LE PÈRE ANNE DE NOUE
‘ Je sais bien que la mission est changée et ‘“ que je tiens la place d'un bon ouvrier, je suis “ prêt de la soulager et d'obéir en tout ; mais ‘ je serais bien aise de mourir sur le champ de ‘“ bataille.”
Le Père Anne de Noue, fils d'un honnête gentilhomme, seigneur de Villers, travailla seize ans dans les missions de la Nouvelle-France, toujours avec zèle et avec courage. Le 30 janvier 1646, il partit de la résidence des Trois-Rivières, avec deux soldats et un Huron, pour se rendre en raquettes au fort Richelieu, aujourd’hui Sorel. Malgré la distance de treize lieues à parcourir, son âge de soixante-cinq ans, son zèle le portait à se rendre au fort Richelieu, pour donner une mission aux soldats de la garnison. Les deux Français, nouvellement arrivés au pays, peu accoutumés à l’usage des raquettes, les avaient empêchés de faire une longue marche ; le premier jour ils ne firent que six lieues. Ils passèrent
(1) Relation de 1663.
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la première nuit dans un trou creusé dans la neige. Au milicu de la nuit, la lune étant fort brillante, le Père Anne de Noue voulut prendre les devants, afin de donner avis aux soldats du fort Richelieu de venir en aide à ses compagnons. Il partit à deux heures du matin.
‘ Comme cet homme de feu marchait sur les glaces du lac St. Pierre, n'ayant pour guide que son bon ange et la clarté de la lune, le ciel se couvrit, et les nuées lui dérobant son flambeau, se changèrent en neige, mais si abondante que les ténèbres de la nuit toujours affreuses, l'étaient au double... Le pauvre Père n'ayant point de boussole pour se guider, s’égara ; il marcha beaucoup, et avança peu.” (1) Lorsque le lendemain le Huron, compagnon de voyage du Père de Nouc, arriva au fort Richelieu, il fut bien surpris d'apprendre que le missionnaire n'était pas arrivé. Le lendemain plusieurs soldats se mirent à sa découverte ; ils crient, ils appellent, ils tirent des coups de fusil, mais tout cela n’aboutit àrien. Enfin le 2 février, un soldat expérimenté et courageux, prit avec lui deux Hurons, et il eut la consolation de le retrouver, à quelques lieues au-dessus du fort.
4 I] était gelé, à genoux sur la terre qu'il avait découverte autour de lui. Sa tête était nue, ses yeux ouverts regardaient le ciel, et il avait les bras croisés sur la poitrine... En le voyant dans cette posture, le soldat fut saisi d’un religieux respect et se mit à genoux. Ensuite il enveloppa ce cadavre, et aidé des deux Hurons, il le traina sur la neige jusqu'à Richelieu. Il fut conduit aux Trois-Rivières d’où il était parti.” Il fut enterré aux Trois-Rivières, dans le cimetière public. “ Cette mort excita de vifs sentiments de foi dans le cœur de tous les soldats, et plusieurs des plus obstinés se sentirent portés à approcher du tribunal de la pénitence, dont ils étaient éloignés depuis longtemps.” (2)
C'est ainsi que le Père Anne de Noue termina sa sainte vie, le 2 février 1646. Tout son désir était de verser son sang pour la conversion des sauvages, de mourir sur Je champ de bataille, les
Q@) Relation de 1616.
(2) Relation du Père Bressaui.
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armes à la main. Le Dieu de toute miséricorde, en récompense de son zèle, de son humilité et de la pureté de son cœur, lui a accordé la faveur de mourir Martyr de l’obéissance et de la charité,
$8.—Les Pères J. M. CHAUMONOT, S. LE MOINE, JACQUES BUTEUX, L. GARREAU, FRS. J. BRESSANTI ; et Messieurs N. FOUCAULT, J. B. DE ST. COME, J. D. TESTU et GASTON, Prêtres du Séminaire des Missions Etrangères de Québec.
N'oublions pas, chères lectrices, d'ajouter à cette liste glorieuse de nos Martyrs les noms de quelques autres ouvriers infatigables qui, par leur dévouement et par leur courge, méritent à la fois notre reconnaissance et notre admiration. Ils pouvaient dire avec vérité dans leurs tribulations : “ Nous mourrions tous les jours, et et nous voilà encore, grâces à Dieu, tous vivants. Il faut se mettre dans les dangers du feu de la terre, pour les délivrer des feux de l'enfer, Il faut se jeter dans la captivité, pour les mettre en liberté. Il faut endurer la faim, la soif, la nudité, pour les nourrir et les revêtir de Jésus-Ch'i:t,”
Après le massacre des Hurons et la dispersion des restes de ce peuple infortuné, le Père Joseph Marie Chaumonot, compagnon infatigable du Père de Brébeuf et du Père Antoine Daniel, souhaitant de mourir pour ses chers sauvages, écrivait au Père Jérôme Lalemant : “ Nous n'avons jamais plus aimé notre vocation qu'après avoir vu qu'elle nous peut élever jasqu’à la gloire du martyre.”
Le Père Simon le Moine “ porta comme ambassadeur, cinq fois sa tête à la discrétion des Iroquois, et pour aller au pays où sont encore dressés les échafauds, et dont la terre est encore toute teinte du sang des Français.”
Le Père Jacques Buteux, massacré par les Iroquois, le 10 mai 1652, a été employé pendant dix-huit ans à la conversion des peuples Montagnais et Algonquins. La veille de son départ, il faisait part à son supérieur des généreux sentiments qui l’animaient, et de son désir ardent de mourir pour Jésus-Christ: “ Mon Révérend Père, c'est à ce coup qu’il faut espérer que nous partirons,
pense a acarité.
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