‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 29 sur 199 · RETOUR DE MADAME DE LA PELTRIE · texte numérisé non relu

RETOUR DE MADAME DE LA PELTRIE

Nous anticipons ici un peu sur les évènements, dans l’'empressement où nous sommes de voir notre bonne fondatrice réunie à nos chères Mères.

Après un séjour d'environ dix-huit mois à Montréal, il plut à la divine Providence de rendre Mme. de la Peltrie à ses bons amis de Québec. Elle revint dans l’automne de 1643, et à cette occasion il y eut de trèsgrandes réjouissances.

Pour commencer par les séminaristes : ‘“ Quand .

ces petites plantes la virent de retour au Séminaire, après quelque séjour qu’elle a fait à Montréal, dit le KR. P. Vimont, elles ne pouvaient contenir leur joie. C'est bien pour lors qu’elles la regardaient comme leur vraie mère, qui les avait toujours bien aimées et bien chéries, Il y a une jeune séminariste qui n’a pas man-

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qué, depuis trois ans, de prier Dieu tous les jours pour elle.”

Quant aux Ursulines, on comprend que leur joie dut être bien sincère, de revoir au milieu d'elles cette chère compagne de leurs premières épreuves; comme notre bonne Mère de l’Incarnation surtout dut se réjouir, elle qui, mieux que toute autre, connaissait le mérite de cette pieuse Dame, que Dieu lui-même avait choisie pour lui ouvrir les voies du Canada. ‘“ Hélas! disaitelle pendant son absence, Madame notre Fondatrice avait coutume de conduire nos séminaristes aux pélerinages et processions publiques, et de marcher à la tête des femmes et des filles sauvages, après quoi nous leur préparions un festin; aujourd’hui qu’elle est éloignée, elle est privée de cette consolation ; mais nous avons toujours la nôtre qui est de les régaler selon nos faibles moyens.”

Cette douce plainte était celle d’un cœur bon et sensible, qui souffrait de l’absence d’une personne estimée et chérie. Si nous eussions été là présentes, chères lectrices, en ce beau jour de réunion nous aurions pu dire à cette aimable Mère de l’Incarnation : ‘ Consolezvous, bonne Mère, voilà la douce et pieuse Dame qu’une vision prophétique vous fit d’abord connaître. Elle vient se donner à vous pour le reste de ses jours, et offrir au milieu de sa petite Communauté, l'exemple le plus parfait de l’abnégation chrétienne. Bientôt, votre plume habile tracera à sa louange ces belles paroles: ‘ Madame not:e Fondatrice court à grands pas dans la voie de la perfection. Je suis ravie de la voir, et si vous la voyiez, vous le seriez comme moi.”

C'est à Mme. de la Peltrie elle-même à nous dire

combien, de son côté, elle s’estimait heureuse d’être

réunie à ses chères mères et filles, et quelle estime elle

faisait des vertus qui se pratiquaient dans le cloître. Voici ce nous trouvons dans une lettre adressée par Mme. de la Peltrie au R. P. Claude Martin:

“ Je puis vous assurer que Notre-Seigneur continue toujours à faire beaucoup de grâces à notre très-aimée Mère Marie de l’Incarnation, et c’est une bénédiction toute particulière de l'avoir en cette petite maison, laquelle, par son exemple et ses paroles, augmente tous les jours en vertus et en sainteté. Elle a tant de charité pour nous, qu’elle daigne bien prendre la peine de nous faire tous les jours des conférences, pour nous enseigner le chemin de la perfection, et je serai bien responsable à notre bon Dieu, si je ne mets en pratique ses bons avis et ses saintes instructions. Oh! que je vous estime heureux d’appartenir à une personne si sainte et si fidèle aux mouvements de la grâce! Et moi, que je me tiens obligée à cette aimable Providence de m'avoir associée et unie à une si grande servante de Dieu !”

“ Je m'’estime très-privilégiée de vivre en sa sainte compagnie que je chéris et honore parfaitement. La paix et l’union règnent heureusement parmi nous, et vous pouvez croire aussi bien que moi que c’est sa vertu et sa sainteté qui nous obtiennent de Dieu des grâces si particulières. $i je lui survis, je vous promets de vous mander bien des nouvelles de sa vie, lesquelles vous feront bien rendre grâces à la divine Majesté des faveurs spéciales qu’elle opère dans son âme, qui est assurément une âme d'élite et précieuse à Dieu.

“ Cependant, je vois par votre lettre que vous avez un grand désir de savoir quelque chose de ses vertus. Elle vous écrivit, l’an passé, bien au long toute sa vie et toutes les grâces extraordinaires que Notre-Seigneur lui a faites; et après avoir vu tant de merveilles et des

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grâces si éminentes, que voulez-vous que je vous en dise ? Je puis vous assurer que vous savez plus que moi en une manière, mais dans une autre je crois en savoir plus que vous. Je veux parler de ces vertus de la vie commune et régulière qui sont fondées sur les exemples de notre bon Sauveur ; c’est surtout ce que je prise dans notre chère Mère puisqu'elle s’y rend si fidèle. Puisque vous le désirez je vous en dirai quelque chose par avance pour votre consolation. La Mère de l’Incarnation a un grand amour pour les personnes qui lui font du déplaisir, elle leur rend beaucoup de service, et elle les supporte avec amour et charité. Elle vit dans un grand détachement de tout ce qui n’est point Dieu et dans un grand abandon à sa Providence en tous les accidents et les difficultés qui lui arrivent en ce bout du monde. Vous la voyez toujours dans une soumifkion, dans une paix et dans une tranquillité de cœur inébranlable. Elle est toujours aussi dans une présence de Dieu continuelle et son recueillement intérieur est si admirable que ni les grandes affaires ni les tracas qui se rencontrent d'ordinaire en ce nouveau pays ne peuvent la distraire. Que voulez-vous davantage ? Si j'avais la dixième partie de ses vertus, ah! que je m'estimerais heureuse! Surtout, je le répète, elle est admirable en l'amour qu’elle porte à ses ennemis, n'ayant que de la douceur et de la bienveillance pour ceux qui lui font de la peine ou du déplaisir.

Priez Notre-Seigneur qu’il me donne une semblable vertu; aimez-le pour moi, adorez-le pour moi, bénissez-le pour moi, louez-le pour moi, qui suis votre toute dévouée dans le cœur de Jésus.

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