FONDATION DES URSULINES D£ TROIS-RIVIÈRES
Dans l’automne de l’année 1697, Mgr. de St. Vallier, quoique épuisé de fatigue et accablé d’affaires, songen sérieusement à la fondation qu’il avait depuis longtemps projetée, d’un couvent d’Ursulines dans la ville de Trois-Rivières. Avant son départ pour l’Europe, il avait donné sa parole aux principaux habitants de ce lieu, qu'il ne cèderait à personne son droit de fondateur, et qu'il doterait lui-même le futur établissement pour l'éducation de la jeunesse. Cependant, comme il y avait aussi grand besoin d’un hôpital, ce bon Prélat, sachant que la ville n’offrait pas assez de ressources pour l'entretien de deux institutions publiques, délibéra sérieusement sur ce qu’il y avait de mieux à faire. Il se décida enfin pour la réunion des deux instituts
d'Hospitalières et d’Ursulines, et le succès de cette entreprise justifia pleinement dans la suite la sagesse de ses mesures,
Le 10 septembre il vint traiter de cette affaire avec la Communauté, offrant de payer six cents livres de rente annuelle pour fonder l'entretien de six lits à l'hôpital. De plus il proposait de faire lui-même l'acquisition de la plus belle maïson qu’il y eût alors à Trois-Rivières. Située au bord du grand fleuve et entourée de jardins, cette maison bâtie pour servir de résidence au gouverneur, offrait l'aspect le plus agréable; les jeunes élèves y pouvant jouir de la vue du St. Laurent et du paysage charmant de la rive opposée, tandis que la ‘brise caressante”’ y viendrait rafraîchir journellement le front douloureux des pauvres malades.
Notre Communauté de Québec ayant élu pour supérieure du nouveau Couvent la Mère Marie Drouet do Jésus, Monseigneur confirma avec plaisir cette élection et fit lui-même choix de la Mère Marie Le Vaillant de Ste. Cécile pour assistante, et de Sr. Franc. Gravel de Ste. Anne, religieuse converse. Ayant jugé nécessaire que la Mère Supérieure de notre Monastère de Québec, accompagnée des sœurs destinées à la fondation, fît le voyage de Trois-Rivières pour visiter la maison avant de passer le contrat d'acquisition, il pria M. Rigaud de Vaudreuil de leur servir de conducteur. Le 8 octobre, elles s’embarquèrent avec lui et M. de Montigny, bachelier de Sorbonne et supérieur du Monastère, et après une heureuse navigation, ils arrivèrent dans la nuit du 10. La maison fut trouvée très-convenable et le contrat d'achat fut immédiatement signé. On convint de partager les appartements entre la famille du gouverneur et les religieuses, M. de Vaudreuil ne pouvant changer de résidence avant le printemps suivant.
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Les arrangements faits, la Mère Marie des Anges fit ses adieux aux trois courageuses fondatrices, leur promettant qu’elles verraient bientôt les autres sœurs qui devaient leur être adjointes.
La Mère des Anges ne fut pas plus tôt de retour que Monseigneur vint passer le contrat de fondation, par lequel notre Communauté s’engageait à laisser, aux religieuses venues de France, la jouissance de leurs rentes viagères, et à assurer aux professes canadiennes une pension annuelle de cent livres, outre linge, habits, livres, meubles, etc. Monseigneur eut encore la générosité d’insister sur son droit de fondateur, pour meubler la salle des malades. Tout étant ainsi réglé, le 23 octohre fut fixé pour le départ des trois religieuses choisies pour aller rejoindre et assister les trois premières fondatrices ; mais avant de partir elles durent faire des visites ‘ d'adieux”” dont les détails sont assez curieux pour intéresser nos lectrices.
“ Monseigneur, dit le vieux récit, nous ayant averties qu’il était de convenance que nos jeunes sœurs fissent leurs ‘ adieux ” aux chefs civils et militaires, ainsi qu'aux institutions de la ville, on se rendit à ses désirs le 22 octobre, veille du départ. La toilette des épouses du Seigneur n'étant pas longue, lon entra de bonne heure dans le carrosse d’une amie du Monastère, et la Mère Marie des Anges supérieure, accompagnée de la sœur Marie-Madeleine Amiot de la Conception, de sœur Marie M. Drouard de St, Michel et de sœur Louise de Lanaudière de Ste. Catherine, avec M. de Montigny, se rendit d’abord au château St. Tiouis. Ayant salué le Comte de Frontenac et répondu à ses ccinnliments d’adieux, elles visitèrent la maison des RR. PP. Récollets. Ensuite elles se dirigèrent vers l'évêché, où Mgr. de St. Vallier leur fit, à son ordinaire, l'accueil le plus affectueux, et les conduisit lui-même au séminaire, pour rendre leurs hommages à Mgr. de Laval. Notre
vénérable évêque et toute sa maison furent ravis de les voir, et elles reçurent en cette occasion, de la part des messieurs du sémi- NNN
naire, tous les témoignages de la charité la plus cordiale. En sortant du séminaire, M. de Montigny les conduisit au Collége des RR. PP. Jésuites, où elles furent reçues et traitées avec des bontés plus que paternelles, et après y avoir fait la collation, elles prirent congé de nos Pères pour se rendre à l'Hôtel-Dieu.
“Là, encore, on les accucillit avec la cordialité ordinaire ; mais bientôt il leur fallut quitter ces chères amies pour se rendre au palais de l’Intendant, où M. et Mme. de Champigny les comblèrent d’honnêtetés.”
Nos visiteuses se rendirent ensuite à l'Hôpital-Général, où on les attendait avec empre.sement. Que de choses encourageantes ces pieuses Mères n’avaient-elles pas à dire à nos jeunes professes, qui allaient aussi essayer de la vie si laborieuse et si belle d’hospitalières des pauvres !
Le lendemain matin à sept heures, le R. P. Germain vint chercher les jeunes fondatrices, et comme on craignait de trop s’attendrir de part et d'autre, elles sortirent sans faire d’adieux. En passant par l'évêché, elles descendirent de voiture pour aller recevoir la bénédiction de Monseigneur, puis se rendirent à la Basse- Ville où elles s’embarquèrent pour Trois-Rivières.
Après le départ de ces chères sœurs, il y eut de grandes réclamations de la part des parents ; Mme. Drouard souffrait pourtant assez généreusement l'absence de sa fille, mais Mme, Amiot conjurait sans cesse Mgr. de St. Vallier de ramener la sienne, Enfin, le Prélat céda à ses instances, et, l’année suivunte, comme il devait faire lui-même le voyage de Trois-Rivières au mois de septembre, il vint avertir la Mère Ste. Agnès de se tenir prête à conduire à la nouvelle fondation, la jeune sœur choisie pour remplacer Mlle. Amiot. La Mère Ste. Agnès et sa compagne eurent bientôt le plaisir d'assister à la profession de trois novices : c'était sœur Marguerite Cressé de St. Joseph, sœur Josephte Jutras de St. Augustin et sœur Françoise Hertel de St. Exupère. Cette dernière vint plus tard 8e réunir à notre Communauté de Québec, où elle a vécu dans la pratique de toutes les vertus religieuses jusqu’à l’âge avancé de quatre-vingt-dix ans; nous en parlerons ailleurs.
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Tel fut l’humble commencement d’une maison qui compte au jourd’hui quarante-neuf religieuses professes et dix novices, et dont le florissant pensionnat a fait depuis cent soixante-quatre ans, la joie et l'honneur de la ville et de tout le district de Trois Rivières.
Prévoyant sans doute le succès qui devait couronner son œuvre, Mgr. de St. Vallier n’omit rien de ce qu’il crut devoir en assurer la stabilité. Il y consacrait tous ses bénéfices et ses épargnes, et, comme l'argent était alors chose fort rare dans la colonie, les sacrifices pécuniaires que le digne évêque s’imposait (1), tant pour
‘ l'Hôpital-Général de Québec, que pour les Ursulines de Trois-Ri-
vières, ont assurément un double prix et méritent une reconnaissance éternelle.
Pendant son séjour en France en l’année 1702, le zélé prélat obtint de Louis XIV, des lettres patentes pour l'hôpital des Ursulines ; le roi y rend un bel hommage à ces dignes religieuses ‘‘ qui y soignent les malades, dit-il, avec une charité parfaite.”
À son retour d'Europe, Mgr. de St. Vallier rendit visite aux Ursulines de Trois-Rivières, et leur témoigna le désir de leur faire prendre des leçons sur l’art de composer les remèdes, ete. Les religieuses étant pleinement entrées dans les vues de leur évêque, il fut conclu que la Mère Marguerite Cressé de St. Joseph irait faire cette étude à l'Hôtel-Dieu de Québec. Elle y vint effectivement, au printemps de l’année 1714, et elle profita si bien de l’expérience de ces anciennes Hospitalières, qu’elle fut bientôt en état d'enseigner aux autres tous les secrets de l’art d’apothicairesse. Pendant le séjour d'un mois qu’elle y fit, la Mère St, Joseph, qui
() Voici un billet qu'il écrivait à nos bonnes Mères à ce sujet, 4 Nous recognaissons que nos chères filles les Ursulines de Québec, nous ont fait remettre les quatre cents francs de la fondation de Mme. de la Peltrie, pour leurs messes, que nous avons fait dire aux intentions portées par la dite fondation pour l’année 1599, échue au mois d'octobre, lesquels quatre cents francs nous avons appliqués à leurs sœurs des Trois-Rivières pour leur aider à s'établir. Fait à Québec ce 4 may 1700.
(Signé.) ( JEAN, Evêque de Québec.’
avait un rare talent pour la broderie, enseigna aux Hospitalières à broder en or et sur écorce; ainsi les profits furent réciproques entre les Ursulines et les Hospitalières.
67.—LE R. P. GERMAIN—MORT DE FRONTENAC—ENCORE UN MOT DES è SAUVAGES,
Au départ du R. P. Beschefer les fonctions de chapelain furent remplies par le R. P. Germain, qui hérita du zèle de son prédécesseur pour la perfection de la Communauté dont le ciel lui avait confié la direction. En 1698, Mgr. de St. Vallier le remplaça par M. Dubord prêtre du séminaire. Ce digne et vertueux prêtre étant mort trois mois après, le Père Germain redevint directeur ordinaire de la Communauté.
& Cette même année (1698), dit le récit, le 28 novembre, M. le Comte de Frontenac décéda sur les trois heures après midi, muni de tous les sacrements, et dans des sentiments très-chrétiens, ayant eu l'esprit présent et le jugement sain jusqu’à la mort. Il a été regretté universellement de tout le pays, les habitants le regardant comme leur père : aussi, pendant les dix-neuf années qu'il a gouverné, il a toujours été leur protecteur (1). Quant à nous, il s'est montré en maintes circonstances plein d'estime pour notre Communauté, assistant à presque toutes nos cérémonies de
(1) M. de Frontenac avait toutes les qualités désirables à peu de chose près, même de la piété puisqu'il faisait une retraite tous les ans. Un seul défaut, l’attache sans bornes à sa manière de voir et à sa volonté, l’a entraîné dans des excès pitoyables, surtout à l'occasion de la traite de l'eau-de-vie. Ce défaut le rendait insupportable aux conseillers et autres personnages d'importance, tandis qu’avec ses inférieurs, personne n’était plus aimable que M. le comte de Frontenac. Il faut dire qu’un ancien militaire, accoutumé à commander et à se voir obéi sur le champ, était peu fait pour la discussion des affaires civiles. Il ne paraît pas avoir beaucoup joui des douceurs de la vie de famille.
La comtesse de Frontenac, qu’on appelait la divine?” à cause de son esprit, était de la famille de Lagrange-Trianon, et elle faisait
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