MAISONS POUR LES SAUVAGES—BOURSES—MARRAINES
Avant de terminer nos observations sur la vie de dévouement et de bonnes œuvres que menaiïent à la Basse-Ville nos Mères fondatrices, il nous a paru nécessaire d'ajouter ici un mot au sujet des efforts (1) qu’elles faisaient, auprès des personnes puissantes de France, pour améliorer la misérable position des sauvages du Canada. Comme nos lectrices peuvent l'avoir remarqué dans les pages précédentes, Mme. de la Peltrie était une des plus ardentes à ces bonnes œuvres ; le R. P. Vimont nous en donne clairement l’assurance par ces paroles déjà citées : “ Elle leur parlerait bien plus volontiers des mains, et si elle pouvait exercer le métier de maçon ou de charpentier pour leur dresser de petites demeures, elle s’y emploierait avec @autant plus d’ardeur qu’elle voit de bonnes dispositions en ces
peuples pour s'arrêter.” Aimable et ingénieuse industrie de la charité catholique ! On procurait une habitation sédentaire aux parents afin d'attirer plus facilement les enfants! Maïs cela même ne suffisait pas
. (À) En 1641, la Vén. Mère de l’Incarnation, écrivant à une dame de qualité en France, lui parle d’une fille sauvage âgée de dix-sept ans, qui était au couvent depuis quelques mois. ‘Elle est recherchée en mariage par un Français, dit-elle, mais on a dessein de la donner à un de sa nation, à cause de l’exemple qu’on espère qu’elle donnera aux sauvages. Oh! si Dieu donnait la dévotion à quelque personne de France d'aider à faire une petite maison! Elle ferait sans doute une œuvre d’un très-grand mérite. (Cette fille nous a beaucoup aidées dans l’étude de la langue, parce qu’elle parle bien Français. Enfin cette jeune fille gagne les cœurs de tout le monde par sa grande douceur et par ses belles qualités.”?
Plus loin. ‘Votre filleule Marie-Madeleine Abatenau nous fut donnée toute couverte de petite vérole et n’ayant encore que six ans. A cet âge, elle seule avait servi son père et sa mère dans la maladie
pour satisfaire le zèle de ces infatigables protectrices des sauvages ; il fallait de plus, assurer la persévérance des jeunes filles en leur procurant les moyens de quitter la vie errante; et pour cela on s’eftorçait de leur obtenir une petite bourse vers le temps de leur mariage. Ces bonnes Mères, dit la Relation, sont extrêmement charitables, les difficultés du pays ne les étonnent point; leur séminaire ne refuse aucune Française ni aucune fille sauvage. L’aumône se fait chez elles en tout temps, leur cœur est plus grand que leurs biens. Les pensionnaires en France ne grèvent point les Monastères où elles sont instruites, ce n’est pas de même en Canada; il faut non seulement nourrir et instruire les petites séminaristes; mais il faut de plus les habiller et leur faire à leur départ de bonnes aumônes, et souvent encore à leurs parents, tant ils sont pauvres. Il n’y a pas longtemps qu’une petite Huronne, sortant
dont ils moururent ; ce qu’elle faisait avec tant d'adresse, qu’elle tenait en admiration tous ceux qui la voyaient. Il ne se peut rien voir de plus obéissant que cette enfant: elle prévient même l’obéissance, car elle a l’adresse de se placer dans les lieux où elle prévoit qu'on la pourra employer; et elle fait ce qu’on lui commande avec tant de conduite et de si bonne grâce, qu’on la prendrait pour une fille de qualité ; aussi est-elle votre filleule, je dirais volontiers votre fille en Jésus- Christ, J'’ajouterai pour votre consolation qu’elle sait par cœur son catéchisme, avec les prières chrétiennes qu’elle récite avec une dévotion capable d'en donner à ceux qui la voient.”
Ailleurs. ‘ Marie-Ursule Gamitiens, filleule de Mile. de Chevreuse, n’est âgée que de cinq à six ans; toute petite qu’elle est, elle ne nous donne pas de peine à lui faire faire son devoir de chrétien, car elle n’est pas plutôt éveillée qu’elle se met elle-même en devoir de prier Dieu. Elle dit son chapelet durant la messe et chante des cantiques en sa langue sauvage."
Dans une lettre du mois d’août 1641, la Mère de l’Incarnation disait à une Supérieure de Tours: ‘ Vos Rév. Mères de Paris ont marié, cette année, une de nos filles, je leur envoie un billet pour une autre; Notre-Seigneur leur rendra abondamment cette charité.”
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de cette sainte et charitable maïson pour être reconduite en son pays, ces bonnes Mères non-seulement l'habillèrent de pied en cap, mais elles firent encore des présents à ses parents pour marque du contentement que cette enfant leur avait donné. Ce n'est pas tout, il fallut fournir des vivres pour elles et pour ceux qui la venaient quérir ; en un mot, vous diriez qu’elles feraient volontiers tous les frais nécessaires pour les mener et pour les conduire jusqu’en Paradis...