‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 5 sur 199 · ACTE DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

ACTE DE RÉCEPTION

& Nous, Charles Huault de Montmagny, Chevalier de l'Ordre de St. Jean de Jérusalem, Lieutenant pour Sa Majesté en toute l’étendue du fleuve St. Laurent de la Nouvelle-France, certifions à tous qu’il appartiendra que les Révérendes Mères Religieuses Ursulines, savoir, la Mère Marie Guyart de l’Incarnation, la Mère Marie de Savonnières de St. Joseph du Couvent de la ville de Tours, et la Mère Cécile de Ste. Croix, de la ville de Dieppe, en la compagnie de très-religieuse et trèsdévote dame Madeleine de Chauvigny, veuve de feu Mre. Charles de Gruël, vivant, Chevalier Seigneur de la Peltrie, sont arrivées en ce lieu de Québec, ce premier d’août de la présente année, mil six cent trente-neuf, pour y établir une maison et couvent de leur ordre de Ste. Ursule, à la gloire de Dieu et pour l’éducation des petites filles, tant des Français que des Sauvages du pays: ayant été conduites dans une barque gouvernée par Jacques Vastel, contre-maître du navire du Capitaine Bontemps, amiral de la flotte de la Nouvelle-France, après

en res

dévonement eut avis de leur présence, il envoya à leur rencontre, cette ‘ chaloupe tapissée ” dont il est fait | mention daus un écrit du temps. Cette attention du 1 Chevalier de Montmagny, prouva aux religieuses hospitalières et Ursulines, que, non seulement on les attendait avec empressement, mais aussi qu’elles seraient reçues avec honneur.

avoir passé de Dieppe jusqu'à Tadoussac dans le dit navire; et sitôt que nous fûmes certains que les dites Révérendes Mères Religieuses Ursulines étaient en la barque susdite et voulaient descendre à terre, nous envoyâmes une chaloupe pour les prendre et accueillir, et allâmes nous-mêmes les recevoir au bord de la rivière, accompagnés des principaux habitants et suivis de la plupart du peuple qui en faisait pa- | raître une joie extraordinaire, à laquelle nous concourûmes par le | bruit des canons de notre Fort, et.les amenâmes à l'église où fut cé- | lébrée la sainte messe ct chanté le Te Deum laudamus pour remercier Dieu de leur heureuse arrivée, et du grand bien que nous en espérons à la gloire de Dieu et à l’édification et l'utilité commune, comme déjà il est manifesté au grand contentement des Français et des Sauvages.”?

‘“ Les prières finies, nous menâmes les dites Révérendes Mères Religieuses Ursulines et la Dame de la Peltrie en un corps de logis appartenant à Noël Juchereau Sieur des Châtelets et ses associés, scis sur le bord de la rivière St. Laurent au-dessous du magasin de Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France, qui leur a été loué dès France par les dits associés du dit Sieur des Châtelets, en atten- | dant que leur maison et couvent soit construite et édifiée. Certifions avoir vu leurs lettres d’obédience de Messeigneurs les Révérendissimes Archevêques de Rouen et de Tours, portant ample témoignage des vertus, mérites et saintes intentions des dites Révérendes Mères Religieuses Ursulines et de la dite Dame de la Peltrie, laquelle, mue du zèle de la gloire de Dieu et de la conversion des âmes infidèles, est venue exprès en ce pays, pour y fonder de ses biens, la dite maison et couvent; et pour ces fins et causes, nous avons reçu avec contentement les dites Révérendes Mères de l’Incarnation, de St. Joseph et Ste. Croix et la Dame de la Peltrie.”? |

(Et par ces présentes, consentons de notre pouvoir et autorité qu'elles s'établissent en ce pays de la Nouvelle-France, pour y garder

ee œ me +

Ce fut donc le 1er août 1639, que l’on vit s'approcher de nos rives cette sainte troupe si longtemps désirée, et c'était au son des canons, des fifres et des tambours, que ce petit renfort prenait possession du poste que le Seigneur leur avait assigné sur les bords du St. Laurent. Grande fut la joie dans toute la colonie, au rapport du R. P. Le Jeune, témoin oculaire de ce qu’il raconte dans la Relation de cette année-là .......... sensor et le brave Charles Huault de Mont-

et observer leurs règles et institut religieux et vaquer à l'éducation des petites filles, tant des Français que des Sauvages : et pour cet effet, leur avons départi et distribué six arpents ou environ de terre en nature de bois en l’étendue de la ville de Québec, et soixante arpents ou environ de terre aussi en nature de bois situés dans la banlieue de la dite ville; pour icelles terres faire défricher, tant pour y bâtir et élever leur dite maison et couvent, que pour semer des graius pour leur entretennement.”?

& Déclarons en outre, avoir été requis par les dites Révérendes Mères Religieuses Ursulines et la dite Dame de la Peltrie de faire signer au présent acte, le Révérend Père Barthélemi Vimont, qui les a accompagnées en la traversée, à présent Supérieur de la Mission de de la Compagnie de Jésus, qui seuls se retrouvent d’ecclésiastiques en ce pays, et pareillement le Révérend Père Paul Le Jeune qui l’a précédé en Ja dite charge. Ce qu'avons fait, et les dits Révérends Pères nous assurant de la vertu et courage des dites Révérendes Mères Religieuses Ursulines et de la dite Dame de la Peltrie, et du zèle qu'elles ont pour instruire la jeunesse, tant Française que Sauvage, à la piété et aux bonnes mœurs, ont avec nous signé le présent acte. ‘ait au Fort St. Louis de Québec, ce vingt-huitième de septembre mil sept cent trente-neuf, (Signé) C. H. De MoxTmacxy, B. Vimoxr, Pauz Le Jeuxe,

Sr, MARIE DE L'INCARNATION, Supre.,

Sr, CÉcILE DE STE. Croix, Asste.,

Sr, MaRie DE Sr. Josep, MapELEINE De CHauviGxy, ManrTiaL PIRANBE, Sectre.

magny, dit-il, se transporta au bord de l’eau avec tous les militaires et tout le peuple de Québec, qui, en ce moment, fend l’air de ses acclamations redoublées.”? C'était, à la vérité, chères lectrices, un beau jour, que celui où paraissait sur nos plages cette jeune et noble veuve, avec les religieuses qni l’accompagnaient! Elles baïsèrent avec un pieux respect cette terre, objet de tant de vœux, elles répondirent aux félicitations qu’on leur adressait sur l’heureuse issue de leur voyage, et allèrent ensuite, accompagnées des militaires et des officiers civils, des citoyens ainsi que des sauvages, à la chapelle de Notre-Dame de la Recouvrance (1), bâtie près du fort St. Louis par Champlain en 1633. LA, le Te Deum, entonné par le R. P. Le Jeune, fut poursuivi par toutes les voix de la foule, tandis que le canon du fort annonçait au loin le joyeux événement. Après le divin sacrifice, le Gouverneur, suivi de tout ce cortège, mena les religieuses au château St. Louis, où elles reçurent les compliments de tout ce qu'il y avait alors de plus distingué dans le pays. M. de Montmagny invita nos religieuses à prendre à sa table leur premier repas | sur le sol canadien. Ensuite on les conduisit avec la même pompe aux habitations séparées qui leur avaient L

été destinées : les Hospitalières à une maison de la °

Haute-Ville, appartenant aux Cent-Associés ; et les

Ursulines à une toute petite habitation, espèce de ma-

e gasin, alors la propriété du Sieur Juchereau des Châtelets, située au pied du sentier de la montagne, non loin du lieu où fut depuis bâtie l’église de la Basse- Ville. On dit que le Gouverneur leur envoya porter leur premier souper: quant à leur lit, il fut simplement formé de branches de sapin ; car le gros du bagage

() Cette chapelle était sur l'emplacement ou dans le voisinage immédiat de la cathédrale anglicane actuelle.—L’ Abbé Ferland,

ayant été laissé à Tadoussac et les menus effets n’étant pas encore débarqués, les Ursulines se trouvèrent sans lit, ni meubles, ni provisions. Il y avait de quoi les faire songer un peu à la patrie qu'elles venaient de quitter pour toujours. Ce ne fut pourtant là, chères lectrices, que le prélude de la vie de sacrifice que menèrent nos vénérables Mères, au sein de cette colonie naissante.

Arrêtons-nous ici pour considérer un peu quel était alors l’état de la colonie, et quelles ressources oïtrait le Canada à celles qui s’exilaient ainsi de leur beau pays de France.

Champlain était mort environ quatre ans auparavant, et le pieux fondateur avait laissé cette patrie adoptive bien faible encore dans ses moyens de défense, quoiqu'elle eût fait sous son administration des progrès étonnants. La population de Québec n'était que de deux cent cinquante Français au plus ; dans les environs erraient quelques centaines de sauvages Algonquins, établis par le R. P. Lalement à Sillery, et dirigés par les les RR. PP. Jésuites. La pêche, à la vérité, était trèsabondante ; maisinutile de compter sur les produits de la terre, même dans les environs de Québec, ou sur la chasse dans la forêt: les dangers continuels que couraient les colons faisaient que personne n'’osait s’éloigner des petits forts, bâtis çà et là. Alors, et durant de nombreuses années subséquentes, la colonie ne put compter, pour subsister, que sur les provisions de bouche et sur les effets apportés de France.

Page 1