‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 159 sur 199 · RETOUR DANS LA MAISON DE MADAME DE LA PELTRIE · texte numérisé non relu

RETOUR DANS LA MAISON DE MADAME DE LA PELTRIE

RAVERSONS encore quatorze années de l’histoire du Vieux Monastère, et avant de voir se clore le dix-septième siècle, admirons ensemble, chères lectrices, comment Marie rétablit une seconde

Les chères Mères de l'Hôtel-Dieu con- Qtinuaient donc à combler de bienfaits leurs amies éprouvées, “ avec une grande bonne volonté de leur rendre encore longtemps ces bons offices ;” mais le 7 novembre avait été fixé pour le retour

des Ursulines dans la petite habitation que le Seigneur leur avait conservée. “ Nous primes congé de nos charitables hôtesses, maïs non sans verser bien des larmes de part et d'autre. Leurs cœurs généreux ne se contentant pas de ce qu’elles avaient déjà fait pendant que nous étions dans leur maison, elles voulurent de plus partager avec nous leurs provisions avec une insigne charité, de sorte qu’elles nous donnèrent bien pour huit cents livres.”

Suivons nos bonnes Mères dans le petit voyage du retour, où leur cortége paraît s'être insensiblement grossi d’un grand nombre d'amis, et de curieux aussi sans doute. Nos Ursulines ne manquèrent pas de s'arrêter en chemin pour saluer leurs principaux bienfaiteurs ; partout on leur fit le plus gracieux accueil, et voici comment la voix du passé rend compte de l’aimable trajet qui ramenait ces exilées dans leur sainte et chère solitude. ‘“ Trois des Mères Hospitalières vinrent nous reconduire chez nous ; mais le KR. P. Leschefer nous mena d’abord au Séminaire où Mgr. de St. Vallier et M. des Maizerets, notre supérieur, nous conduisirent par toute la maison, depuis le grenier jusque dans les caves et les jardins. Nous fûmes ensuite au petit séminaire où l’on donna en notre honneur grand congé aux écoliers. Nous visitâmes aussi la Cathédrale, et puis nous allâmes rendre visite aux bons Pères du Collége ; de là nous entrâmes à la chapelle de la Congrégation pour y chanter un motet à la Ste. Vierge. Finalement, l’on nous conduisit à notre petit Monastère, où étant arrivées avec une foule de personnes qui nous accompagnaient, Monseigneur visita tous les lieux, qu'il trouva très-étroits et fort propres à nous faire beaucoup souffrir. Cela semblait le toucher vivement ; mais nous le consolâmes par la joie que nous avious et

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qui paraissait sur nos visages, de nous voir toutes réunies en un même lieu.”

Qu'avons-nous à ajouter à cette dernière parole ? O céleste charité, divine union des cœurs, quels sont donc vos charmes pour adoucir ainsi une situation dont la réalité est si propre à effrayer la nature! C’est bien ici que nous pourrions nous écrier : ÆEcce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum !

“Mgr. de St. Vallier congédia tout le monde, et nous ayant exhortées à la constance avec une bonté toute paternelle, il nous donna sa bénédiction et se retira, nous laissant dans l’admiration de tout ce qu'il avait fait pour nous.” (1)

$2.—DIX-HUIT MOIS DANS UN PETIT MONASTÈRE—ON COMPLÈTE LA CONSTRUCTION DE L'AILE DE LA STE. FAMILLE.

Plusieurs de nos chères Mères, qui allaient séjourner dans la petite maison de Mme. de la Peltrie, l'avaient déjà habitée dans une circonstance analogue. Que d’encourageants souvenirs à rappeler de la douce et généreuse Fondatrice, de la bien-aimée Mère St. Joseph, de la Vén. Mère de l’Incarnation! Si d’un côté, les moyens de subsistance étaient plus faciles à

cette seconde époque qu’en 1650, la situation, d’un autre

(1) Nous trouvons encore dans les Annales: ‘Mgr. de St. Vallier étant passé en France s’employa si efficacement pour nous qu'après Dieu nous lui devons notre rétablissement."

En un autre endroit : ‘Nos Rév. Mères de Paris ayant su notre accident, firent imprimer une circulaire pour faire appel à tous les Couvents de notre Ordre, elles réussirent à procurer à notre maison la somme de quatre mille cinq cents livres ; de plus des meubles, livres, vieux ornements, etc., qui nous ont été très-utiles.

Le R. P. Vautier, procureur de la Compagnie de Jésus en France, nous envoya Cinq mille quatre cents livres ; la famille Le Maire, pa- FFF

côté, était plus gênante et plus pénible. Maïs ces vingthuit religieuses, obligées de s’abriter dans un local de trente pieds sur vingt, se montreront dignes de leurs dévancières ; elles aussi trouveront le secret d'y vivre ‘ d’une manière strictement conforme aux saints canons de l'Eglise et aux Constitutions de notre ordre.”

Ne pouvant exercer les fonctions de l’Institut faute d'espace, elles employèrent ce premier hiver à se faire du linge, des toiles qu'elles avaient reçues en aumônes ; elles firent aussi pour environ cent écus d'ouvrages pour les personnes du dehors.

Par un acte capitulaire en date du 6 février 1687, les Ursulines avaient entièrement remis au jugement de M. des Maizerets, leur Supérieur, des RR. PP. Jésuites, et de M. Soumande, Chanoïine de l’Evèêché, les décisions à prendre par rapport à leur rétablissement. Dans une assemblée tenue au Collége des Révérends Pères le 8 mars, il fut résolu que le bâtiment neuf (aile de la Ste.

Famille), serait continué comme on l'avait commencé, seulement qu’on l’allongerait du côté du sud-ouest de manière à ce qu’il joïgnit l’ancien bâtiment. L’angle formé par ce prolongement constituerait la cuisine, qui serait séparée du corps de logis par un mur de refan s’élevant jusqu'au toit, afin de prévenir les accidents. L'ancien bâtiment devait se refaire sur les

rents de la Mère Marie des Anges, nous fit parvenir le montant de sept cents livres, et Mme. du Tronchay notre fidèle amie, quatre cents livres, tant en espèces qu’en effets."

Ailleurs : ‘Nous reçûmes sur le pays cette année après notre accident, pour la somme de dix mille francs, tant en argent qu’en bons effets.”

Plus loin, les Annales mentionnent encore avec un grand sentiment de reconnaissance, que ‘‘ trois ans durant les Messieurs du Séminaire dirent la messe gratis, et remirent les dîmes.’

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mêmes fondements. Les choses ainsi arrêtées on se mit à l’œuvre avec ardeur.

Mais il tardait aux Ursulines de reprendre leurs principales et plus chères fonctions ; aussi ‘dès le printemps, l’on fit construire entre notre habitation et le frêne, une allée de pieux en coulisse avec une couverture pour faire des classes, et les externes s’y rassemblèrent aussitôt au nombre de cinquante à soixante.”

Les Ursulines jouissaient de. cette amélioration, elles s’en trouvaient mêmes heureuses, quand un accident vint rendre leur situation plus pénible que jamais. La rougeole qui s'était répandue dans la ville, leur fut communiquée par les élèves qui fréquentaient les classes externes. ‘ Vers le 14 juillet les maîtresses en étant prises ainsi que plusieurs autres religieuses, on reconnut que le mal était communicatif et l’on chercha les moyens de séparer les malades. Mais comme l'on était d’ailleurs fort à l’étroit, n’ayant pour tout logement qu’un très-petit bâtiment, on fut contraint de dresser des couchettes dans notre buanderie pour y mettre les malades, et elles n’y manquèrent pas d’incommodités, quoique l’on en prît tout le soin possible. Ce lieu fut habité jusqu’à la fin d'août, que la plus grande partie de la Communauté ayant été malade et revenant en convalescence, chacune reprit sa pauvre cabane, qui lui servait de lit, de table et de chambre.”

Quelques jours plus tard, (au commencement de septembre), la buanderie se changeait de nouveau en infirmerie ; la Mère Cécile de Ste. Croix, une des trois fondatrices, devait comme la Mère St. Joseph, mourir au milieu des incommodités inconcevables occasionnées par un incendie. Cette vénérable religieuse aux prises avec une fièvre mortelle, fut transportée dans le pauvre

logis où deux de ses sœurs la veillèrent jusqu’au 25 de

septembre, jour heureux où le Seigneur couronna les longs travaux de cette digne missionnaire. Dans quelle situation se trouvaient alors nos pauvres Mères ! Mais il fallait dévorer ces angoisses, et regarder le ciel en attendant des jours meilleurs... Pour se faire une idée de ce qu’elles eurent à souffrir en cette triste circonstance, il n’y a qu’à lire les lignes qui suivent : ‘“ Le corps de notre chère défunte n'ayant pu entrer dans notre chœur, il demeura dans un petit porche à l’entrée de l’église (1) pendant tout le service : car nous récitâmes l'office, et aussitôt après la grand'messe nous transportâmes le corps dans les masures du chœur brûlé, où l’on avait creusé sa fosse près de celle qui l'avait précédée. Il pleuvait à verse en sorte que nous étions mouillées jusqu'aux os. Nous pouvons bien nous souvenir de cette cérémonie, n’en ayant jamais fait de si lugubre eu égard à toutes ces circonstances. Cette chère Mère était âgée de soixante et dix-huit ans, dont elle avait passé quarante-huit en notre Communauté, dans une pratique générale de toutes les vertus, surtout du silence et de la vie cachée. C'était un pilier d’observance et de régularité. Elle fuyait les emplois honorables, n'ayant point de plus grande croix que lorsqu'elle y était employée, comme lorsqu'on la mettait assistante ou maîtresse des novices, offices dont elle était cependant très-capable. Entre les exercices de notre saint Institut pour lequel elle avait un grand” zèle, les classes des externes l’emportaïent dans son affection, surtout les plus pauvres dont elle faisait ses chères délices : en un mot, c'était une véritable Ursuline.”?

Cependant les bâtisses progressaient rapidement. Le 19 juillet, la première pierre de la nouvelle cuisine

(1) Nous dirons dans l’article suivant ce qu’était cette église.

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avait été posée par une demoiselle du pensionnat, fille du marquis de Denonville gouverneur de la colonie, tandis que l'aile de la Ste. Famille, sous la direction du KR. P. Rafeix, se disposait à recevoir des pensionnaires ce même automne. Quelle consolante perspective pour ces dignes filles d'Ursule, qui comptaient non-seulement les mois, mais encore les jours, dans l’attente de cet heureux moment! ‘ Ce fut le 9 novembre, disent-elles, douze mois et dix-neuf jours après notre accident, que nous reçûmes nos pensionnaires ; on leur avait préparé une belle salle de quarante pieds dans l'étage d’en bas où elles passèrent l'hiver.” Cet hiver s’employa donc aux exercices de zèle propres aux Ursulines, et en perspective de sortir, au printemps suivant, de l’extrême misère où l’on était réduites.

63.—UN NOUVEAU BETHLÉEM—BEAUX MOYENS DE SE SANCTIFIER DANS LES ÉPREUVES,

Les huit Ursulines restées dans la maison de Mme. de la Peltrie, avaient eu la consolation de pouvoir entendre journellement la sainte messe, dans une chapelle dressée dans leur petite demeure ; mais quand les vingt-huit religieuses s’y furent réunies, la chose n’était plus praticable, et nos lectrices ne seront pas peu surprises, quand elles sauront qu’il n’y eut pas d'autre alternative que d’arproprier le mieux possible, un très-petit bâtiment qui avait autrefois servi d'étable. ‘Ce fut là que Notre-Seigneur voulut renouveler le mystère de la nativité, prenant tous les jours une nouvelle naissance au St. Sacrement, dans un pauvre lieu qui avait servi d’étable, et qui pour lors devint chapelle et chœur, et le fut pendant plus de dix-huit mois.”

Ce misérable réduit, qui présentait tant de ressemblance avec l’étable de Bethléem, servit deux fois à la célébration des fêtes de Noël. Au mois de février qui suivit l'incendie, on y fit la touchante cérémonie d’une profession religieuse ; c'était celle de la Mère Ju-

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chereau des Séraphins qui dut avec parfaite connaissance de cause prononcer ces paroles solennelles: “Je voue pauvreté, chasteté, obéissance.”” Bientôt après il fallut une salle de catéchisme pour les instructions préparatoires à la première communion ; il ne s’en trouva pas d'autre que le pauvre petit chœur, et c’est là qu’au printemps, on distribua pour la première fois le Pain des Anges, à bon nombre de jeunes filles de cette ville qui avaient été disposées à cette grande action par nos Mères. Un peu plus tard, ces ferventes épouses de Jésus-Christ y faisaient la rénovation solennelle des vœux, par lesquels elles s'engagent à imiter l’humble obéissance et l’étroite pauvreté du Sauveur.

Au mois de septembre suivant, c'était un événement douloureux qui réunissait la famille des Ursulines dans leur humble sanctuaire. Il s'agissait d’une Mère vénérée et bien chère qui avait survécu plus de seize ans aux premières Fondatrices, mais qui venait d’être appelée à partager leur récompense ; sa vie s'était éteinte au milieu du plus grand dénûment, et après sa mort on n'aura pas même où déposer son cercueil en attendant la sépulture. Mais quelle charité a veillé autour de son lit de douleur, et quelles prières ferventes l’accompagnent à sa dernière demeure

Mentionnons encore une cérémonie qui se fit dans ce nouveau Bethléem, en faveur d'une jeune fille de dix-neuf ans, qui demandait depuis cinq années entières le privilége de païtager les humbles travaux d’une Ursuline converse. Le 18 octobre 1688, Gen. Gravel préludait à ses vœux par sa prise d’habit sous le nom de Sr. Marie de la Visitation. La ferveur de sa première consécration ne souffrit jamais d'atteinte, et elle fut jusqu’à la mort “ zélée pour le bien commun, désireuse de sa perfection, très-exacte à l’obéissance et amie de l'humilité.”

Il ne faut pas sortir de cette étable bénie sans noter que nos Mères y firent plusieurs fois les prières des quarante-heures, songeant sans doute que le Dieu caché qui avait appelé les bergers à l'adorer dans sa crèche, aimerait aussi dans ce Bethléem du cloître, à se voir entouré d’humbles adoratrices heureuses de l’imiter dans sa pauvreté.

A la suite de ces souvenirs de l'incendie de 1686, nous trou-

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HISTOIRE DU MONASTÈRE. 447 vons un mot qui nous révèle complètement les admirables dispositions des Ursulines à cette époque d'épreuve et de souffrance.

‘“ Pendant cette année, pour seconder les desseins de la Providence sur nous, chacune s’appliqua à faire progrès dans la vertu, par des exercices publics de pénitence et de piété. Il so faisait tous les jours des prières générales et particulières, tant pour remercier Dieu du secours qu’il nous donnait que pour implorer sa protection sur nos bienfaiteurs et bionfaitrices. Entr’autres dévotions, nous dîmes tous les jours les litanies des Saints avec les suffrages comme aux Rogations. Mais le 20 octobre 1687, jour anniversaire de l'incendie, il y eut une sainte émulation pour redoubler de ferveur; et ce jour se passa dans une dévotion extraordinaire. Dès la veille, chacune s’y était préparée par des exercices particuliers de pénitence, et le matin du 20 octobre la communion fut générale. L’après-midi nous fimes une procession autour de nos mâsures, chantant les litanies de la très-sainte Vierge, notre bonne Mère et Protectrice.

‘ Nous n'avons pas été confondues dans nos espérances, car jusqu'ici, cette Mère de bonté a tellement pourvu à nos besoins que, dans nos plus grandes disettes, le nécessaire ne nous a jamais manqué.”

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