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Dieu veuille que les résolutions soient fermes, et qu’enfin nous partions une bonne fois, et que le ciel soit le terme de notre voyage... Le cœur me dit que le temps de mon bonheur s'approche.”
Le Père Léonard Garreau, remontant la rivière des Outaouais, aver le Père Druillètes, pour retourner dans les missions de l'Ouest, tomba dans une embuscade iroquoise en 1656 ; il fut renversé par une balle qui lui rompit l’épine dorsale, et mourut À Montréal de ses blessures, le 2 septembre : ‘ Ah! que je suis indigne, disait-il sur son lit de douleur, des faveurs que Dieu me fait! Jen’ai qu’un regret, c’est de souffrir si peu, d’être trop à mon aise, et de n’avoir pas recherché assez purement la gloire de Dieu.”
Le 20 août 1653, les Iroquois surprirent au Cap-Rouge le Père Joseph-Antoine Poncet et Mathurin Franchelot, cultivateur, et les emmenèrent dans leur pays. Pendant trois jours le Père Poncet fut exposé à la risée, aux insolences et aux mauvais traitements des enfants et de tout le monde. Un enfant lui coupa un doigt, Il fut lié, avec son compagnon, pendant deux nuits, à demi suspendu en l’air, ce qui le faisait horriblement souffrir ; on appliquait sur leur chair des tisons ardents. Mais au milieu de ses tourments, le missionnaire offrait à Dieu ses souffrances pour le salut de ce peuple barbare. Donné à une bonne vieille, qui l’adopta comme son frère, T'eharihogen, premier chef de guerre des Agniers, s’occupa avec succès des moyens de rendre la liberté au Père Poncet. Son retour à Québec, le 5 novembre 1653, remplit tous les cœurs de joie et d’allégresse.
Mathurin Franchetôt, compagnon de captivité du Père Poncet, cut plusieurs doigts brûlés dans les calumets Agniers: pendant ce supplice, qu’il supportait avec une patience admirable, il chantait l'Ave maris stella. Le 8 septembre, fête de la Nativité, il termina sa vie par le supplice du feu.
Le Père François-Joseph Bressani passa douze ans dans les missions du Canada, Fait prisonnier par les Iroquois, à quelques lieues des Trois-Rivières (1544), ils lui firent endurer les tour-
* ments les plus affreux. Ces barbares lui mutilèrent les mains, le
frappèrent à coups de bâton, le dépouillement de ses vêtements, le piquèrent avec des bâtons aigus, le brûlèrent avec des tisons ar-
dents, ou avec des pierres rougies au feu, ou avec des cendres brûlantes. Plus de dix-huit fois les Iroquois appliquèrent à ses mains le feu et le fer, et pendant tous ces supplices, il était obligé de chanter. Il ne lui resta qu’un seul doigt entier, et encore ils en avaient arraché l’ongle.
Après quatre mois de captivité et de tortures sans nom, il fut délivré par les Hollandais. Il pouvait dire toute vérité, comme l'apôtre : ‘J'ai imprimé sur mon corps les stigmates de Jésus- Christ.”
En 1645, les supérieurs envoyèrent le Père Bressani au pays des Hurons ; il ne savait pas encore la langue, et cependant il put, dit le Père Ragueneau, se mettre à l'œuvre, et avec fruit: ‘ Ses mais mutilées, ses doigts coupés, son corps couvert de cicatrices, l'ont rendu dès son arrivée, meilleur prédicateur que nous ne sommes, et ont servi plus que toutes nos instructions, à faire comprendre à nos Hurons les vérités de la foi.—Montre-nous tes plaies, disaient les Hurons au Père Bressani; elles nons disent plus efficacement que tu ne pourras le faire, que nous devons servir et adorer Celui dont tu attends un jour qu'il te rendra la vie que tu as exposée pour lui, et les doigts qu’on t'a brûlés.”
Non rien n'était capable de faire reculer d’un pas ces missionnaires dévoués et intrépides : la vue des combats et des épreuves, la certitude d’être massacrés ou brûlés, bien loin d’affaiblir leur courage, semblent le grandir en proportion des difficultés et des sacrifices. L'un d’eux disait: “Je ne vois ici personne baisser la tête : au contraire, aucun ambitionne ce poste.”
L'historien Américain Bancroft leur a payé un juste tribut d'admiration, en traçant le portrait du missionnaire catholique en Canada. ‘On demandera, dit-il, si ces massacres refroidissaient l’ardeur des missionnaires. Je réponds qu'ils ne reculèrent jamais d’un pas. Comme dans une armée de braves, de nouveaux guerriers sont toujours prêts à remplacer ceux qui tombent, ainsi parmi eux jamais l’héroïsme n’a fait faute, et jamais ils n’ont refusé de concourir à une entreprise, qui pourrait tourner à l'avantage de la, religion, ou à la gloire de la France.” (1)
Q) Hist. of U.S., II, page 141.
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Après la dispersion de la nation Huronne, le Père Bressani dont la santé était ruinée par les pénibles travaux des missions, retourna en Italie, en 1650. ‘ Il prêcha, pendant de longues années avec un très-grand fruit dans les principales villes d'Italie, et ses succès étaient bien moins dus à son éloquence, qu'à sa qualité de confesseur de la foi au milieu de ces barbares, et aux glorieuses cicatrices dant il était couvert.” |
Il mourut à Florence, plein de jours et de mérites, le 9 septembre 1672.
Le séminaire de Québec avait des missions florissantes en Acadie et dans la Louisiane ; il entretenait à ses propres frais plusieurs missionnaires dans ces missions lointaines, conformément à une clause du testament de Mgr. de Laval. “J'ai vu partir de mon temps les sieurs Gaston et Courrier, deux jeunes hommes pleins de ferveur et d’une très-grande espérance, dont l’un (M. Gaston) fut massacré par les sauvages, l’autre y vit comme un saint, jusqu’à y faire des choses qu’on a regardées dans le pays comme des miracles (2). M. Nicolas Foucault, en se rendant à Mobile, fut massacré par les sauvages Coulois ou Coroas, en septembre 1702. M. Jean-Baptiste de St. Côme, fut tué, en 1707, par les Titimakas, peuple qui habitait la rive droite du Mississipi. M. J. D. Testu, missionnaire chez les Chactas, fut tué en 1718.”
(2) Latour. |