QUITTANCE DES URSULINES POUR LA DOT DE MADEMOISELLE BARRÉ
4 Nous Supérieure du Couvent et Monastère des Ursulines de Québec et les Religieuses députées pour les affaires temporelles d’iceluy, confessons avoir reçu de Sr. Charlotte Barré, dite de St. Ignace, majeure et faisant pour soi, par les mains du R. P. Charles Lalemant de la Compagnie de Jésus, la somme de trois mille livres tournois dont la dite Sr. Charlotte nous avait fait une promesse dès le septième jour de sepfémbre, nil six cents quarante sept, veille de sa vêture du saint habit de la religion, contenant les intentions suivantes, savoir, que s’il plaisait à Dieu lui donner la grace de la persévérance et qu'elle fut admise à faire la profession religieuse, que la veille d’icelle elle donnerait pour dot, trois mille livres pour être et demeurer à perpétuité au dit Couvent; requérant la dite Sœur que s'il arrivait qu'après sa profession, soit par le renversement des affaires du pays où par infir. mité, il fallût la faire repasser en France en quelque monastère de l'ordre, que la rente provenant des trois mille livres serait donnée à la
Mlle. C. Barré appartenait à une honnête famille de Normandie. Elevée dans une grande piété et prévenue des faveurs du ciel dès sa plus tendre enfance, elle se sentit comme entraînée vers la vie religieuse. Elle
communauté où elle serait demeurante pour le temps de son séjour en ce lieu; la dite rente en tel cas ne devant passer que pour rente viagère, le fond appartenant à cette dite communauté des Ursulines de Québec : ce que nous religieuses ci-après nommées acceptons, et nous obligeons pour et au nom de cette dite communauté de suivre les intentions de la dite Sr. Charlotte Barré, de la recevoir à la profession religieuse, de laquelle elle a été jugée capable en qualité de sœur de chœur, de la nourrir, entretenir, et de la gouverner saine et malade comine les autres sœurs de la communauté le reste de ses jours. De plus, nous confessons avoir reçu de la dite sœur, la pension viagère de son noviciat selon la coutume ordinaire, et les meubles ci-après nommés pour son trousseau et ameublement ordinaire de la Religion, qu'elle donne à cette dite communauté.
4 Premièrement. Un charlit à quenouille, une paillasse, un lit de plumes avec deux traversins, un matelas, trois couvertures et un tour de lit de serge; une table de bois, un placet et deux coffres: plus, ses habits de religion, trois paires de draps, trois douzaines de serviettes fines, trois grandes nappes de toiles de brin, une grande serviette de collation, vingt quatre aunes de toile de lin, une douzaine de mouchoirs, deux douzaines de chaussons et une douzaine de chemises : de plus, un petit manteau pour les malades, deux cuillères et une fourchette d'argent, trente livres d’étain en vaisselle, quatre grandes chaudières, savoir, deux grandes et deux moyennes, une petite marmite avec son couvercle, une petite poële, un poilon et un gril.
‘# Pour livres spirituels, la Sainte Bible en deux tomes, un Nouveau Testament, la Fleur des Saints, la Vie de Ste. Thérèse et une demidouzaine d’autres livres de dévotion; de plus, un bréviaire en deux tomes et un livre de la Semaine-Sainte, dont du tout nous nous tenons pour contentes, en foi de quoi nous avons signé la présente en notre monastère de Québec le 20me jour de novembre, mil six cents quarante huit,
(SR. MARGUERITE DE ST, ATHANASE, Supérieure.
‘Sr, Marie De ST, Joserx, Assistante.
(SR, ANNE DE STE, CLAIRE, Conseillère, (6 SR, MARIE DE L'INCARNATION, Dépositaire."’
s'était placée sous la conduite spirituelle du R. P. Salin, S. J., et ce fut ce dernier qui la présenta à Mad. de la Peltrie au moment où celle-ci s’embarquait pour l’Amérique. Sr. C. Barré de St. Ignace prononça ses vœux vers la fin de l’année 1648.
616.—PREMIÈRE PROFESSION RELIGIEUSE.—PREMIÈRE SŒUR CONVERSE CANADIENNE.
Vous aimerez sans doute, chères lectrices, à trouver ici quelques détails particuliers sur cette première profession religieuse qui se fit en notre Monastère.
Ce fut le 21 novembre 1648, que la petite communauté se réunissait dans la Chapelle où nous avons déjà contemplé nos Mères à pareil jour, en 1642.— Aujourd’hui, c’est l’oncle du martyr, le Rév. P. J. Lalemant, Supérieur du Monastère, qui préside à la picuse cérémonie. La novice est agenouillée au milieu du petit chœur (1): à sa droite est la Mère St. Athanase, supérieure ; à sa gauche, la Mère Marie de St. Joseph, assistante ; pour Mme. de la Peltrie, il faut la chercher auprès des petites filles sauvages, et toujours à la dernière place. Puis, à leur rang de chœur, nous voyons la Vén. Mère de l’Incarnation, dépositaire, la Mère Cécile de Ste. Croix, la Mère Ste. Claire, la Mère Anne des Séraphins, la Mère Anne de Ste. Cécile et la Mère Anne Le Boue de Notre-Dame. Plus loin sont la Sr. St. Laurent, première sœur converse, et la Sr. Catherine Lézeau de Ste. Ursule, novice.
Le prêtre est à l’autel pour offrir l'auguste Victime. Les chants, entonnés pur les religieuses, sont poursuivis par les élèves françaises et par les séminaristes. Puis, le silence se fait... . La voix de la novice est seule en-
(1) L'emplacement actuel de la chambre de notre Mère Supérieure.
tendue ; que dit-elle en ce moment solennel et avec une ferveur si touchante ?........, ‘% Au nom de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et en l’honneur de sa très-sainte Mère, de notre bienheureux père St. Augustin et de la bienheureuse Ste. Ursule notre patronne, je, sœur Charlotte Barré de St. Ignace, fais profession religieuse, vouant et promettant à Dieu, en présence de toute la cour céleste et de tous ceux et celles qui sont ici, entre les mains du Révérend Père Jérôme Lalemant, Supérieur des Missions de la Compagnie de Jésus en ce pays, nous tenant lieu de Supérieur; comme aussi entre les mains de la Rév. Mère Marguerite de St. Athanase Supérieure de ce Monastère, et des personnes qui leur succèderont, perpétuelle pauvreté, chasteté et obéissance, et de m’employer à l'instruction des petites filles françaises et sauvages, sous la règle de St. Augustin, le tout entendu selon les coustitutions de ce Monastère de St. Joseph ou Congrégation de Québec. Fait ce 21 novembre 1648.”
Quelques jours après cette cérémonie religieuse en avait lieu une autre semblable en faveur de Sr. Cath. Lézeau de Ste. Ursule, première sœur converse Canadienne. Cette bonne sœur, par son extrême humilité et par sa générosité à se livrer aux plus durs travaux, fut toute sa vie un véritable trésor pour nos Mères.