UN MOT SUR L'ORDRE DE STE. URSULE
LE. Il serait peut-être à propos de donner ici quelques LE | détails sur l'ordre religieux des Ursulines en ce qui regarde son origine.
L'ordre de Ste. Ursule fut fondé en 1584, à Brescia, en Italie par la bienheureuse Angèle Mérici, née en 1470 à Descenzano, sur le lac de Garde, et morte en 15140. Elle fut canonisée par N. 8. P. le Pape Pie VII en 1807. Cette pieuse vierge plaça ses filles spirituelles sous la protection de Ste. Ursule, jeune princesse de la famille royale de Cornuaillesen Angleterre. Nos lectrices savent déjà que cette vierge sage de la vieille Albion avait glorieusement combattu pour la défense de notre sainte foi et conduit au martyre une troupe innombrable de jeunes vierges, vers l’année
La congrégation de Tours, d’où étaient sorties la # Mère Marie de l’Incarnation et la Mère St. Joseph, 1 était une affiliation des Ursulines de Bordeaux. Celleci fut fondée en 1606 par la Mère F. de Cazères dite de Ste. Croix, et par le Card. de Sourdis, Archevêque
de Bordeaux. En 1618, la maison de Bordeaux et cinq autres qui en étaient sorties, furent érigées en monastères par bulle du Pape Paul V. La Mère F. de Cazères fonda le couvent de Tours en 1630, et mourut près de Bordeaux en 1649.
La congrégation de Paris, qui doit son origine à Mme. de Ste. Beuve, n’était pas la plus ancienne du royaume, mais elle fut la première à donner l'exemple d’une plus haute perfection, par l'adoption des vœux monastiques. Cette congrégation, fondée en 1608, fut érigée en monastère par une bulle de Paul V, en 1612.
Mme. de Ste. Beuve qui mourut en 1630, avait été témoin de la formation de onze communautés sorties de celle qu’elle venait de fonder; et au siècle (1) dernier, la congrégation de Paris comprenait près de cent communautés d’'Ursulines.
$15.—MADAME DE LA PELTRIE À MONTRÉAL, 1642—ON CONTINUE LA CONSTRUCTION DU MONASTÈRE,
Il faut placer ici un épisode de la vie de Mme. de la Peltrie, qui fut, dans le temps, bien pénible aux cœurs déjà si éprouvés de nos Mères; nous voulons parler du départ pour Montréal de Madame notre Fondatrice. La divine Providence l'avait sans doute ainsi ordonné pour le plus grand bien de ses servantes, car si l'or s’épure dans la fournaise, la vertu aussi se perfectionne par la tribulation, et cette épreuve est souvent nécessaire aux âmes mêmes les plus parfaites. C’est sous ce point de vue qu'il faut envisager le nouveau genre de peines et de difficultés qu’eurent à soutenir la Mère de l’Incarnation et ses quatre compagnes, pendant la dernière année de leur séjour à la Basse-Ville de Québec.
(1) Voir Annales de l'Ordre de Ste. Ursule ; persécutions de 1793: par M. Charles Ste. Foi.
Mme. de la Peltrie, comme on l’a déjà dit, avait amené les Ursulines en Canada, avec une générosité digne de toute leur reconnaissance. Elle persévéra avec ferveur, pendant plus d’une année, à partager avec cette petite famille toutes les incommodités imaginables, et l’on s’étonnait avec raison d’un dévouement aussi héroïque, Mme. de la Peltrie n'étant liée à la Communauté des Ursulines par aucun vœu quelconque. Par son départ, en 1642, elle n’a donc enfreint aucun engagement formel. Cependant, comme cette démarche était opposée aux intérêts de notre fondation, nos bonnes Mères n’en pouvaient être que profondément attristées. La Vêén. Mère Marie de l'Incarnation surtout y fut très-sensible; ne pouvant prévoir que le tout s'arrangerait bientôt à la plus grande gloire de Dieu et à sa propre satisfaction. On trouve dans ses lettres une peinture aussi naïve que touchante de ses peines à cette époque. En effet, après le départ de leur fondatrice, les affaires des Ursulines se compliquèrent tellement que M. de Bernières, qui en avait la conduite, ne pouvait plus y pourvoir avec les modiques ressources de la fondation qui ne se montait qu’à neuf cents livres. ‘Les Mères Hospitalières en ont trois mille, écrivait notre Vén. Mère, et Mme. la duchesse d’Aiguillon, leur fondatrice, les aide puissamment; avec tout cela, elles ont de la peine à subsister. (C'est pourquoi M. de Bernières me mande qu'il nous faut résoudre, si Dieu ne nous assiste d’ailleurs, à congédier nos séminaristes et nos ouvriers, ne pouvant suffire à leur entretien, puisque, pour payers eulement le fret des choses qu’il nous envoie, il lui faut trouver neuf cents livres, qui est tout le revenu de notre fondation.”
Ici, nous ne saurions nous défendre de faire un retour sur la Vén. Mère de l’Incarnation, dont la prudence,
Las
la piété et le courage, sont si dignes de notre admiration. Au milieu de toutes ces anxiétés, son cœur, comme elle nous l’apprend elle-même, avait une ferme confiance au Seigneur. ‘ Cette nouvelle a beaucoup affigé nos amis, néanmoins mon cœur est en paix, par la miséricorde de notre bon Jésus. J'ai résolu de retenir nos séminaristes et d'aider nos pauvres sauvages jusqu’à la fin. Je demande à M. de Bernières des vivres comme à l'ordinaire, et je lui envoie des partis pour six mille livres, qui ont été employés à payer les gages des ouvriers, ainsi que l’achat des matériaux pour la bàtisse sans parler du fret du vaisseau.” (1).
Notre vieux récit, après avoir dit comment Mme. de la Peltrie avait pris tous ses meubles et s’était embarquée pour Montréal, avec Mile. Barré, sa demoiselle de compagnie, et le jeune homme attaché à son service, ajoute : ‘ Heureusement pour nous, son absence ne fut pas de longue durée. Quelque temps après son arrivée à Montréal, elle avait songé sérieusement à se rendre jusqu'aux missions lointaines du lac Huron: elle avait même fait préparer, à ses propres frais, un grand canot de voyage et engagé des canoteurs; mais un Père Jésuite étant descendu de ces parages, il l’en dissuada entièrement.”
Pendant son séjour à Montréal Mme. de la Peltrie écrivit à la Vén. Mère de l’Incarnation, l’assurant qu’elle ne cherchait à Montréal que les moyens d'y faire un second établissement de notre ordre. Sans doute, c'était là une erreur de sa part de vouloir entreprendre une telle variété de bonnes œuvres, au risque
(1) Il eût été intéressant de auivre les nombreuses demandes. l:5 instances faites par la Mère de l’Incarnation, et les aumônes sans cesse accordées par les bonnes âmes de France, pour construire un édifice de la valeur de plusde cinquante mille livres ; mais la perte de plusieurs lettres de notre Vén. Mère, en 1642-43, nous prive de plus amples détails,
de faire manquer sa principale entreprise. Maïs cette erreur doit paraître d'autant plus excusable qu’elle partait d’un bon principe, son zèle lui faisant toujours trouver trop peu ce qu’elle entreprenait pour Dieu et le salut des âmes.
Voici ce que dit à ce sujet M. l'abbé de la Tour ; après avoir rapporté l’arrivée à Québec, en 1641, de M. de Maisonneuve, de Mille. Mance et de ceux qui les accompagnaient, il ajoute: “On fit ce que l’on put pour les arrêter à Québec. La colonie qui n’était alors composée que de deux à trois cents personnes, aurait voulu profiter de ce renfort: on leur offrit l'Ile d’Orléans pour faire leur établissement ; on s’efforça de les intimider par la vue des Iroquois qui désolaient tout le pays et qui étaient encore plus près de Montréal. ‘Je ne suis pas venu pour délibérer, mais pour exécuter, répond M. de Maisonneuve ; y eut-il à Montréal autant d’Iroquois que d’arbres, il est de mon devoir et de mon honneur d’aller y établir une colonie.” Il partit sans différer, et arriva, le 14 octobre, À l’Ile de Montréal. Le lendemain, fête de Ste. Thérèse, il en prit possession au nom de la compagnie. Peu de jours après, un des plus notables de Québec voulut y être associé ; il lui avait déjà donné sa maison pour retirer ses marchandises : ce fut dans la suite un entrepôt utile et un correspondant fidèle. Mademoiselle Mance passa l’hiver à Québec tandis que les autres allaient à la découverte : on lui fit bien des instances pour l'y retenir, mais loin d’être ébranlée, elle gagna Mme. de la Peltrie, fondatrice des Ursulines, qui, donnant un peu trop dans le goût des nouveaux établissements, voulait avoir part aux fondations de Montréal, comme elle en avait eu à celle de Québec. Cette dame suivit Mlle. Mance lorsqu’elle s’en alla au printemps de 1642, maïs rendue
à sa première vocation elle revint bientôt à Québec, où elle passa saintement le reste de sa vie.”
Désirez-vous savoir, chères lectrices, ce que fit à Montréal Mme. de la Peltrie, pendant le temps qu’elle y séjourna ? Consultons ensemble les bons écrits de ce temps, et nous trouverons que là comme à Québes elle aimait à prendre part à ces belles actions de nos pères dans la foi, qui tendaient si puissamment à l’édification publique et à la conversion des sauvages.
Commençons par ce que le R. P. Vimont rapporte du fameux pélerinage de la Montagne de Montréal. ‘ Dieu nous a fait voir, dit-il, le soin qu'il a de cette habitation, la défendant cet hiver contre les eaux qui par une crûe extraordinaire, la menacèrent d’une ruine totale, s’il n’en eut par sa Providence arrêté le cours ; elles couvrirent en peu de temps les prairies et les lieux voisins du fort; chacun se retire à la vue de cette inondation qui augmentait dans l'endroit même le plus assuré. On a recours aux prières. M. de Maisonneuve se sent poussé intérieurement d'aller planter une croix au bord de la petite rivière, près de laquelle est bâtie l'habitation, qui commençait à se déborder, pour prier sa divine Majesté de la retenir dans son lieu ordinaire, si cela devait être pour sa gloire, ou de leur faire connaître le lieu où il voulait être servi par ces fidèles de Montréal, afin d'y mettre le principal établissement, au cas qu’il permît que les eaux vinssent à ruiner l’habitation commencée. Il proposa aussitôt ce sentiment aux Pères, qui le trouvèrent bon ; il l’écrit sur un morceau de papier, le fait lire publiquement, s’en va planter la croix que le Père bénit, au bord de la rivière, avec l'écrit qu’il attache au pied, s’en retourne avec promesse qu'il fait À Dieu, de porter une croix lui seul sur la montagne de Montréal, s’il lui plaît accorder sa demande,