‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 71 sur 199 · A CR PE PES · texte numérisé non relu

A CR PE PES

Stars

fois, Aussi depuis cet heureux moment parut-elle plus unie à Dieu et plus ferme que jamais dans l'intention de se donner à lui sans partage.

Une maladie qu’elle eut vers ce temps-là, décida les médecins à lui faire reprendre l'air natal. En quittant le pensionnat, son regret fut adouci par l'espérance d'y revenir ; aussi reprit-elle gaîment la route de la maison paternelle. Avec quelles douces émotions elle revit cette famille au milieu de laquelle s'étaient écoulés ses premiers beaux jours, les lieux de son enfance, ce vieux château, ces jardins, ce clocher du village, ces beaux'arbres, ces prés fleuris, ces côteaux verdoyants ! Tout lui souriait et conspirait à attacher son cœur. Bientôt cette langueur qui l'avait si longtemps accablée disparaît entièrement ; elle n'est pas encore bien forte, mais elle croit l'être suffisamment pour revenir à la maison de Dieu, car elle tremble pour son cœur, dont elle sent la faiblesse, à mesure que les affections de famille y reprennent leur empire. Hélas ! ce n’était pas chose facile à une ‘jeune fille de quatorze ans, de rompre des liens à la fois si naturels, si forts et si aimables. Ses parents, de leur côté, désiraient vivement la retenir. Voyant néanmoins que le Seigneur exigeait d'eux ce sacrifice, ils s’efforcèrent de s’y soumettre, mais rien de plus désolant que leurs adieux. La mère pensa perdre connaissance, le père s’enferma dans son cabinet, et Marie elle-même avait le cœur brisé d'émotion. ‘“ C’est (1) toujours un spectacle touchant que de voir la nature ainsi aux prises avec la grâce, lorsque celle-ci finit par être victorieuse ; car la violence de la lutte donne plus de prix à la victoire: et, en voyant tant de courage et de constance en des natures frêles et délicates, on se sent animé soi-même au combat par leur exemple, et l’on n'ose plus désespérer de son propre cœur.”

Les épreubes d'une postulante De quatorie ans.

Rentrée aux Ursulines de Tours dans la ferme résolution de n’en plus sortir, Mile. de la Troche, pour éviter un refus de la part de ses parents, crut pouvoir user à leur égard d’un petit détour

(1) Vies des premières Ursulines de France par M. Charles Sainte- Foi.

que l'événement sembla justifier. Ainsi, dans l’ardeur qu’elle avait de suivre sa vocation, elle ne cessait de supplier la Communauté de l’admettre au nombre des novices. Persuadées qu’elle serait obligée de sortir bientôt à raison de sa faible santé, les religieuses la reçurent néanmoins au noviciat, à condition qu’elle le quitterait sans réplique à la première parole de ses parents.

À peine Mlle. de la Troche eut-elle obtenu ce qu’elle désirait, qu'il s’opéra en elle un changement presque miraculeux ; ses forces revinrent et sa santé se rétablit complètement. Pénétrée de reconnaissance pour cette insigne faveur, elle redoubla de zèle dans la poursuite de sa sainte entreprise, et écrivit lettre sur lettre à ses parents, les conjurant de permettre qu’elle embrassât la vie religieuse,

Surpris et alarmés à cette demande, ils prirent la résolution de l'en dissuader entièrement. En effet, Mme. de St. Germain arrive bientôt à Tours, se rend aux Ursulines et demande à voir sa fille. Celle-ci, sans rien révéler de la démarche qu'elle venait de faire, se contente de prier sa mère de ne pas s'opposer au désir qu’elle a de se faire religieuse. Sa mère fi répond qu'elle veut l'avoir auprès d'elle pendant quelques jours afin de causer un peu plus à l'aise sur un sujet aussi important. Cette fille obéissante cède à l’instant et sans réplique à la volonté de sa mère, se pare des habits qu’elle lui avait apportés, et se prépare À la suivre. Mais avant de s'éloigner de ce lieu qu’elle avait choisi pour s’immoler tout entière au Seigneur, elle alla se prosterner devant l'autel de Marie sa mère, en la conjurant de la fortifier contre la tendresse d'un cœur encore trop faible, et de vouloir bien protéger une vocation qui devait l’unir si intimement avec son divin Fils. Ce fut, sans doute, par le secours de cette Vierge Immaculée qu’elle triompha cette fois encore de l'affection si ardente qu’elle avait elle-même pour ses parents, qui ne se lassèrent pas de travailler pendant plusieurs jours à ébranler sa résolution, cherchant mille prétextes pour l’amener avec eux jusqu’à St. Germain, (1) lieu de sa naïssance.

L'enfant de Marie, bien loin de se laisser gagner par tous ces

(1) Petite ville sur la Sarte, dont ils étaient Seigneurs.

UE SG RTE 5

ER

elle nuelle

ree le

ait, rces conis la , ses reli-

nm de rrive fille.

faire, elle à avoir lus à l'inshabits avant tout [arie d'un ation sans mpha nême dant extes nais-

1s CES

témoignages de tendresse, ne vit en cela qu’une raison de plus pour persévérer dans le choix de l’état de vie où Dieu la voulait ; car elle connaissait la piété de ses parents et elle savait qu’ils honoraient du fond de leur cœur les personnes consacrées à Dieu. # Vous ne voulez que mon bonheur, leur disait-elle, eh bien ! souffrez que je passe ma vie auprès du sanctuaire où depuis cinq années j'ai été si heureuse !....” Pour toute réponse, sa mère fondait en larmes, et son père s’éloignait rapidement. Après quatre ou cinq jours passés dans ces luttes continuelles, la pauvre Marie fut enfin consolée en voyant que ses parents devenaient plus soumis à la volonté du ciel. En effet croyant voir dans la constance de leur enfant une preuve que cette vocation venait de Dieu, ils ne voulurent pas la contrarier davantage, et prirent la résolution de lui permettre l’entrée du noviciat.

21. et Mme. de St. Germain, en la reconduisant au Couvent, se promirent cependant de continuer à l’éprouver jusqu’à la fin de son noviciat ; ce à quoi ils furent très-fidèles, venant souvent la voir à la grille et s’efforçant de toutes manières de l’attirer à eux. Au milieu de tant d'assauts, la postulante restait ferme, et ne cessant de publier le bonheur de son état, elle se félicitait tous les jours des sacrifices qu'elle avait faits pour l’embrasser.

Da ferbente nobice,

Les trois mois d'épreuve étant passés, la famille de la Troche St. Germain se réunit encore au Couvent pour assister à la prise d'habit. Suivant l'usage en certains Couvents de France, l’ajustement de la postulante devait être laissé aux plus proches parents, et Mme. de St. Germain, ne voulant pas perdre cette dernière occasion d’embrasser sa fille, s'empressa de lui rendre ces tendres soins. Enfin, la jeune victime étant parée pour le sacrifice, il fallait la reconduire aux religieuses qui l’attendaient à la porte de la chapelle; la mère embrassant sa fille pour la dernière fois, la tint si longtemps et si fortement serrée sur son cœur que M. de St. Germain dut intervenir pour mettre fin à une scène aussi déchirante, et conduire sa fille jusqu’à la porte de la clôture. Mlle. de la Troche ne put refuser des larmes à la douleur de ses parents, cependant elle n’en parut que plus ferme dans sa résolution d'être Y

tout à Dieu ; au pied du saint autel, une joie sereine et douce brillait sur son front et toute l'assistance admira sa générosité et son courage.

Le Seigneur ne tarda pas à récompenser sa jeune servante du sacrifice qu'ehe venait de lui faire. Il remplit son âme de célestes douceurs et lui rendit faciles les plus graves devoirs de la religion. Comme le jeune aigle qui s’élance au plus haut des airs, Marie de St. Bernard eût désiré perdre de vue cette terre pour ne penser qu'à Dieu.

Il est facile de se faire une idée de la ferveur d’une novice dont la vocation avait été si fortement éprouvée ; aussi, selon le témoignage de la Mère de l'Incarnation : ‘ On était ravi de voir en une fille de quatorze ans la vertu d’une religieuse parfaite” “ Versle temps de sa profession (1), l'ennemi du salut vint l’assaillir, en lui remettant sans cesse devant les yeux, sous les formes les plus séduisantes, les affections si douces de la famille, auxquelles elle allait renoncer pour toujours. Sensible comme elle l'était, il lui fallut lutter avec énergie contre les sentiments de la nature qui se réveillèrent en elle: et la lutte fut si violente que son âme en fut comme déchirée. Notre Scigneur ayant pitié d'elle, lui envoya pendant son sommeil, pour la consoler et la fortifier, un songe i mystérieux, où elle vit une échelle qui d’un bout touchait au ciel et de l’autre à la terre. Beaucoup de personnes en montaient les degrés, aidées de leurs bons anges, Jesquels essuyaient les sucurs qui leur tombaient du front. Plusieurs tombaient dès le premier degré de l’échelle, les autres plus haut, et quelques uns, surmon- î tant les difficultés d’un chemin si raide, arrivaient heureusement j au sommet, L'effet de cette vision montra bien que ce n’était pas seulement un songe, mais une consolation et un enseignement que Dicu avait voulu lui donner: car dès le lendemain elle se sentit plus forte ; et sa tendresse pour ses parents se transfigura pour ainsi dire dans un amour ferme et généreux, tel qu’il convient aux âmes que Dieu appelle à la perfection.” N

Le jour ayant été fixé pour sa profession, cette cérémonie se fit avec une grande solennité. Son père et ses oncles étaient présents

(1) M. Charles Sainte-Foi, Vies des premières Ursulines de France.

lorsqu'elle prononça ses vœux; sa mère et ses sœurs n’eurent pas

soupe la force de paraître, et ce ne fut que longtemps après, qu’elles vinosité ef rent au Couvent pleurer sur le sort de leur chère et trop heureuse Marie. Le bonheur le plus doux fut en effet désormais le parante du tage de cette aimable et pieuse sœur ; car elle était de ces “ riches LIRE natures qui plaisent également et à Dicu et aux hommes.” Nos région, lectrices peuvent se rappeler ce qu’elles ont déjà lu de la vivacité pre de son esprit et de son incomparable gaicté ; ces belles qualités Le

jointes à tant d’autres dont elle était enrichie, donnaient de tels charmes à sa conversation qu’on oubliait les heures auprès d'elle. De là l'admiration, l'estime, les égards dont on l’entourait ; de là aussi sa crainte que tant d’attentions de la part des autres ne missent obstacle à sa perfection. Telle fut Sr. Marie de St. Bernard pendant les premières années qui suivirent sa profession, prévenue sans cesse de grâces par le Seigneur et honorée de la con- : fiance et de l'amitié de toute sa Communauté. Ce fut alors qu’elle aie te i eut une vision dont elle ne comprit pas d’abord la signification FRE 1 profonde ; mais bientôt le choix que l’on fit d’elle pour la mission du Canada, lui expliqua le mystère de ces hommes rouges en cos- | tume sauvage, portant des étendards marqués de lettres étranges, et qui lui dirent en la regardant : ‘ Ne craignez pas, Marie, c’est par nous que vous serez sauvée.”

vice dont le témoipir en une “ Versle llir, en lui 8 plus sé-

i se réveilme en fut ui envoya un songe hait au ciel ntaient les les sueurs

Za jeune fMissiomvaire,

Tous les détails du choix de la Sœur Marie de St. Bernard le premier | pour la mission du Canada étant déjà connus de nos lectrices, nous hs, surmon- ne parlerons ici que des obstacles qu’il y eut à surmonter du côté de ses parents. Cette fervente Ursuline, quoique vivement com-

LEA ma er et 25

ureusement

n'était pas ï battue elle-même par les sentiments si tendres qu’elle avait pour nement que : sa famille, conjura Dieu avec ferveur de ne pas permettre que ses lle se sentit \ péchés missent obstacle aux desseins de sa Providence sur elle. On a

figura pour | dit ailleurs comment elle s’adressa alors à St, Joseph,ct le vœu qu’elle onvient aux fit de prendre son nom si elle obtenait la grâce qu'elle désirait si ardemment, On envoya un exprès à Angers pour remettre À ses monie se fit ; parents des lettres de la part de Mgr. l'Archevêque de Tours, de ent présents la Supérieure des Ursulines et de leu: tant aimée fille. Ils furent 4 consternés en les lisant : Mme. de St. Germain ayant repris un

so bodhni les

s de France.

D annee 8 nain 4 +

peu ses sens, commanda que l'on préparâût son carrosse, voulant partir sur le champ pour Tours. Comme elle montait en voiture, un Père Carme se présenta et demanda à lui dire un mot. Illa mena auprès de son mari, alors malade, et il leur parla si fortement de l'honneur que Dieu leur faisait en appelant leur fille À une vocation si sublime, qu’ils se résignèrent enfin. Mme, de St. Germain ne réclama qu’une seule chose, ce fut la consolation de voir et d’embrasser une dernière fois sa fille, en lui portant la bénédiction de son père. Mais le bon religieux lui représenta qu’elle devait faire sou sacrifice jusqu’au bout, et que par amour pour sa fille, elle devait prendre garde d’affaiblir, par ses tendresses, la générosité de son âme. Elle se contenta donc de lui écrire, mais cette lettre était conçue en des termes si touchants et si chrétiens, qu’on ne la pouvait lire sans verser des larmes. Sœur Marie de St. Bernard bénit Dieu d’un si heureux résultat, qu’elle attribua à l’intercession de St. Joseph; elle prit aussitôt le nom de ce grand saint et se disposa à partir avec la Mère de l’Incarnation. Il est plus facile d'imaginer que de décrire la scène des derniers adieux ; ses sœurs ne pouvaient se résoudre à se séparer d'elle, tandis que cette fille héroïque eut assez de courage pour tout abandonner sans verser une seule larme. Pendant le trajet de Tours à Dieppe, la Mère Marie de St. Joseph, âgée seulement de vingt-trois ans et ornée de tant de belles qualités, fut admirée surtout pour sa modestie angélique et sa rare sagesse. La Reine ayant désiré voir la courageuse troupe qui se dsstinait pour le Canada, les Ursulines furent obligées de paraître plusieurs fois à la Cour pendant leur séjour à Paris. La jeune Missionnaire ne se départit pas un instant de son humble gravité, et elle ne parla que de la vertu et du mépris du monde. La voyant si jeune et si délicate, on la plaignait de toute part, à la pensée qu’elle allait s’exposer aux dangers de la mer, et aux rigueurs du climat du Canada ; elle seule ne s’attendrissait pas, et elle se fortifiait toujours davantage dans la résolution de s’immoler tout entière à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Pendant la traversée, elle avait sans cesse quelque bonne parole pour relever les courages abattus ; au plus fort du danger, c'était elle qui commençait les prières, et elle le faisait

ant ture, Il la fortefille À de St.

ion de la béqu’elle jour Sa sses, la e, mais rétiens, [arie de attribua 2e grand Ilest adieux ; ndis que aner sans icppe, la is ans et sa mOré voir la rsulines dant leur s un instu et du plaignait ngers de ne gs'atns la réau salut e quelque s fort du le faisait

AN ee

d’une voix si ferme qu’elle inspirait aux autres la confiance dont elle était elle-même animée.

Da fière Marie de St. Joseph en Canada.

Vous connaissez déjà, chères lectrices, avec quelle ardeur la Mère Marie de St. Joseph se livra à l'étude de la langue Huronne, et ensuite de l’Algonquine, et quels furent ses travaux pendant les douze années et demie qu'elle passa en Canada. Dieu semblait l'avoir douée d’une grâce toute particulière, nou-seulement pour gagner les cœurs des petites filles sauvages, mais encore celui des hommes et des femmes ; aussi le nom de “ Marie-Joseph la Sainte Fille” était-il devenu fameux au pays des Hurons et des Algonquins. De son côté, elle les aimait et les consolait comme une vraie mère, et elle plaidait si bien la cause de ses chers sauvages auprès de ses parents qu’elle obtenait pour eux chaque année de larges aumônes, Son bonheur fut jusqu’à la fin de se voir au milieu de ses néophytes. ‘J'étais ravie de voir autour d'elle, écrit la Mère de l'Incarnation, quarante à cinquante sauvages tant hommes que femmes et filles, qui l’écoutaient avec une avidité incroyable. Elle oubliait son mal dans l’action; mais ensuite elle demeurait si épuisée, et elle souffrait de si grandes douleurs de poitrine qu’on l'eut dit à l'extrémité.”

Sa vocation de missionnaire fut toujours éprouvée, mais bien particulièrement après le premier incendie de notre Monastère. L'état de destitution où se trouvaient alors nos \ières et ses souffrances qui allaient toujours croissant, semblaient offrir à la Mère St. Joseph une occasion raisonnable et même urgente de retourner dans sa patrie, Ses parents la conjuraient de revenir en France, faisant valoir pour cela toutes les considérations qui pouvaient faire impression sur son esprit et sur son cœur; ses Mères de Tours la rappelaient aussi instamment auprès d'elles; mais à tous, elle répondit : “ Qu'elle aimerait mieux vivre toute sa vie de la sugamité des sauvages, et mourir mille fois s’il était possible, que de faire un coup si lâche que de manquer de fidélité à Dieu.” L’Evêque de la Rochelle, son oncle, avoua lui-même au R. P. Lalemant, qu’il avait résolu de la faire revenir en France, mais que ses lettres l’en avaient détourné, “ il y avait trouvé tant de force et des

add ge os

sl à + . a

raisons si solides, qu’il était resté persuadé qu’elles lui avaient été dictées d'en haut.”

On peut dire que la Mère Marie de St. Joseph avait toutes les vertus d'une parfaite religieuse et d’une parfaite Ursuline: une humilité qui la portait à se mépriser et à s'oublier elle-même ; une mortification qui lui faisait désirer les souffrances et chérir ses infirmités ; elle avait une fidélité entière aux plus petits points de sa règle et à tout ce qui regarde le service de Dieu, Le “haut degré d'oraison et d'union avec Dieu,” auquel toute Ursuline est invitée à tendre par ses Constitutions, elle y avait atteint ; aussi ses paroles étaient “efficaces ;”” elle “embrasait le cœur” de ceux qu’elle instruisait du feu qui consumait le sien. Sa conversation était angélique ; elle était de celles qui savent dire agréablement deschoses utiles,

Dans les dernières années de sa vie, Dieu lui inspira de prier particulièrement pour trois choses : la conversion des nations barbares de l'Amérique, l’affermissement de la colonie française, et la sainteté de sa Communauté. Elle s’offrait sans cesse et sans réserve, comme une victime, à la divine Majesté, et elle me disait en confiance. écrit la Mère de l’Incarnation : “Il ne m'est pas possible de rien faire que pour ce pauvre pays, et je crois que Dieu ne demande que cela de moi.” Il lui semblait qu’elle portait dans son cœur tous les Français et tous les Sauvages. Elle ressentait leurs biens et leurs maux, et rien ne lui était plus pénible que d'entendre dire que le pays était menacé de quelque désastre qui tendait à sa ruine. En ces rencontres elle disait à Dieu, dans ses entretiens familiers, ce que Moïse lui disait lorsque le Seigneur menagçait son peuple de le perdre : “ Mon Dieu, (1) effacez-moi du livre de vie et ôtez-moi plutôt de ce monde, que de permettre la rupture de la colonie française.”

Dernière maladie et mort de la Mère St, Joseph,

Nous avons déjà rapporté, chères lectrices, les principales circonstances de la maladie et de la mort de cette bien-aimée Mère. Voyons-la, pendant plus de deux mois, étendue sur une de ces

(1) Lettres de lu 61, Mère de l’'Incarnation.

RENDUE ne 3 GÈN

nt RE GR Ag

nt été

es les : une \ême ; chérir +

points haut ine est

aussi

r” de Lonveragréa-

e prier ns baraise, et et sans e disait est pas ois que portait Île respénible désastre u, dans eisneur cez-mol rmettre

De

ales cire Mère.

de ces

“ tablettes” qui servaient de lits aux religieuses dans la petite maison de Mme. de la Peltrie. Là gisait, exposée au froid et à la fumée, en face de cette grande cheminée qui chauffait seule la maison, celle qui, en France, eût pu jouir d’une fortune de vingtcinq à trente mille livres.

“ Outre les douleurs et les fatigues de sa maladie, dit notre Vén Mère, elle recevait de très-grandes incommodités du lieu où nous étions logées. Il était fort petit, et l’on ne pouvait aller au chœur sans passer près de sa cabane et à sa vue ; le bruit des sandales de bois sur un plancher de bois, les clameurs des enfants, les allées et les venues de tout le monde, le bruit de la cuisine dont nous n'étions séparées que par de simples planches, l'odeur de l'anguille qui infectait tout, en sorte que durant la rigueur du froid, il fallait tenir les fenêtres ouvertes pour purifier l'air ; la fumée de la chambre qui était presque continuelle : enfin, la cloche, le chant, la psalmodie, le bruit du chœur qui était proche, lui causaient une incommodité incroyable et augmentaient étrangement son oppression, Elle toussait sans relâche. lle souffrait cependant tout cela avec une patience héroïque, et tant s'en faut qu'elle en fit des plaintes, qu’au contraire elle nous voulait persuader que cela la divertissait. Elle tenait comme une providence et une miséricorde de Dieu, de ce que par l’embrasement de notre Monastère, elle était réduite dans un lieu où elle pouvait avoir la consolation d'entendre de son lit la sainte Messe, l'Office divin et la prédication, et par ce moyen, de vivre régulièrement jusqu'à la mort.”

C'est surtout quand l'hydropisie vint ajouter à ses maux, qu'on eut sujet d'admirer sa patience. On fut obligé de lui faire aux jambes de si profondes incisions qu’on lui voyait jusqu’à la membrane de l'os. La gangrène se mit bientôt dans ses plaies, et quoiqu'on ne lui appliquât que le quart du remède, on crut qu'elle allait expirer sous la violence des douleurs. Cependant pas une plainte de sa part ; elle ne pouvait se lusser de bénir Dieu des grandes grâces qu'il lui avait faites, et elle dit au R. P, J. Lalemant : “Je sais, mon Père, que Dieu a promis à ceux qui quitteraient quelque chose pour son amour, le centuple en cette vie et le bonheur éternel en l’autre. Pour le centuple, je lui donnerai quit-

tance quand il lui plaira, car il me l’a généreusement payé, et quant à la vie éternelle, je l'atteuds bientôt” Elle ne parlait que des biens de l’autre vie, de la bassesse de tout ce qu'il y a sur la terre, du bonheur que l’on goûte au service de Dieu, et de la fidélité que l’on doit avoir à sa vocation. ‘ Ah! que je suis heureuse, disait-elle à ses sœurs, de mourir en un lieu pauvre et d'être privée des petites douceurs dont on jouit en France ! Ecrivez, je vous prie, à M. de la Rochelle, à nos chères sœurs de France, à mes parents, que je suis très-contente de les avoir tous quittés, et de mourir pauvre religieuse de la mission des Ursulines du Canada. Muis, je vous en prie, répétait-elle, ne manquez pas de le faire savoir à nos Mères de Tours et à mes parents.” M. de Lauson, Gouverneur, l’envoya visiter pour se recommander à ses prières, la conjurant de se souvenir des grands besoins du pays qu'elle quittait. Sa réponse fut pleine de respect et de piété.

“ Elle renouvela ses vœux solennellement par deux fois, demandant pardon aux assistants et à la Communauté, la remerciant avec de grands sentiments d’humilité, des secours qu’elle lui avait rendus dans sa maladie. Elle avait déjà remercié le R. P. Ragueneau, Supérieur de la Mission, de toutes les charités qu’il avait faites à notre Communauté depuis l'incendie, et la lui avait recommandée de nouveau. Elle remercia encore le R. P. Lalemant de l’assistance qu'il avait rendue à son âme durant sa maladie ; et le medecin, de celle qu’il lui avait rendue corporellement ; les assurant que s’il plaisait à Dieu de lui faire miséricorde, elle le prierait dans le ciel de récompenser leur travail.” (1) Son agonie dura vingt-quatre heures ; maie comme eïle avait l'esprit libre, elle ne cessa d'entretenir ses sœurs jusqu’au dernier moment. ‘ Comme vous êtes peu, disait-elle, il ne faut pas que vous preniez la peine de me porter en terre ; servez-vous des mains d'autrui ; puis elle leur parla des cérémonies de l'Eglise, et montant de là dans les cieux, elle leur racontait des merveilles de l’autre vie, En expirant elle fit signe qu'elle entendait les prières et s’unissait aux actes qu’on lui sugyérait,

Dès que la nouvelle de sa mort se fut répandue dans le pays,

(1) Lettres de la Vén. Mère,

Page 1