‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 180 sur 199 · DERNIER COUP-D'ŒIL À L'INTÉRIEUR DU CLOÎTRE · texte numérisé non relu

DERNIER COUP-D'ŒIL À L'INTÉRIEUR DU CLOÎTRE

Au ler août de l’année 1700, le Monastère des Ursulines de Québec comptait donc soixante et une années depuis sa fondation. Si nos lectrices veulent bien se rappeler les différentes phases par lesquelles il a passé dans cet intervalle, elles conviendront facilement avec nous qu'il a subi sa bonne part d'épreuves, et qu'il doit avoir assez profondément creusé les fondements de sa prospérité future.

Avant de fermer ce livre, jetons un dernier regard sur l’ensemble de ce Monastère deux fois restauré par Marie. Voici, pour l'extérieur, le principal corps-de-logis, solidement assis sur sa verdoyante colline ; à droite et à gauche, deux aîles de soixante pieds, encore trop étroites pour la famille du cloître qui s’augmente tous les jours. De spacieux parterres et cours, où se dressent fièrement, ci et là, plusieurs des arbres séculaires de l'antique forêt, sont animés par de bruyants groupes de jeunes filles. En face du principal bâtiment se voit la petite maison de Mme. de la Peltrie, déjà cédée en entier aux nombreuses élèves qui fréquen. tent les classes externes. L'église, faute de ressources, n’est pas encore sortie de ses ruines, mais la bonne Providence ce fonds inépuisable de nos Mères, pourvoira bientôt à l'érection d'un nouveau sanctuaire.

Munies de toutes nos permissions, nous introduirons maintenant nos lectrices à l’intérieur du Monastère, pour renouveler connaissance avec les bonnes Mères de la fin du dix-septième siècle,

À la salle de Communauté, qui occupait alors comme aujourd'hui le centre de l’aîle de la Ste. Famille, figure d’abord comme supérieure la Rév. Mère Anne Bourdon de Ste. Agnès. Son conseil se compose de la Mère Marie Drouct de Jésus, assistante ; la Mère Catherine Pinguct de l'Incarnation, zélatrice ; la Mère Angélique Poisson de St. Jean l'Evangéliste, dépositaire ; la Mère Geneviève Bourdon de St. Joseph, maîtresse des novices ; la Mère Agnès Duguct de la Nativité, maîtresse-générale ; et la Mère Angélique de Lauson du St. Esprit, première portière. Vingt pro-

fesses de chœur et deux novices complètent la famille de la Communauté et du noviciat, tandis que la Mère Drouet de Jésus guide dans les voies de la sainteté huit pieuses sœurs qui, comme leur premier modèle la Sr. St. Laurent, ‘ seraient prêtes à donner toutes les couronnes de la terre si elles les avaient, pour acheter la qualité de sœur converse dans une maison de Ste. Ursule.”

Que l’on se représente encore un pensionnat de cinquante-cinq à soixante jeunes demoiselles, un nombre bien plus considérable d'élèves externes, et une classe de quinze à dix-huit séminaristes, et nous aurons une idée du personnel du Monastère en 1700. Mais l'œuvre de nos Mères n’est bonnement que commencée ; avec l'accroissement de la population du Canada au dix-huitième siècle s’accroîtra aussi leur famille, et nous aurons plus que jamais la consolation de voir accourir au Monastère des élèves de toutes les parties du pays. ;

Nous terminerons ici ce premier volume dans la douce confiance que nos lectrices y ont trouvé ce que nous leur avions promis, un livre d’édification, propre à intéresser leur piété. Il ne nous reste qu’un mot à ajouter, c’est qu’elles-mêmes veuillent bien se rappeler qu’elles sont les monuments les plus vivants que nous puissions offrir, de l'éducation religieuse et soignée que cette maison donne à la jeunesse qui lui est confiée. Si elles nous aiment, si elles s'aiment elles-mêmes, qu'elles continuent de suivre cette recommandation de l'Ecriture, qui leur a bien des fois été répétée dans cette maison par ceux qui en ont été les dignes directeurs : Cura de bono nomine.

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3 passé à travers le sang. Le généreux soldat qui meurt pour sa foi, est au- ee de tous les héros de son

® les ie nobles et les plus pures, et son sang est le glorieux trophée de notre foi.

C4 ft P à Il y a toujours eu des martyrs, et AC « Q 9 ;1 y en aura toujours. La force du s r) © martyre, qui est un don du St. Esprit, ne s’éteindra jamais ; elle a toujours brillé dans l'Eglise depuis l’exaltation de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la croix, le Roi des Martyrs ; toujours elle brillera jusqu'à la fin des siècles, comme la preuve la plus forte de l’origine céleste de la religion chrétienne.

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Les Martyrs du Canada sont de la même famille que ceux des trois premiers siècles de l'Eglise ; ce sont les pères de ceux qui arrosent et fécondent aujourd’hui de leurs sueurs et de leur sang la Chine, le Tonking et la Cochinchine. Comment s’appellent-ils, ces glorieux combattants de la foi en Canada ? Ils ont noms Daniel, Brébœuf, Lalemant, Garnier, Jogues, Vignal, Le Maistre, Clément Closse, René Goupil, Eustache Ahatsiari, Lalande, Chabanel, etc.

Le murtyre est un acte de vertu ; il rend fermes et inébranlables dans la défense de la vérité et de ‘a justice, pour la cause de Jésus-Christ, contre les assaults, les violences des persécuteurs.

Le martyre est un acte de force, par lequel est maintenu le bien de la vérité et de la justice contre Ja violence des plus grands tourments.

Le martyre, par le motif qui l’inspire, l'amour de Dieu et du prochain, est l’acte de la plus haute perfection ; St. Augustin le préfère à la virginité, parce qu'il est le témoignage le plus fort que l'homme puisse donner de son amour pour Dieu et pour ses frères.

Quand un Martyr meurt, ce n’est pas seulement pour lui qu’il souffre, c'est pour ses concitoyens. Sa mort est une garantie de la vérité qu'il prêche ; elle est la plus haute autorité qu'il puisse donner à sa parole. C'est une offrande volontaire donnée à Dieu ; c'estune expiation des péchés du peuple ; c’est un grand exemple à toutes les générations ; c’est un gage pour l’avenir. La voix du sang est la plys éloquente et la plus persuasive ; le sang des Martyrs parle hautement ct prie pour le peuple.

Aussi l'Eglise Catholique est dans la joie, lorsqu'un de ses enfants se revêt, par amour pour Jésus-Christ, de la couronne des Martyrs, de la pourpre de son sang ;

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elle considère, comme sa victoire, la victoire qu'il remporte sur ses ennemis ; elle se réjouit du sang versé : elle sait qu'il a la vertu de féconder, et qu'il ne coule jamais en vain.

L'Eglise du Canada chères lectrices, a sa liste glorieuse de Martyrs, plusieurs sont appelés à continuer dans les forêts de notre patrie le témoignage du Verbe de Dieu, envoyé pour instruire les hommes; des ou-

vriers nombreux se présentent et répondent à l’honneur de cet appel ; ils partent avec ils s'éloignent des rivages de France, ils disent ur eu éternel À leur

belle patrie, ils se hâtent de faire entendre la parole de vie aux sauvages plongés dans les ténèbres de l’infidélité. Comme les Apôtres, ils rendront témoignage, non-seulement par la confession de leur bouche, mais encore et surtout par l’effusion de leur sang.

Depuis ie septième siècle, la France a toujours marché à la tête de toutes les nations catholiques, dans la mission que Dieu leur a confiée de propager la foi. Toujours fidèle à sa mission, même aux époques les plus sombres et les plus désastreuses de son histoire, c’est elle qui a montré le plus d’attachement au Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, et après quatorze siècles, elle marche encore en reine à la tête des nations qui ont planté la foi au milieu des peuples infidèles. Dans ce glorieux apostolat, la nation française n’a jamais été surpassée.

Les lettres du roi Henri IV, datées de St. Germain en Laye, le 20 mars 1615, prouvent que les rois de France étaient jaloux de soutenir le nom de Roi Très- Chrétien. ‘Les feu Rois nos prédécesseurs, est-il dit, dans ces lettres, ayant acquis le titre et qualité de Très-Chrétien, en procurant l’exaltation de la Sainte Foi Catholique, Apostolique et Romaine et en la dé-

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