LA NOVICE DE
Il tarde sans doute à nos lectrices de connaître plus particulièrement, cette aimable et courageuse demoiselle qui ne voulut jamais abandonner nos Mères au milieu de leurs plus grandes épreuves. Nous allons en dire quelques mots avant de sortir de l’humble et pauvre Monastère. |
Mile. Jacqueline Juchereau de St. Denis était fille d’un des plus braves défenseurs (1) qu’ait eus ce pays, et petite-fille du
(1) Le vaillant Nicolas Juchereau de St. Denis, à la tête d’une petite troupe de Canadiens, au nombre desquels figuraient quarante élèves du séminaire de Québec, repoussa avec vigueur un détachement de quinze cents hommes qui avaient tenté une descente à Beauport, le septième jour du siége de 1690. Cet acte de vaillance détermina, comme on le sait, le départ précipité de la flotte anglaise.
Sieur Juchereau de More, vieux conseiller de Québec, qui décéda à l’âge d’à-peu-près quatre-vingt-dix ans. Sa mère, Mme. Marie- Thérèse Giffart, était fille de Robert Giffart, ‘ chirurgien du roi en la Nouvelle-France et premier Seigneur de Beauport.”
Mlle. Jacqueline J, de St. Denis, connue au Monastère sous le nom de Marie des Séraphins, nous est représentée dans nos ‘“ Mémoires,” comme une de ces intelligences rares et précoces, dont la force morale dépasse de beaucoup les années. Douée d’une sensibilité exquise et d’une vivacité d'esprit extraordinaire, la jeune Jacqueline comprit de bonne heure qu’une vie solidement vertueuse peut seule satisfaire l'âme, et que la femme chrétienne, quels que soient son rang et sa fortune, doit mener sur la terre une vie de souffrance et de sacrifice. Ne voulant pas disputer à Dieu l'empire d’un cœur formé entièrement pour lui, elle s’arma d’un grand courage pour assujettir sa nature ardente aux opérations de la grâce. Placée au pensionnat pour son éducation, elle put y faire une juste appréciation des avantages que l’on trouve dans le cloître, pour l'acquisition des vertus dont la pratique est si difficile dans le monde,
Mile. Juchereau fut élevée sous les yeux d’une mère chrétienne qui lui donnait l'exemple de toutes les vertus ; elle aspira, néanmoins, à une perfection plus haute que celle que l’on peut acquérir au milieu des jouissances intimes de la vie de famille, et des embarras réels qui en sont toujours l'apanage. Admise au noviciat à l’âge de seize ans, ses premiers pas dans la religion firent juger de la perfection qu’elle atteindrait dans la suite ; car c'était sur une humilité vraie et solide qu’elle cherchait à fonder l'édifice de sa vertu.
A l’époque de l'incendie, il y avait'près de deux ans que sœur Marie des Séraphins portait l’habit de l’ordre, mais n'étant pas liée à la religion par l’émission solennelle des vœux, elle n’était nullement obligée de partager les privations de tout genre qui furent, pour la Communauté, la suite nécessaire de cette cruelle épreuve. Sa famille le comprit et fit beaucoup d’instances pour la ramener à Beauport, au moins jusqu’au rétablissement du Monastère. Ce fut alors qu'il se livra entre le père et la fille un combat digne
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d'admiration ; celui-là faisant valoir les droits de la nature, celleci plaidant pour les exigences divines de lagrûce. Enfin la grâce l'emporta ; ce bon père, considérant qu’une absence tant soit peu prolongée hors du cloître, retarderait de beaucoup la consécration de sa fille au Seigneur, lui accorda la permission de rester au milieu de ses chères Ursulines. Mlle. Jacqueline Juchereau accompagna donc nos bonnes Mères à l'Hôtel-Dieu, revint avec elles dans la maison de Mme. de la Peltrie, ct y vécut comme elles d’aumôhes et du travail de ses mains, durant l'hiver de 1687.
Cette fervente novice fit sa profession religieuse dans l’humble chapelle le 5 février, avec une joie intérieure qui rayonnait dans tous ses traits, et ses progrès dans la vertu furent parfaitement en rapport avec ces heureux commencements. Toujours contente des autres, elle trouvait une satisfaction réelle à rendre service, et son unique ambition était de travailler sans relâche à la gloire de Dieu.
Sœur Marie des Séraphins fuyait les honneurs autant qu’on les recherche d'ordinaire dans le monde, et elle redoutait toute espèce de distinction. Son zèle pour l'instruction de la jeunesse était sans bornes, et pendant les longues années qu’elle a été maîtresse générale des classes ou institutrice particulière, si l’on put distinguer en elle quelque sentiment de prédilection pour les unes plutôt que pour les autres, son bon cœur se trahissait toujours envers les élèves les plus pauvres et les moins favorisées de la nature.
La Mère Marie des Séraphins a aussi servi la Communauté en qualité de dépositaire et de première portière, offices pénibles où cependant sa patience admirable ne se démentit jamais. Ayant ainsi travaillé jusqu’à l’âge de cinquante-trois ans, elle se vit attaquée d’une fièvre ardente, accompagnée d’un point de côté si violent, qu’elle fut réduite à la mort dans l’espace de cinq jours. Reäoublant alors de ferveur et brûlant du désir de posséder son Dieu, elle fit, dit sa notice, “ des actes héroïques,” s’abandonnant de tout cœur à Celui qu’elle avait aimé dès les premiers jours de son enfance. Comme elle avait conservé le parfait usage de son jugement, elle passa les derniers jours de sa vie à former des actes d'amour divin, et c’est ainsi qu’elle s'endormit dans la paix du
Seigneur, le 21 avril 1722.
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