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tesses, afin de reprendre autant que possible, les fonctions de leur Institut. A leur départ, non contentes d'avoir pourvu à toutes leurs nécessités avec une charité digne d’elles, les Mères Hospitalières leur prétèrent encore plus de cinq cents livres de toutes sortes de commodités, tant pour elles que pour leurs domestiques. Avant de dire adieu à leurs chères amies, nos Mères eurent l’heureuse idée de prendre avec elles un engagement spirituel et réciproque, ou acte d'union (1), signé de part ct d'autre, s’obligeant à un échange perpétuel de prières et de bonnes œuvres, surtout à l’époque du décès d’une religieuse dans l’un ou l’autre Mouastère. Voilà l'origine de ces touchantes pratiques de piété par lesquelles les deux Communautés ont voulu marquer d’un sceau inviolable, l’union étroite qui s'était établie entre elles dès leur première entrevue à Dieppe quand, dans un même but, elles s’exilaient ensemble de leur patrie commune.
(1) ‘Nous Supérieure et Religieuses Ursulines de Québec étant, à cause de l’incendie de notre Monastère, réfugiées au Couvent des Révérendes Mères de l’Hôtel-Dieu, sommes convenues des points suivants, savoir :
19 Que, pour conserver une perpétuelle et indissoluble union entre nos deux Communautés, dorénavant il y aura une entière 80ciété et communication de biens spirituels, et participation réciproque aux bonnes œuvres et prières qui se feront en nos deux Monastères, tant particulières que générales... ....
2° Que, pour une plus particulière preuve de cette union et charité que nous désirons établir et conserver entre nous, et aussi pour suppléer au peu de moyens que l’on a en ce pays de faire dire les suf: frages pour les sœurs défuntes: lorsque quelqu’une sera décédée dans l’une des deux maisons, la Supérieure de cette religieuse défunte en donnera avis à l’autre Monastère, dans lequel, (selon que nous nous sommes entrepromis), on dira l'office des morts à neuf leçons et on chantera une grand’messe; on fera une communion générale; et on dira un chapelet, le tout pour le is de l'âme de la défunte; et ce
rarement" mé. 2c
$28.—TRAITS ÉDIFIANTS QUI SE RATTACHENT À L'INCENDIE—AGNÈS SKANUDHAR8A.
“ Pendant l'incendie des Mères Ursulines, dit le R. P. Ragueneau (1), une petite fille Huronne (Geneviève Agnès Skanudhar8a) qui y demeurait pensionnaire, n'ayant pu se trouver, nous crûmes pour un temps qu’elle était brûlée. Le père et la mère de cette enfant, tous les parents, quantité de Français et moi-même l’ayant cherchée partout, il ne nous restait aucun doute qu’elle ne fût consumée avec la maison. La résigna-
seulement pendant le temps qu’il plaira à Dieu de nous conserver dans ce pays: car, au Cas de retour en France, les unes et les autres cesseraient d’être obligées à ces devoirs de charité et d’assistances spirituelles, comme aussi en cas qu’une des deux maisons vînt à manquer à l'exécution de ces promesses, l’autre n’aurait plus aucune obligation de son côté.
439 Toutes les susdites Religieuses Hospitalières et Ursulines ont volontairement et de bon cœur remis entre les mains de Notre-Seigneur tout ce qu’elles pourront faire et mériter durant les huit jours qui précèderont le décès de chaque religieuse, afin qu’il plaise à sa divine Majesté l’appliquer au profit de cette âme pour lui mériter une sainte et heureuse mort, et hâter le temps de sa béatitude. A ceteffet, toutes les religieuses renoncent autant qu’elles peuvent, à toutes les autres intentions qu’elles pourraient avoir (qui ne leur seraient point de vœu) dans l’espace de ces huit jours, pour l'application de leurs prières, souffrances, bonnes œuvres, afin que sa divine Majesté l’applique au profit d’icelle: en foi de quoi et pour preuve authentique de notre in. tention ce présent acte dressé en notre Monastère de Ste. Ursule de Québec ce huitième février mil six cent cinquante et un, et signé au nom de tout le chapitre par
4 SR. MARGUERITE DE ST. ATHANASE, Supérieure, (SR. MARIE DE ST. JosePH, Assistante et Secrétaire, (6 SR. ANNE DE STE. CLAIRE, Conseillère.
‘ Le 8 février 1651.’ (1) Relation, 16651.
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tion à la volonté de Dieu était en cette rencontre bien difficile à un père et à une mère qui aimaient cette petite fille comme la prunelle de leurs yeux. Après avoir versé quantité de larmes dans un calme d'esprit qui témoignait bien que leur cœur trouvait son repos en Dieu, ils se mirent à genoux et lui offrirent leur enfant. Bien plus, ils s'offraient eux-mêmes à brûler dans le même feu s’il voulait le permettre. Jamaisils ne dirent
aucune parole d’impatience ni de murmure contre qui que ce soit durant l’espace de deux heures qu’ils crurent que leur petite était brûlée. La plus rude parole que prononça le père au plus fort de sa douleur fut celle-ci: ‘ Dieu nous éprouve bien rudement, mais ce nous est assez qu'il nous ait fait miséricorde en nous appelant à la foi: ma fille est maintenant au ciel puisqu’elle a été baptisée, et nous la suivrons parce que nous voulons mourir bons chrétiens.” Cette petite fille nommée Geneviève ayant été heureusement retrouvée, un de nos Pères alla porter la nouvelle aux parents, et sachant bien la portée de leur foi, pour les éprouver davantage, il les interrogea sur les sentiments où ils étaient. ‘“ Ce qui m'a le plus touchée, dit la mère, ça été la douleur qu’a sentie ma pauvre fille mourant dans les flammes. Je n'ai pu refuser des larmes à la tendresse de mon cœur, mais l’espérance que nous avons de son salut ne nous permet pas de nous plaindre davantage.”” ‘Elle est retrouvée! s’écrie alors le Père, elle est pleine de vie!” Ce fut alors que toute la cabane et tous les parents qui s’y étaient assemblés ne
purent plus contenir leurs larmes, mais c'étaient des
larmes de joie qui leur fit bénir Dieu. Cette petite fille est maintenant dans la maison des Mères Hospitalières, et il semble que le Seigneur la veuille pour la vie religieuse.”
Le R. P. Ragueneau ne s'est point trompé, chères lectrices, en disant que le Seigneur semblait vouloir attirer Geneviève-Agnès à la vie religieuse. En effet, voyant que nos pauvres Mères ne pouvaient plus la garder comme pensionnaire, elle obtint une place à l’Hôtel-Dieu, et la vie des Hospitalières lui plut à un tel point qu’elle résolut de l’embrasser. Les religieuses l'ayant admise aa noviciat, Geneviève-Agnès y demeura huit mois en qualité de postulante. Etant tombée dangereusement malade, cette enfant de bénédiction demanda pour dernière grâce qu’on lui donnât l’habit religieux. ‘Cette faveur lui fut accordée, et elle mourut deux jours après, dans les transports d’une piété et d’une joie toute céleste, car on lui avait aussi accordé la grâce de prononcer ses vœux.
$27.—CÉCILE ARENHATSI.
Les sentiments de la pieuse Cécile Arenhatsi ne furent pas moins admirables que ceux des parents de Geneviève.
“ Cette jeune veuve chrétienne, dit encore le R. P. Ragueneau, s'était mise comme servante chez les Mères Ursulines, à dessein de jouir le plus tôt qu’elle pourrait du bonheur de la vie religieuse. Cécile Arenhatsi n’était âgée que de vingt-trois ans, et elle avait amené avec elle aux Ursulines, une petite fille de six à sept ans nommée Marie, qui était son unique ; mais elles se voyaient aussi pea que si la nature n'eut point eu de part en leur amour, la fille étant au séminaire et la Mère parmi les religieuses. C’est un esprit très-bon, un naturel très-doux, et une volonté encore meilleure, qui, depuis son bas âge, a toujours crû en dévotion; lorsqu'elle était encore au pays des
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Hurons, entendant parler des Saintes Filles, (c'est ainsi que les Hurons appellent les religieuses), tout son cœur s’y portait. Elle n’a été que quatre mois dans l'état du mariage, toujours elle s’est conservée innocente au milieu de la corruption, toujours dans la ferveur et la simplicité.
Les Mères Ursulines étaient ravies de la voir parmi elles, car Cécile contentait tout le monde et y vivait contente, voulant plaire à Dieu et l'aimer. Elle fut le plus en danger d’être brûlée lors de l’incendie ; étant couchée au plus haut étage, elle se vit investie de flammes de tous côtés. Voyant qu’il était impossible de se sauver autrement, elle se jeta par la fenêtre et tomba assez heureusement. Je lui demandai après, les pensées qu’elle avait eues dans ces flammes. J'avais, répondit-elle, offert ma vie à Dieu, et je fusse morte bien contente; mais je crus que Dieu m'obligeait de me sauver, comme je le pouvais faire ; je ne songeais qu’à lui, et je craignaïs aussi que ce malheur ne fût arrivé à des filles si saintes, qu’à cause de mes péchés, car je suis indigne de vivre dans leur compagnie.” Elle attend avec patience et amour que ces bonnes Mères soient rebâties, et elle espère bien ne mourir jam: i: u’avec elles.”?
La jeune et vert :euse veuve n’eut pas, cependant, le bonheur de rentrer dans cette ‘“ maison de Jésus ”” où elle avait coulé des jours si heureux. Après avoir fait épreuve de la vie religieuse, elle connut d’une manière évidente, qu’elle n'aurait jamais la force de s'acquitter du laborieux travail de nos sœurs converses. Ainsi, d'après l'avis des personnes chargées de sa conduite, notre pieuse Cécile se décida à passer à secondes noces. Elle épousa un homme de sa nation, excellent chrétien de Lorette, avec lequel elle vécut plusieurs
années dans l'exercice de toutes les vertus chrétiennes. Nous donnerons plus tard la notice édifiante de sa mort. .
La petite Marie, fille de Cécile, fut une de ces espiègles, qui grimpaient par dessus nos clôtures à la façon des petits écureuils, et qui prenaient ensuite la clef des champs ; mais comme sa mère, aussi sage que tendre, persistait toujours à la ramener au Couvent, la fugitive, après plusieurs sorties ‘à la sourdine,” finit par se mettre en devoir d'obéir. Rentrée une dernière fois au séminaire, cette enfant se livra au travail, fit de bonnes études, et devint par la suite, une imitatrice fidèle des vertus de sa mère, et un modèle de piété pour toutes les femmes sauvages qui habitaient alors la florissante bourgade de Lorette. e
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