MADEMOISELLE DE BOULOGNE NOVICE
Cette petite communauté augmentait d’une année à l’autre par la réception de sujets tels qu'il les fallait pour soutenir en Canada l’œuvre de Ste. Angèle. Le deux décembre 1648, on reçut au Noviciat Mlle. Philippe Gertrude de Boulogne, sœur de Madame d’Aillebout si bien connue en ce pays. (Cette pieuse demoiselle était venue en Canada avec sa sœur, femme du troisième gouverneur, M. Lonis d’Aillebout de Coulonge. Elle n’eut pas plus tôt fait connaissance avec nos premières Mères qu’elle désira se consacrer à Dieu parmi elles; mais M. et Madame d’Aillebout ne manquèrent pas de prétextes pour lui faire différer son entrée aux Ursulines. Cependant Mlle. de Boulogne poursuivait toujours son pieux dessein, et dès qu’elle eut obtenu la permission si longtemps désirée, elle quitta joyeusement la résidence du Gouverneur, qui était déjà à cette époque le rendez-vous des belles dames et des brillants chevaliers du pays, et vint partager avec générosité les travaux pénibles et les privations sans nombre de ses pieuses amies des Ursulines.
Notre Mère de l’Incarnation, qui avait alors la direction du noviciat, prenait un singulier plaisir à initier cette fervente novice aux plus beaux secrets de la vie
spirituelle, et Mlle. de Boulogne, qui avait préféré les “ustérités du cloître aux plaisirs passagers d'un monde trop séduisant, embrassait avec la simplicité d’un enfant les plus humbles pratiques de la vie religieuse.
Nous dirons ici comme en passant, que les secours de France cette année (1648), furent moins considérables que les années précédentes, nos Mères, à raison de la grande misère en Normandie, ayant eu la générosité de faire une déduction dans les rentes. Cependant ces tendres mères des sauvages se préparaient à en loger un plus grand nombre que jamais; car la ruine des Hurons était déjà commencée, et la dispersion entière de ces malheureux étant inévitable, elles désiraient fort assister ces pauvres sauvages, et adoucir autant que possible les peines de leur exil.