‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 57 sur 199 · PIÈTÉ ENVERS LA STE, VIERGE · texte numérisé non relu

PIÈTÉ ENVERS LA STE, VIERGE

Nous arrivons, chères lectrices, à cette nuit fatale qui fut témoin d’une grande infortune et d’une vertu plus grande encore. N’anticipons pas cependant sur les faits. Assistons d’abord avec la pieuse population de Québec à une procession en honneur de Marie; c’est notre Vén. Mère qui va nous en entretenir.

4 ,.., Vous eussiez eu, dit-elle, une dévotion sensible de voir la procession qui se fit à Québec le jour de

(1) Ces précieux manuscrits ne se trouvent plus dans la maison. Comme notre Vén. Mère les avait faits pour le bien des sauvages et qu'ils ne pouvaient plus nous être utiles sous ce rapport, on crut entrer dans ses vues en les donnant, il y a une quarantaine d'années, à des missionnaires qui allaient évangéliser les sauvages du nord,

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l’Assomption de cette Mère de bonté. Deux Pères de la Compagnie portèrent son image en relief sur un brancard bien orné, aux trois maisons religieuses (1) qui étaient destinées pour les stations. Comme les lieux sont assez éloignés les uns des autres, deux autres Pères étaient préparés pour leur succéder et les soulager en cette sainte charge. Outre le gros des Français, il y avait environ six cents sauvages qui marchaient en ordre. La dévotion de ces bons néophytes était si grande qu’elle tirait les larmes des yeux de ceux qui les regardaient. J’eus la curiosité de les regarder d’un lieu où je ne pouvais être vue, et je vous assure que je n’ai point vu en France de procession où il y eût tant d'ordre, et en apparence tant de dévotion. Pour ce qui est des sauvages, cela m'est toujours nouveau, car la pensée de ce qu'ils ont été avant que de connaître Dieu, et de ce qu'ils sont à présent qu'ils le connaissent, me touche à un point que je ne puis dire. De là vous pouvez juger combien je souffre de voir la tyrannie que les barbares Iroquois exercent en leur endroit. Ah! mon très cher fils, que je serais heureuse, que je serais contente si toute cette persécution se terminait en moi! Présentez encore ce mien désir à la Sainte-Vierge, à laquelle de bon cœur je présente le vôtre.”

L'intérieur du cloître, à son tour, va nous présenter une nouvelle preuve de sa dévotion envers la Reine du ciel.

C'était le 8 sept. 1650 qu’au joyeux appel des cloches du Monastère, toute la famille des Ursulines se réunissait avec empressement dans la petite chapelle de Marie Immaculée. Suivons ces vierges fortes et généreuses entourées de leurs filles d'adoption les jeunes

(1) L'Hôtel-Dieu, les Ursulines et là maison des RR, PP, Jésuites.

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le élèves françaises, et de leurs chères enfants sauvages, in qui partagent avec ardeur les dévotions de leurs Mères, 1) Jusqu'ici ces humbles religieuses, dans leur vie de traes vail et d’abnégation, se sont rassurées dans la douce 1x | confiance que la Vierge était au milieu d’elles, protéles i geant et gouvernant leur petite communauté. Le Mo- Les | nastère, enfin achevé, était une preuve évidente de la jui bonté, de la prédilection de leur céleste Patronue ; au- LO- jourd'hui elles se prosternent à ses pieds pour la prouXx clamer “ première et principale Supérieure,” et se reles connaître avec bonheur ses “petites sujettes et très- Jus humbles filles.”

La statue de la Vierge Immaculée, rayonnante de Inmière, est entourée de fleurs fraîchement écloses ; l’encens s'élève ; les plus doux parfums embaument le petit sanctuaire.—HMemorare, Souvenez-vous,” chante la voix la plus mélodieuse ; et pendant qu’on poursuit cette invocation touchante, toutes les émotions de l’âme se réveillent, tous les yeux versent des larmes d’amour et de reconnaissance...

Le chant terminé, la Mère Supérieure vient s’agenoutiler aux pieds de la statue, et, après y avoir déposé nte les clefs du Monastère, elle prononce d’une voix émue l'acte de consécration qui suit :

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où Quel charmant tableau se présente ici à nos yeux!

uter ‘ Très-sainte et très-digne Mère de Dieu, Reine du > du ciel et de la terre, nous voici prosternées aux pieds de votre majesté avec un indicible regret des fautes que hes nous avons commises à votre service, desquelles nous inis- vous demandons très-humblement pardon, vous yprode mettant en présence de la très-Sainte-Trinité et de toute éné- la Cour Céleste de vous tenir pour notre Mère, Dame nes

et Avocate, vous suppliant toutes du plus profond de his nos cœurs et de toute l'étendue de nos atlections,

d’avoir un soin très-particulier de la conduite de cette Communauté, qui vous tient et reconnaît pour première et principale Supérieure, voulant à jamais relever devous par l’état d’une très-humble servitude. Et moi, Sr. Marguerite de St. Athanase, quoique très-indigne, mets cette charge entre vos mains, ne voulant désormais la tenir que de vous, et me soumettant avec toutes celles qui habitent cette maison à votre sainte conduite, pour rendre à votre grandeur l'hommage, l'honneur et l’obéissance que nous lui devons en qualité de ses petites sujettes et très-humbles filles.”

La consécration faite, la Mère Supérieure se lève ; on dirait qu'avec les clefs du Monastère elle a déposé le fardeau de la supériorité. D'une voix ferme elle entonne le 7e Deum, et pendant ce chant de joie, chaque religieuse vient rendre hommage en baisant les pieds de la statue.

C’est ainsi que se fit pour la première fois, il y a plus de deux siècles, la consécration qui s’est toujours renouvelée depuis, chaque année, à pareil jour; et, pour notre part, jamais nous n’y avons assisté sans éprouver des sentiments toujours plus vifs de piété et de gratitude envers notre divine Mère. (1)

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