‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 56 sur 199 · ÉTUDE DES LANGUES SAUVAGES · texte numérisé non relu

ÉTUDE DES LANGUES SAUVAGES

L'étude des langues sauvages fut sans contredit le plus rude travail auquel eurent à se livrer en ce pays nos saintes Mères. Nous avons vu que dès leur arrivée en 1639, elles s’y portèrent avec une ardeur extraordinaire. Pour être en état d'enseigner plus tôt la voie du salut à ces pauvres sauvages, elles se partagèrent la tâche. La Mère St. Joseph seule étudia d’abord le Huron; la Mère de l’'Incarnation et la Mère Ste. Croix s’'appliquèrent à l'Algonquin et au Montagnais. ‘ Nous étudions la langue Algon e par préceptes et par méthode, écrivait la Vén. Mère en 1640, ce qui est trèsdifficile. Il faut que je vous dise qu’en France, je ne me fusse jamais donné la peine de lire une histoire, et maintenant il faut que je lise et médite toute sorte de choses en sauvage. Nous faisons nos études en cette langue barbare, comme font ces jeunes enfants qui vont au collége pour apprendre le latin. Nos Révérends Pères, quoique grands docteurs, en viennent IA aussi bien que nous, et ils le font avec une affection et une docilité incroyable.”

“ Vous rirez peut-être, écrivait-elle plus tard, de ce qu'à l’âge de cinquante ans, je commence à étudier une nouvelle langue, mais il faut tout entreprendre pour le service de Dieu et le salut du prochain.”

Dans la suite, la Mère de l’Incarnation se rendit tellement maîtresse de ces différents idiômes, qu’elle put laisser de précieux manuscrits pour en faciliter l'étude à sessœurs. ‘Mes occupations les matinées d'hiver, écrivait-elle, est d'enseigner les langues sauvages à nos jeunes sœurs. Il y en a qui vont jusqu’à savoir les préceptes et à faire les parties, pourvu que je leur traduise le sauvage en français. Mais pour ce qu'il y a

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d'apprendre un certain nombre de mots du dictionnaire, c'est une peine, ce sont des épines! De toutes nos jeunes sœurs, il n’y en a qu’une qui pousse avec vigueur. La Mère Assistante et la Mère Ste. Croix sont assez savantes, parce que dans le commencement nous apprîmes le dictionnaire par cœur. Comme ces études sont très-difficiles, j'ai résolu de laisser avant ma mort le plus d’écrits que je pourrais. Depuis le commencement du carême dernier jusqu’à l’Ascension, j'ai écrit un gros livre Algonquin d'histoire sacrée et de choses saintes, avec un dictionnaire et un catéchisme Iroquois, que l’on estime un trésor. L'année dernière, j'ai écrit un gros dictionnaire Algonquin à l'alphabet français, et j'en ai un autre à l’alphabet sauvage.” (1)

Après ces détails, nos lectrices peuvent se former quelqu'idée du zèle, de l’assiduité au travail, et de la constance de la Mère de l’'Incarnation et de ses compagnes.

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