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LES URSULINES DANS LEUR PREMIER MONASTÈRE

u beau jour de la Présentation Ade la Ste. Vierge, le 21 novembre 1642, nos bonnes Mères quittaient enfin leur petit | réduit de la Basse-Ville, pour ‘@ prendre possession de leur premier X | Monastère (1). Rien n’est plus touchant que le récit naïf de tout ce qu’elles firent en cette occasion pour attirer la bénédiction du ciel sur cette maïson que nous habitons aujourd’hui.

Dès la veille elles s'étaient préparées par un jeûne rigoureux. Le lendemain, vers "10 lever du soleil, cette fervente troupe, précédée du R. P. Vimont, supérieur des Missions, et

(1) Ce premier Couvent était long de quatre-vingt-douze pieds et large de vingt-huit. La chapelle était au lieu même où se trouve ac-

de M. Faulx, chapelain du Monastère, gravissait lentement avec leurs petites séminaristes sauvages le raboteux sentier de la Montagne.

Réunies dans la petite chapelle de leur nouveau Monastère, nos Mères assistèrent à une grand’messe d’actions de grâce, durant laquelle elles chantèrent des hymnes en langue sauvage, et firent la sainte communion. Elles jeûnèrent encore ce jour-là. Que de prières ferventes, que d’aspirations de gratitude s’élançaient de ces cœurs vers le ciel! Leur joïe était à son comble, et

tuellement le vieux dépôt. L’autel était près de la fenêtre grillée que l’on voit encore dans le passage. Le premier chœur occupait l’appartement si longtemps connu sous le nom de ‘‘ dorerie,”” parce que nos Mères l'avaient consacré à ce laborieux genre de travail. Aujourd’hui, on y voit la chambre de la Mère Supérieure, et, malgré tous les changements que cette salle a subis, l'œil peut encore distinguer le contour de la grande grille du premier chœur.

En 1644, la Vén. Mère de l’Incarnation écrivait à un ami de France: ‘ Pour répondre à ce que vous désirez savoir touchant le pays, je vous dirai qu’il y a des maisons de pierre, de bois et d'écorce. La nôtre qui est toute de pierre a quatre-vingt-douze pieds de longueur et vingt-huit de largeur. C’est la plus belle et la plus grande qui soit en Canada pr: la façon d'y bâtir. En cela est compris l’église qui a sa longueur dans la largeur de la maison, et dix-sept pieds de largeur. Vous pensez que cela est petit, mais le trop grand froid ne permet pas qu'on fasse des lieux plus vastes. Il y a des temps auxquels les prêtres sont en danger d’avoir les doigts et les oreilles gelées. Le Fort est de pierres comme les maisons qui en dépendent. Celles des Révérends Pères, de Madame notre Fôndatrice, des Mères Hospitalières et des sauvages sédentaires sont aussi de pierres. Celles des habitants, excepté deux ou trois, sont de colombage pierrotté...... avoue sous

ses ass Un homme coûte trente sous par jour, encore faut-il le nourrir les fêtes et les dimanches et dans les mauvais temps. Nous faisons venir de France nos artisans qu'on loue pour trois ans ou plus. Nous en avons dix qui font toutes nos affaires, excepté que les habitants nous fournissent la chaux, le sable et la brique. Notre bâtiment a trois étages dans le milieu desquels nous avons nos cellules faites comme celles de France.”

cependant qui peut dire les incommodités qu'elles eurent à souffrir dans cette nouvelle demeure ? Il n’y avait de terminé que les planchers de bas et quelques cloisons ; les planchers de haut consistaient tout simplement en madriers posés sur des poutres. Nos courageuses Mères passèrent ainsi l’hiver de 1642-48. Quoique les ouvriers fussent constamment occupés à travailler autour d'elles, rien cependant ne fut omis dans les observances régulières. Depuis quatre heures du matin jusqu’à neuf heures du soir, la méditation, les saintes lectures, la récitation de l'office divin, l’étude des laugues sauvages, le travail et l’enseignement, partageaïent les heures de leurs belles journées. Voyonsles réunies pour la ssinte messe, dans cette première chapelle du Monastère où les premiers martyrs du Canada ont célébré les saints mystères. (C’est le Père Gabriel Lalemant qui officie à l’autel ; la Mère de l'Incarnation et la Mère St. Joseph, entourées des Sémiparistes, chantent en langue Huronne un cantique de mission. Entendez-vous la voix forte et sonore de la Mère de l’Incarnation? Elle soutient si bien la voix douce et mélodieuse de sa jeune compagne ! Et que disent-elles dans ces stances sauvages ? ‘ Allez, allez, nous sommes ravies que vous alliez dans un lieu d’abandonnement; oh! plût à Dieu qu’on vous fende la tête d'une hache!” Et puis le refrain au nom du missionnaire: ‘Ce n’est pas assez, il faut être écorché et brûlé, et souffrir tout ce que peut inventer la férocité des plus barbares, et tout cela de bon cœur pour l’amour de Dieu et le salut des sauvages!” Quels sublimes élans de générosité chrétienne ! Et que ces pauvres petites filles de la forêt devaient se trouver heureuses dans une aussi sainte compagnie ! Rappelons-nous ici ce que disait l’une d’entre elles :

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“Je n’ai plus de parents que les vierges habillées de noir, ce sont mes mères ; mon père me l’a dit avant sa mort ; il m'a commandé de leur obéir, il m'a donné à elles afin qu’elles fussent mes mères !””.....,..,,,...,...

L'affluence des sauvages et leur avidité pour l’instruction religieuse étaient telles que nos cinq premières Mères ne pouvant suflire à tant de travaux, demandaient incessamment des secours à leurs sœurs de France. Cette année 1648, les Ursulines de Ploërmel, répondant à leurs vœux, leur envoyèrent une de leurs sœurs nommée la Mère Anne des Séraphins. Elle s'était dévouée avec grande ferveur à l'instruction de la jeunesse, et elle rendit beaucoup d'assistance à nos mères. Après avoir exercé ici pendant ticize ans son zèle et sa charité, la Mère Anne des Séraphins fut obligée, par la faiblesse de sa santé, de retourner en France, où elle mourut l’année suivante. Ses respectables parents ont fait en sa considération beaucoup de bien à notre communauté, et nous les comptons au nombre de nos bienfaiteurs.

Le premier hiver que nos Mères passèrent dans ce Monastère, alors inachevé, fut une époque de grandes souffrances, à raison de la rigueur du climat. Pour se prémunir contre le froid, elles avaient fait faire des coffres de bois garnis à l’intérieur de serge ou de drap, et c’est là qu’elles se réfugiaient pour passer la nuit.

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