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Peu de temps après cette élection, il fut jugé nécessaire que les nouvelles officières allassent visiter notre terre à la petite rivière. Au jour convenu, elles se lèvent donc à deux heures du matin, afin de s'acquitter de leurs dévotions avant de se mettre en route, et à trois heures, le R. P. Vaillant, leur conducteur, se rendait à la chapelle pour y dire sa messe. Nos voyageuses ayant fait leurs derniers préparatifs pour cette tournée champêtre, montaient vers quatre heures sur la grande charrette qui devait leur servir de carrosse. Elles se rendirent d’abord à notre métairie de St. Joseph (1), afin d'y visiter les grains. Ayant ensuite continué leur route le long de la côte, elles arrivèrent bientôt en vue de l'Hôpital- Général (2), où étant reconnues, elles reçurent un exprès des aimables Hospitalières qui les suppliaient d'entrer chez elles. Se voyant pressées avec tant d'amitié, nos bonnes Mères se trouvèrent un peu embarrassées, n’ayant pas demandé la permission de s'arrêter ailleurs que sur leurs terres. Les Mères Hospitalières ne répondirent rien ; mais bientôt leur courrier revint de l’Evêché portant l'autorisation par écrit, non-seulement de leur faire voir tout l'Hôpital,
(1) Cette ferme se trouvait dans cette partie de la ville qu’on nomme aujourd'hui le quartier St. Jean, elle occupait l'emplacement actuel de la propriété Tourangeau,
(2) Toutes nos lectrices savent que nos estimables Hospitalières de Québec remontent, par leur maison-mère de Dieppe, à la belle et féconde époque de St. Louis.
L'œuvre des deux Communautés, quoique en faveur de l'humanité souffrante, n’est pas absolument la même, puisque l'Hôtel-Dieu accueille et soigne des malades passagers, tandis que l’Hôpital-Général est destiné à prendre soin d’un nombre déterminé de pauvres infirmes.
Après avoir exercé une varièté de bonnes œuvres, l'Hôpital-Général de Québec ouvrit en 1725 un pensionnat, où l’on a donné depuis à de nombreuses élèves l'éducation la plus soignée.
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mais aussi de les amener aux Ilets, très-belle terre que Monseigneur leur avait donnée.
Nos Ursulines qui avaient continué leur route vers la cédrière, se virent bientôt poursuivies par l’exprès chargé de les prévenir qu’il n’y avait plus d’excuses, et que les Mères de l'Hôpital les attendaient sans faute au retour. Non contentes de toutes ces honnétetés, ces dernières se mirent en sentinelles autour deleur maison, afin de guetter les Ursulines au passage. Nos voyageuses ne tardèrent pas à reparaître, et quelques instants après elles mettaient joyeusement pied à terre dans l’enclos du Monastère. Un excellent dîner les y attendait, et bien qu'elles eussent déjà fait sur leurs terres un léger repas à l’ombre des sapins et des cèdres, il leur restait encore assez d’appétit pour faire honneur à la table de leurs hôtesses. On les mena ensuite au bord de l’eau où se trouvait un petit bateau prêt à faire voile pour les Ilets. Il serait difficile de dire les jouissances de cette agréable excursion.
De retour à l'Hôpital vers cinq heures, on leur fit visiter tous les appartements du Monastère ainsi que la salle des pauvres. On leur servit ensuite la collation, et ce ne fut que fort tard qu’elles purent prendre congé de ces amies si bonnes et si aimables.
Cependant il était huit heures du soir, et celles de nos jeunes sœurs qui avaient les meilleurs yeux, guettaient encore des fenêtres du Monastère, le moment où elles apercevraient le modeste équipage de nos voyageuses. Enfin la charrette parut, longeant lentement le penchant de la côte d'Abraham. Elles avaient dirigé leur course à travers les champs comme au matin, et, sous la conduite de leur charitable guide et escortées de trois domestiques, elles furent bientôt à la porte du Monastère.
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Lettre de la Mère Marie Le Maire des Anges au R. P. Lamberville.
La Mère des Anges, comme nous l'avons vu, avait été mise à la tête de la maïson de Trois-Rivières, après avoir gouverné pendant près de six ans notre Communauté. Elle nous donne dans la lettre suivante quelqu’idée du caractère de la Mère Ste. Agnès, la nouvelle supérieure, et laisse aussi entrevoir les difficultés de l’éoque.
‘ Mon Révérend Père,
“ J'ai reçu a lettre dont il vous a plu m’honorer aux Trois- Rivières où je suis depuis le mois de mai, un mois avant le terme de mes six années de charge. Monseigneur était bien aise que la Mère Marie Drouet de Jésus fût à Québec avant l'élection, la croyant capable plus qu'aucune autre de cet emploi. Il ya eu néanmoins une grande liberté des suffrages, qui sont tombés sur la Mère Anne Bourdon de Ste. Agnès, sœur de feu M. de Dombourg; elle est la première supérieure canadienne qui aura tenu ‘le timon des affaires ” dans notre maison de Québec. Je prie Notre-Seigneur que son règne soit paisible; son esprit et son humeur le sont beaucoup. Je lui ai envoyé la lettre de Votre Révérence afin qu'elle voie l’état des affaires de la maison. C’est une Providence bien grande que l'argent qu'elles ont reçu de ce fermier, sans quoi vous auriez bien de la peime, rc Révérend Père, à payer les lettres de change, Je vou: assure que les supérieures ont bien de la peine, car les dépenses sont grandes dans notre maison de Québec.
‘“ Nous n’en sommes pas encore Îà à présent dans notre ucu velle fondation ; reste à savoir si elle subsistera ou non ; je vois des orages et des tempêtes qui s'élèvent et qui la menacent de ruine, Je tâcherai de ne point perdre ma paix et mon repos, sachant bien que Dieu commande À tout. Quoiqu’on me blime de cette entreprise, je ne puis m'en repentir, après les marques que j'ai eu de la volonté de Dieu; si je me suis trompée, :e
n’a été qu’à la suite de plusieurs personnes plus éclairées que moi, de divers états, ainsi j'en verrai la destruction, au cas que Notre- Seigneur le permette, d'aussi bon œil que j'en verrais l’affermissement, car je ne désire que l’accomplissement de la volonté de Dieu. Comme Monseigneur passe en France, il verra ce qu’il y a à faire pour toutes ces ferventes Ursulines qui demandent à venir ici, il y en a deux de Metz en Lorraine, filles de distinction qui auraient cinquante écus de pension, et qui défraicraient leur voyage ; une à Caën et deux autres à Magny.
“J'ai envoyé deux lettres de change au R. P. Vaillant, l’une de deux cents livres de France, prise sur einquante écus de ma pension, et quarante livres des Ursulines de Dijon et neuf des Mères de Chaumont. L'autre billet est de quatre-vingts livres sur les quatre-vingt dix-huit que Mme. de Barbesieux a données pour trois petites sauvagesses que nous avons prises ici. Ainsi, mon Rév. Père, nous tâcherons de suivre le zèle que feu la Mère Ste. Cécile avait pour le salut de ces âmes, qui ont autant coûté au fils de Dieu que les autres ; comme nous avons assez près d’ici la mission du R. P. Bigot, nous en pourrons prendre de chez lui.
“ Nous commençons le soin des malades par six lits que M. l’Intendant (M. de Champigny) donne pour les soldats ; nous pourrons en augmenter le nombre quand Monseigneur sera en état d'achever sa fondation. Nous sommes onze religieuses ici ; quatre professes de Québec, quatre de la maison, et trois novices, qui ne “ passeront pas outre” sans qu'on ait plus d'assurance touchant l'avenir de la maison. Je vous demande en grâce, mon Révérend Père, la continuation de vos bontés, la participation de vos saints sacrifices et la faveur de me croire, avec tout le respect possible, ete.
“Sœur MARIE DES ANGES.
“ Du Couvent des Ursulines des Trois-Rivières, 7 octobre 1700.”
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