‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 61 sur 199 · DISCOURS DE TAIEARONK AUX RELIGIEUSES URSULINES · texte numérisé non relu

DISCOURS DE TAIEARONK AUX RELIGIEUSES URSULINES

{4 Vous voyez, saintes filles, de pauvres cadavres, les restes d’une nation qui a été florissante et qui n’est plus. Au pays des Hurons, nous avons été dévorés et rongés jusqu’aux os par la guerre et par la famine. Ces cadavres ne se tiennent debout que parce que vous les soutenez. Vous l'aviez appris par des lettres et imaintenant vous le voyez de vos yeux, à quelle extrémité de misère nous sommes réduits. Regardez-nous de tous côtés, et voyez, considérez s'il y a rien en nous qui ne nous oblige de pleurer sur nous-mêmes et de verser sans cesse des torrents de larmes. Hélas! ce funeste accident qui vous est arrivé va renouveler tous nos maux, et faire couler encore nos larmes qui commençaient à se tarir! Avoir vu brûler cette belle maison de

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salle de l’Hôtel-Dieu, en présence du R. P. Ragueneau et des Mères Hospitalières. ‘Nos chrétiens ITurons, dit la Relation de 1651, tinrent conseil, et n’ayant pas de plus grandes richesses que deux colliers de porcelaine, chacun de douze cents grains, ils vont trouver les Mères Ursulines retirées à l’Iôtel-Dieu, leur portent ces deux colliers pour leur en faire des présents.”

Jésus; avoir vu réduire en cendre cette maison de charité, y avoir vu régner le feu sans respecter vos personnes, saintes filles qui l’habitiez 1............C'est ce qui fait ressouvenir de l'incendie universel de toutes nos maisons, de toutes nos bourgades et de toute notre patrie | Faut-il donc que le feu nous suive ainsi partout ?

‘ Pleurons, mes chères compatriotes, pleurons nos miséres qui, de particulières sont devenues communes avec ces innocentes filles. Saintes filles, vous voilà réduites à la même misère que vos pauvres Hurons, pour lesquels vous avez eu une compassion sitendre. Vous voilà sans patrie, sans maison, sans provisions et sans secours, sinon du ciel que jamais vous ne perdez de vue. Nous sommes venus ici dans le dessrin de vous consoler, et, avant d'y entier, nous avons pénétré dans vos propres cœurs, pour y reconnaître ce qui pourrait davantage les affliger depuis votre incendie, pour y porter quelque remède, Si nous avions affaire à des personnes semblables à nous, la coutume de notre pays eût été de vous faire un présent pour essuyer vos larmes, et un autre pour affermir votre courage. Mais nous avons bien vu que votre courage n’a pas été abattu sous les ruines de cette maison, et pas un de nous n’a vu mêms une demi.-larme sur vos yeux pour pleurer sur vousmêmes à la vue de cette infortune. Vos cœurs ne s’attristent pas dans la perte des biens de la terre, nous les voyons trop élevés dans les désirs des biens du Ciel!

“Nous ne craignons qu’une chose, saintes filles, et ce serait un malheur pour nous: nous craignons que la nouvelle de l’accident qui vous est arrivé étant portée en France, ne soit sensible à vos parents plus qu’à vous mêmes; nous craignons qu’ils ne vous rappellent et que vous ne soyez attendries de leurs larmes. Comment une mère pourrait-elle lire sans pleurer les lettres qui lui feront savoir que sa fille est restée sans vêtements, sans lit, sans vivres, et sans aucune des douceurs dans lesquelles vous avez été élevées dès votre jeunesse ? +... LA première chose que la nature inspirera à ces mères

Ces témoignages de sympathie et de gratitude de la part des malheureux Hurons durent être bien sensibles à nos Mères, et les attacher plus que jamais à leurs ' pauvres sauvages du Canada.

Les Ursulines augmentaient du double Ja famille des

Hospitalières, qui ne comptaient alors que six reli- | gieuses professes et une novice. Elles voyaient avec | admiration ce petit nombre d'âmes dévouées mener une vie aussi laborieuse qu'édifiante, se sacrifiant jour et (A uuit au soulagement des pauvres et des malades, tant

Français que Sauvages, dont leurs salles étaient rem-

plies. |

Après trois semaines de séjour à l'Hôtel-Dieu, nos Mères résolurent de se séparer de leurs généreuses hô-

désolées, ce sera de vous rappeller auprès d'elles, pour se consoler elles-mêmes en procurant votre bien. Un frère fera de même pour sa sœur, un oncle ou une tante pour leur nièce, ainsi. nous serons en Û danger de vous perdre, et de perdre en vos personnes, le secours que nous avions espéré pour l'instruction de nos filles, dont nous avons | commencé avec tant d’ardeur à goûter les fruits. 1

{ Courage. saintes filles, ne vous laissez pas vaincre par l’amour | de vos parents, et faites voir aujourd'hui que l'affection que vous | avez pour les pauvres sauvages est une charité céleste plus forte que | les liens de la nature. Pour affermir en cela vos résolutions, voici | un présent de douze cents grains de porcelaine, qni enfoncera ei bien | vos pieds dans la terre de ce pays, qu'aucun amour de vos parents ou de votre patrie ne puisse les en retirer.

4 Le second présent que nous vous prions d’agréer, c’est un collier tout semblable de douze cents grains de porcelaine pour jeter de nouveau les fondements d’un édifice qui sera encore la maison de Jésus, la maison des prières, et où seront vos classes dans lesquelles vous puissiez instruire nos petites filles Huronnes. Cesont nos désirs et ce sont aussi les vôtres; car sans doute, vous ne pourriez mourir contentes, si, en mourant, vous pouviez vous faire ce reproche ; que, par un amour trop tendre pour vos parents, vous n’eussiez pas aidé au salut de tant d'âmes, que vous aviez aimées pour Dieu, et qui seront dans le ciel votre éternelle récompense.”’—Relation, 1651.

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