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fendant de toutes oppressions....... et soit ainsi que nous soyons remplis d’un extrême désir de nous maintenir et conserver le dit titre de Très-Chrétien, comme le plus riche fleuron de notre couronne......., voulant, non-seulement imiter en tout ce qui nous sera possible nos dits prédécesseurs, mais même les surpasser en désir d'établir la foi catholique et icelle faire annoncer, ès terres lointaines, barbares et étrangères, où le saint nom de Dieu n’est pas invoqué!”
Les pajes ne se trompaient pas lorsqu'ils saluaient avec enthousiasme les Francs, ces nouveaux enfants de l'Eglise. St. Grégoire-le-Grand disait aux fils de Brunehaut: ‘ Etre roi comme tant d’autres, n’est pas chose étrange ; maïs être roi catholique, alors que les autres sont indignes de l'être, c’est assez de grandeur. Comme brille par l'éclat de la lumière un lustre pompeux dans l'ombre d’une nuit obscure, ainsi éclate et rayonne la splendeur de votre foi à travers les ténébreuses perfidies des autres nations.” (1)
Le plus grand témoignage d’amour que Dieu, dans sa bonté infinie, puisse donner aux nations infidèles, c’est de les appeler à la connaissance de son admirable lumière. L'année 1615 fut une année de miséricorde pour le Canada, signalée par l’arrivée des premiers missionnaires Récollets, le P. Denis Jamay, nommé premier commissaire de la mission, le P. Jean Dobleau, le P. Joseph Le Caron et le Frère Pacifique du Plessis. ‘6 Ce fut, dit M. l'abbé Ferland, un beau jour pour Champlain et pour les colons réunis autour de lui, que celui où, dans la petite et pauvre chapelle de Québec, ils assistèrent pour la première fois (le 25 juin 1615) au saint sacrifice de la messe sur les bords du grand
(1) St. Grég. Lettre VIe.
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fleuve St. Laurent, inaugurant ainsi la foi catholique dans le Canada.”
Dix ans plus tard, des Jésuites vinrent en Canada pour aider les Récollets, et travailler avec eux à la conversion des sauvages : ce furent les Pères Charles Lalemant, Jean de Brébeuf, Enmond Masse et deux Frères. Les conquêtes pacifiques des âmes par ces missionnaires qui se condamnent à toutes les privations pour dissiper les ténèbres épaisses des nations sauvages, présentent non-seulement au lecteur chrétien, mais encore à tout homme réfléchi, le spectacle le plus imposant, et le plus capable de ranimer sa foi et de le consoler. A cette époque glorieuse de l’histoire de l'Eglise du Canada, il semble que l'esprit de Dieu est redescendu sur ses missionnaires. Ils voyaient devant eux des régions immenses, des forêts impénétrables, habitées par des sauvages robustes, braves dans les combats, fiers de leur liberté, capables de raisonnement et de calcul. Les enfants de Loyola, animés de l'esprit évangélique, ne reculèrent point devant cette tâche difficile ; la croix à la main, ils parcourent ces solitudes, et à leur voix, les peuples sauvages s'arrêtent, ils écoutent les missionnaires, ils croient à la parole de ceux qui ont tout quitté pour le salut de leurs âmes. Ils étendent leurs missions depuis les côtes de l’Acadie jusqu’à l'embouchure même du Mississipi ; ils font entendre la parole de Dieu sur les bords des grands lacs de l’intérieur et jusqu’au sein des villages iroquois ; de nombreuses bourgades s'élèvent à Sillery, à la Conception, à St. Jean, à St. Joseph, à St. Ignace, à St. Mathias, à Ste. Marie, à St. François-Xavier, et ces hommes barbares courbent leurs têtes orgueilleuses devant la croix de Jésus-Christ, ils demandent le baptême ; leur instinct féroce s’efface, de généreuses pen-
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sées germent dans leurs cœurs, et leur ferveur consolait et réjouissait les missionnaires. ‘Ce sont là des biens du Paradis, disait la Vén. Marie de l’Incarnation, qui adoucissent les épines du Canada, et les rendent plus aimables que tous les plaisirs de la terre.”
La Vén. Marie (1) de l’Incarnation, parle avec une grande admiration du zèle des RR. PP. Jésuites : “Je ne crois pas que la terre porte des hommes plus dégagés de la créature que les Pères de cette mission. On n'y remarque aucun sentiment de la nature, ils ne cherchent qu’à souffrir pour Jésus-Christ et à lui gagner des âmes.”?
‘ Si la France vit son empire s'étendre en Amérique par delà les rives du Meschacébé ; si elle conserva si longtemps le Canada contre les Anglais et les Iroquois unis, elle dut presque tous ses succès aux Jésuites. Ce furent eux qui sauvèrent la colonie au berceau, en plaçant pour boulevard devant elle un village de Hurons et d'Iroquois chrétiens, en prévenant des coalitions générales d’Indiens, en négociant des traités de paix, en allant seuls s’exposer à la fureur des Iroquois pour renverser les desseins des Anglais. Les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre ne cessent dans leurs dépêches de peindre nos missionnaires comme leurs plus dangereux ennemis.” ‘Ils déconcertent, disent-ils, les projets de la puissance britannique ; ils découvrent ses secrets, et lui enlèvent le cœur et les âmes des sauvages.”” (2)
Tous étaient animés du désir de verser leur sang pour la foi ; ils savent que le sang d’un Martyr est vivace et fécond, et qu’il pèse plus dans la main de Dieu que tous les crimes de l’infidélité. ‘ C’est à quiira
(1) Lettre 48.
(2) Génie du Christianisme.
aux lieux les plus éloignés et les plus dangereux, et où il n’y a aucun secours humaiïn. Voici leurs souhaits : “ Allez, nous sommes ravis que vous alliez dansun lieu d’abandonnement : oh! plût à Dieu qu’on vous fende la tête d’une hache ! Ils répondent : ce n’est pas assez, il faut être écorché et brûlé ; souffrir tout ce que la férocité des plus barbares peut inventer de plus cruel. Nous souffrirons tout cela de bon cœur, pour l’amour de Dieu et le salut des sauvages.” (1) Quels sentiments généreux ! Quel courage héroïque dans les premiers Apôtres de la Nouvelle-France ! Ne sont-ils pas de véritables imitateurs de leur divin Maître ? En lisant ces paroles qui expriment si fortement le désir qu’ils éprouvent de verser leur sang en témoignage de la vérité qu'ils prêchent, ne vous semble-t-il pas, chères lectrices, entendre St. Ignace s’écrier dans un transport de joie ; “Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que vous m'avez donné un parfait amour pour vous, et de ce que vous permettez que je sois lié de glorieuses chaînes, comme le grand Paul, votre apôtre..….... Je commence maintenant à être disciple de Jésus-Christ : rien ne me touche, tout m'est indifférent, hors l'espérance de posséder Jésus-Christ. Que le feu me réduiseen cendres; qu’une croix me fasse périr d’une mort lente et cruelle ; qu'on lâche sur moi des tigres furieux et des lions affamés ; qu’on disperse mes os de tous côtés ; qu’on disloque mes membres ; qu’on broïe mon corp: ; que tous les démons épuisent sur moi leur rage, je souffrirai tout avec joie, pourvu que j'arrive par là à la possession de Jésus-Christ.”
Non-seulement les missionnaires, mais les laïcs euxmêmes, désiraient, appelaient de tous leurs vœux le
(1) Lettre de la Vén. Mère de l'Incarnation..
martyre, et voulaient signer de leur sang le témoignage qu'ils rendaient publiquement à la vérité de la Religion. Le lecteur se croit transporté aux premiers siècles de l'Eglise lorsqu'il lit ces actes de dévouement religieux, de courage, de foi et de persévérance.
Thomas Godefroy de Normanville, ce jeune homme si brave et si chrétien, qui tant de fois combattit les ennemis de la religion, les Iroquois, disait quelques jours avant de tomber entre les mains de ses ennemis et d’être brûlé par eux: ‘* Il est probable qu’étant tous les jours exposé, je pourrai être pris par les Iroquois; mais j'espère que Dieu me fera la grâce de souffrir constamment leurs feux, et que j'aurai le bonheur de baptiser quelques enfants moribonds et même quelques malades adultes, que j'instruirai dans leur pays, avant leur mort.” (1)
Qu'ils sont beaux, chères lectrices, les sentiments chrétiens de Lambert Closse, la terreur des Iroquois, le défenseur et le sauveur de Montréal ! A ceux qui lui représentaient qu'il ne devait pas s’exposer ainsi aux coups de ses perfides ennemis, cet homme dont la piété ne cédait en rien à la vaillance, répondait: “Je ne suis venu ici qu'’afin d'y mourir pour Dieu, en le servaut dans la profession des armes ; si je n’y croyais pas mourir, je quitterais le pays pour aller servir contre le Turc, et n’être pas privé de cette gloire.”
Et cét autre, François Hertel, appartenant à une des premières familles des Trois-Rivières, ce héros chrétien, qui de ses doigts mutilés fait le récit naïf et touchant des atrocités que les Iroquois lui avaient fait souffrir, ainsi qu'à ses compagnons de captivité, dans sa servitude, vit dans la liberté des enfants de Dieu, et sancti-
() Relation, 1652.
fie son esclavage. Vous ne lirez pas sans attendrissement, chères lectrices, les lettres de François Hertel au Père Le Moine et à sa mère, et celle d’un autre captif qui raconte ses souffrances et la mort glorieuse de quelques uns de ses compagnons.
Corte de deux lettres, (1661), écrites d'Agnié, sur de l'écorce, au Père le Moine, qui était à Onnontagué :
Mon Révérend Père,
Le jour même que vous partistes des Trois-Rivières, je Jus pris sur les trois heures du soir, par quatre Iroquois d'en bas :. la cause pour laquelle je ne me fis pas tuer, à mon malheur, c'est que je craignais de n'être pas en bon état. Mon Père, si je pouvais avoir le bonheur de me confesser, si vous veniez ici, je crois que l'on ne vous ferait aucun mal ; et je crois que je m'en relournerais quand et vous, si vous pouviez venir ici. Je vous prie d'avoir pitié de ma pauvre mère, bien affligée : vous savez, mon Père, l'amour qu'elle a pour moi, J'aisu par un Français, qui a été pris aux Trois-Rivières, le premier d'août, qu’elle se porte bien, et qu’elle se console dans la pensée que je me retrouverai auprès de vous. Nous sommes trois Français, qui aurons ici la vie: je me recommande à vos bonnes prières, particulièrement au saint sacrifice de la messe. Je vous prie, mon Père, de dire une messe pour moi. Je vous prie de faire mes baise-mains à ma pauvre mère, et la consoler, s'il vous plait.
Et plus bas:
Mon Père je vous prie de bénir la main qui vous écril, el qui a un doigt brûlé dans un calumet, pour amende honorable à la Majesté de Dieu que j'ai offensé ; l'autre a un pouce coupé. Mais ne le diles pas à ma pauvre mère.