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ARRIVÉE DES PREMIÈRES RELIGIEUSES À QUÉBEC

’EsT du ler août 1639, que date l’arrivée des religieuses Ursulines destinées à fonder le Monastère de Québec. Comme nos lectrices

ce Monastère doit son origine à la vocation surnaturelle de la Vén. Mère Marie Guyart de l’Incarnation, et de la pieuse et noble dame de la Peltrie.

Deux autres âmes d'élite avaientété choisies pour les seconder: c’étaient l’intéressaite Mère Marie de St. Joseph et l’infatigable Mère Cécile de Ste. Croix.

Nos Fondatrices étaient donc chez les Mères Ursulines de Dieppe. Tous les préparatifs de voyage ache-

vés, on donne enfin le signal du départ. C'était de bonne heure le 4 mai, que nos saintes missionnaires, ayant fait leurs adieudlétaiont du Monastère des Ursulines pour se rendre à l’Hôtel-Dieu, où les attendait une petite colonie d'Hospitalières qui, elles aussi, brûlaient du désir d'exposer leur vie pour Dieu dans les missions da Canada. Ces nouvelles compagnes de voyage étaient la Mère Marie Guenet de St. Ignace, la Mère Anne Le Cointre de St. Bernard, et la Mère Le Marie. Forestier de St. Bonaventure ; elles venaient fonder à Quebec, sous les auspices de la duchesse d’Aiguillon, l’Hôtel-Dieu, pour le service des pauvres malades de ces contrées.

La sainte messe se célébra à l’intention des ferventes voyageuses, et toutes y reçurent comme en viatique la sainte communion. Déjà le vaisseau préparé pour les recevoir était en rade : c’était l’amiral St. Joseph, commandé par le capitaine Bontemps. Madame la Gouvernante de Dieppe vint elle-même en carrosse pour les conduire au bord de la mer, où une foule immense était accourue pour être témoin d’un spectacle si nouveau et si touchant. Cette fervente troupe, loin de se laisser attendrir par les derniers adieux, s’embarqua joyeusement en compagnie des RR. PP. Vimont, Poncet et Chaumonot. Bientôt on lève l’ancre, on étend les voiles, et le vent les emporte loin des rivages de la France.

Le voyage commençait sous d’heureux auspices, mais les dangers et les contretemps ne devaient pus se faire attendre : la rencontre d’une flotte ennemie les obligea de se détourner de leur rovte, et les retarda tellement que la Mère de l’Incarnation, donnant de ses nouvelles en date du 20 mai, disait: “Nous avons donc passé les côtes d'Angleterre, et nous sortons de la Manche

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en très-bonne disposition, grâce à notre bon Jésus; non sans avoir couru risque d’être prises par les Espagnols et par les Dunkerquois. A présent, nous sommes hors des dangers des ennemis, mais il n’y à que Dieu qui sache si nous sommes à couvert de ceux des tempêtes et de la mer.”

Leur voyage en effet fut long et orageux. Une fois entr’autres, la ternpête les jeta si avant dans les mers du nord, qu’ils se virent au moment d’être brisés sur une énorme glace, que la brume leur avait d’abord cachée, et qui se précipitait sur le navire avec une impétuosité incroyable. Le péril parut si imminent que le R. P. Vimont donna l’absolution générale, et fit au nom de tous un vœu à la très-sainte Vierge. Cette divine Mère les secourut si efficacement qu’une manœuvre accidentelle fit faire un tour au vaisseau, qui longea la moustrueuse glace et sortit sain et sauf de ce danger.

A l'exception de treize jours, où le navire fut trop violemment ballotté par la tempête, les saints missionnaires purent dire la messe, et les religieuses eurent le bonheur de communier journellement pendant la traversée. Leur vie dans le navire, ressemblait fort à celle que l’on mène dans la tranquillité du cloître; la méditation se faisait régulièrement, et l'office se récitait en chœur, les Hospitalières d’un côté et les Ursulines de l’autre. C'était une ferveur à ravir les anges, et sous la protection de ces esprits célestes, malgré la violence des vents contraires qui leur avaient fait parcourir plus de deux mille lieues, elles allaient enfin arriver à bon port. Toutefois la Providence leur ménageait encore quelques épreuves. Dès qu’on aperçut les côtes du Nouveau-Monde, le religieux équipage voulut s'acquitter du vœu qu’on avait fait; mais leur

ferveur les exposa à un nouveau danger ; car pressés du désir d'aller remercier leur céleste protectrice, ils se jetèrent tellement en foule dans la chaloupe qui devait les conduire à terre, qu’elle fut sur le point de couler à for.d sous le vaisseau. Comme on s’éloignait de la côte, une brume épaisse leur fit perdre leur route, et les vaisseaux se trouvèrent engagés au milieu de rochers d’où l’on eut bien de la peine à se tirer.

Le long et pénible voyage de trois mois touchait enfin à son terme. Arrivées à Tadoussac, où tous les navires venant de France faisaient alors station, Mme de la Peltrie et les religieuses quittèrent le vaisseau. “ Nous fimes rencontre de plusieurs sauvages en arrivant aux terres, dit la Mère de l’Incarnation, ce qui nous apporta une grande joie. Ces pauvres gens qui n’avaient jamais vu de personnes faites comme nous étaient tout surpris, et lorsqu'on leur disait que nous étions des filles de capitaines, (car il leur fallait parler à la mode de leur pays), qui pour l'amour d'eux avions quitté notre pays, nos parents et toutes les délices de la France, ils étaient ravis d’étonnement ; et encore plus lorsqu'on leur disait que c’était pour instruire leur filles, afin qu’elles ne fussent pas brûlées dans les feux; ils ne pouvaient comprendre comment cela se pouvait faire, et pour voir ce qui en arriverait, ils nous conduisirent par terre jusqu’à Québec, sans cesser de jeter les yeux sur notre vaisseau.”

Les joyeuses missionnaires avaient pris à Tadoussac une embarcation légère, sur laquelle elles continuèrent leur route, et le dernier jour de juillet, 1639, elles côtoyaient l'Île d'Orléans. ‘Nous conçûmes quelqu’espérance d'arriver à Québec, mais la marée se trouvant contraire, et le vent n'étant pas assez favorable, il fallut attendre au lendemain ; et comme

l'endroit était beau et le débarquement facile, on nous mit à terre à l'Ile d'Orléans (1), qui pour lors n’était point habitée. L'on y fit trois cabanes à la façon des sauvages ; les relisieuses se mirent dans l’une, les religieux dans l’autre, et les matelots dans la troisième; nous avions une joie qui ne se peut exprimer de nous voir dans ces grands bois, que nous fimes retentir de nos Ccantiques.” (2)

Le petit vaisseau de notre fondatrice les ayant dévancées de quelques jours,’ toute la population de Québec était dans une joyeuse attente, et lorsque l’on sut, dans la soirée, que nos voyageuses étaient à une lieue de la ville, il fut décidé par le Gouverneur et son Conseil, que les religieuses n’entreraient dans le port que le lendemain matin. M. le Chevalier de Montmagny, alors Gouverneur du Canada, voulut leur faire une réception digne de sa foi et de la belle œuvre qu'il allait inaugurer. (3) Dès que cet homme de bien et de

(1) À une lieue et demie de Québec, à la pointe ouest de l’île. (2) Histoire de l’Hôtel-Dieu.

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