PIÉTÉ DES SÉMINARISTES
Voici des traits charmants que nous trouvons dans un petit volume fort intéressant composé par le R. P. de Barry, Jésuite.
‘ Tout ce qui regarde le Sauveur leur est adorable et précieux surtout sa sainte mort et passion.
‘ La plus grande récréation des jeunes filles sauvages est de danser à la mode de leu” pays; ces petites pensionnaires ne se livrent pas néanmoins à cet amusement sans en avoir demandé la permission. Etant venues un certain jour prier leur maîtresse de leur permettre cet amusement, l4 religieuse leur dit: ‘ Mes enfants, c’est aujourd’hui vendredi, Jésus est mort le vendredi, et par conséquent c’est un jour de tristesse.” Il n’en fallut pas davantage pour les arrêter: ‘“ Nous ne dan- i serons plus ce jour-là, lui dirent-elles, puisque Jésus est mort à pareil jour.” Le Vendredi-Saint, ces petites sauvages baptisées voyant jeûner leurs maîtresses plus rigoureusement qu’à l'ordinaire, résolurent de les imiter; elles cachèrent donc tout ce qu'on leur donna à manger ce jour-là, se contentant de pain sec sans jamais vouloir prendre de collation le soir. Ce n’est pas tout; ces pieuses jeunes filles se jetèrent aux pieds de la Mère Supérieure, la priant de leur permettre un autre genre de mortification connu parmi les fidèles
dès les premiers siècles de l'Eglise, et fort en usage aussi parmi les fervents sauvages du Canada. La Mère de l’Incarnation chercha vainement à les dissuader de ces pratiques austères, il fallut accorder cette mortification à leur ferveur et à leur importunité.
A d’autres fêtes de l’année, ces ferventes chrétiennes ont demandé la même gräce, et comme on les interrogeait afin de savoir pourquoi elles voulaient se châtier ainsi: ‘“ Ah! répondirent-elles, c’est parce que Jésus nous en a donné l’exemple ; et puis nous voulons souffrir quelque douleur pour la conversion et le salut de nos pauvres compatriotes.” il en est de même de toutes les autres dévotions et pratiques de piété.
‘ Ces bonnes Ursulines n’oublient rien pour bien élever toutes ces petites créatures. La dévotion à la Mère de Dieu est aussi florissante parmi ces petites pensionnaires des Ursulines du Canada, qu’au milieu des demoiselles de notre France. Ces religieuses impriment tellement l’amour de Marie dans le cœur de leurs élèves, que celles-ci ne respirent que son service. Assez souvent on les trouve seules priant Dieu et recitant leur chapelet. Elles prennent un singulier plaisir à ramasser des fleurs dans les bois et à en faire de petites couronnes, qu’elles présentent à l’image de la Sainte Vierge qui est dans le chœur de la chapelle des religieuses; elles l’entourent de leurs plus beaux bouquets, et lui font ingénûment toutes les caresses possibles. Parfois ces jeunes filles se glissent dans le chœur et là, se plaçant de part et d'autre comme les religieuses lorsqu'elles officient, et tenant chacune un livre à la main, elles chantent des hymnes ou récitent des prières comme elles l’ont vu faire à leurs maîtresses. Elles chantent ainsi l’Ave Maris Stella avec les inclinations convenables, et parce qu’elles n’en
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savent point d'autre par cœur, elles le répètent jusqu'à vingt et trente fois, tant elles ont de plaisir à chanter les louanges de la Vierge Mère de Dieu.
“ Leur aftection pour St. Joseph suit de fort près celle de la Ste. Vierge, et qui veut qu'on aime celle-ci, veut l aussi qu’on honore son glorieux époux. C’est pour |$ ceite raison que ces bonnes mères mettent bien avant
4 dans le cœur de ces petites innocentes la tendresse pour ce saint patriarche, et elles leur apprennent en récitant la couronne de la Sainte Vierge à dire après chaque Ave Maria, Sancte Joseph, ora pro nobis, parce qu’elles l’ont choisi pour leur premier protecteur parmi les saints.”