à secourir les malades pendant l’épidémie de 1659. Il avait passé vingt-quatre années en ce pays, travaillant avec uno ardeur infatigable au salut des âmes.

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deux au Couvent, appellent cette fille chérie et lui accordent enfin la permission qu'ils lui avaient si longtemps refusée. Peu de jours après, les Ursulines de Paris confiaient au R. P. René Ménard, S. J., pour la mission de Québec, leurs deux jeunes ct précieuses sœurs Margte. de Flécelles de St. Athanase et Anne Le Bugle de Ste. Claire.

Nous ayons déjà vu l’aimable dévouement de la Mère Ste. Claire, dans la lettre où elle s’est peinte elle-même sans le savoir, à son arrivée à Québec. Elle ne s'est jamais démentie, et après avoir rempli pendant trente-six ans différents emplois de la maison, tels que ceux de dépositaire, maîtresse des novices, maîtresse générale des élèves, elle mourut dans toute la ferveur de ce dernier emploi le 16 novembre 1677.

Trois années s'écoulèrent et le Scigneur vint de nouveau compter ses élues; la Mère Anne de Notre-Dame allait à son tour être couronnée. Cette courageuse Mère avait souffert immensément dans la mission du Canada; le climat lui étant contraire, elle contracta des infirmités qui lui occasionnèrent de longues et douloureuses maladies. La mort de la Vén. Mère, qui avait toujours été son appui et sa consolation dans ses peines, lui fut une terrible épreuve. ‘“ Quoi, ma Mère, lui disait-elle, allez-vous donc partir sans moi ?—Ne vous afligez pas mon enfant, lui répondit avec une douceur ravissante la Vén. Mère, Dicu sera toujours votre père, et quand je serai devant sa Majesté je ne vous oublierai pas ; quoique absente je ne laisserai pas d’être avec vous.”

La Mère Anne de Notre-Dame restait seule ici de sa Communauté de Tours. Elle travailla encore pendant huit ans avec un grand fruit à l'instruction de la jeunesse, et ‘après avoir été longtemps éprouvée par une maladie bien cruelle, dit le vieux récit, elle mourut le 25 septembre 1680, nous laissant cmbaumées de ses vertus.” Qu'il est beau en quittant la vie de pouvoir laisser sur son passage de pareilles traces !

Deux autres religieuses décédèrent au Monastère avant le second incendie. “ Depuis six mois, la Mère Marie de Villiers qui était dépositaire, souffrait d’un abcès dans l'estomac, S’étant disposée à la mort avec une résignation toute céleste,

elle ne fut pas prise au dépourvu par l'accident qui termina subitement sa vie, (suffocation par l'abcès).”

La Mère Marie de Villiers de St. André était une religieuse Ursuline de Magny, arrivée à Québec le 29 juin 1657. ‘“ Cette bonne mère, a vécu dans notre Communauté pendant vingtsix ans avec une ferveur toujours soutenue, donnant au dedans et au dehors, l'exemple de toutes les vertus religieuses. Son extérieur modeste, calme ct recueilli, faisait assez voir que son âme était sans cesse unie à Dieu. Elle mourut le 25 octobre 1683, âgée de soixante ans.”

L'évêque de Meaux, Mgr. Dominique Poguier de St. Brisson, dont elle était, dit-on, parente, lui fit une pension viagère de deux cent cinquante livres qui furent fort exactement payées par ses héritiers.

Voici une autre religieuse de France, qui termina sa vie un an, jour pour jour, après celle dont on vient de parler. Ce fut sœur Catherine Lézeau de Ste. Ursule, native de Marau près de La Rochelle. Etant admise au noviciat en 1646, elle prononça ses vœux le 29 octobre 1648, et fut ainsi la première sœur convers qui fit son noviciat à Québec. Notre récit nous la dépeint comme étant ‘ennemie de son corps, qu’elle traitait avec uue rigueur extrême ; remplie d'un grand mépris d'elle-même et d’une charité tendre envers le prochain, en un mot, une âme tout à Dieu, possédée de son esprit et pleine de soumission pour ses supérieurs.” Elle mourut le 25 octobre 1684 à l’âge de soixante ans.

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