‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 70 sur 199 · LA VS · texte numérisé non relu

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fance, son père, tout en s'amusant, voulut sonder plus sérieusement encore le cœur de sa fille. Vers l’âge de cinq ans, on s’aperçut que ses désirs la portaient déjà vers la vie religieuse et que tout autre genre de vie lui déplaisait infiniment. C’en fut assez pour son père : dès lors il commença ses attaques, en lui parlant souvent du plaisir qu’il aurait un jour à la marier à un petit gentilhomme du voisinage, et poussant plus loin ces jeux, il lui offrait, au nom de ce futur époux, les présents les plus propres à flatter une enfant. Marie, prenant la chose au sérieux, rejetait ces avances avec une singulière indignation, en protestant avec larmes, qu’elle ne voulait donner son cœur qu’à Dieu seul ; et ces débats allèrent si loin entre le père et la fille, que si la tendresse maternelle ne fut intervenne, ‘ l'Enfant de Marie ” en eut été sérieusement malade !

Evidemment le Seigneur soupirait avec ardeur après la possession de ce jeune cœur, et Celui qui se borne à inviter les enfants des hommes d’une manière générale, À lui donner librement leur cœur, (1) voulut à tout prix, posséder le sien sans partage ; ce fut là le secret de l'inspiration si forte qui l’éloignait des hommes et l’entraînait vers Dicu. Cet instinct de mépris pour les choses de la terre, lui faisait aussi détester les parures si aimées des jeunes filles, et dans la candeur de son âme, elle enviait le sort d’une petite bergère qu’elle voyait dans ses promenades, parce que celle-ci n’était pas assujettie à la tyrannie de la mode, et qu’elle pouvait se montrer au dehors sans se couvrir la figure d’un masque, comme le devaient faire les dames de qualité de ce temps-là.

La charité envers les pauvres était un autre trait de ce riche caractère. Dans une des tourelles de leur château, M. et Mme. de St. Germain donnaient, depuis longtemps, l'hospitalité à un pauvre incurable, auquel ils prodiguaient tous les soins nécessaires. Ainsi comblé de bienfaits, le vieillard ne cessait d'élever vers le ciel ses mains tremblantes pour en faire descendre sur cette famille, les bénédictions les plus choisies ; pour lui-même, il n'avait qu’un vœu à faire, celui de mourir en paix. Quelle ne fut donc pas sa surprise et aussi son bonheur en voyant un jour arriver auprès de son grabat, l'aimable petite Marie dont il avait si souvent

(1) Mon fils, donne-moi ton cœur.

ouï parler ! Déjà, inspirée par la charité, elle lui avait maintes fois envoyé sou dessert, mais cela ne suffisait pas à sa tendre sollicitude ; il lui fallait voir elle-même le vieux Joseph dans sa petite loge, il fallait le consoler en lui parlant de Dieu !...... Cet ange de bonté avait aussi découvert les cabanes isolées des pauvres du voisinage, et bien souvent en leur : portant de la soupe et des fruits, elle avait déchiré ou taché les habits précieux dont elle était revêtue. Plusieurs fois, les personnes chargées de la surveiller, eurent à ce sujet des réprimandes à lui faire ; mais, lorsque la connaissance de ces griefs fut portée à sa mère, cette pieuse dame, loin de contrarier sa fille, lui donna volontiers toutes les permissions nécessaires pour assister les pauvres, voulant de plus que sa petite Marie l’accompagnât désormais dans toutes les visites qu’elle leur ferait.

L'Enfant de Marie au Coubent,

En la voyant grandir ainsi en âge et en sagesse, M. et Mme. de la Troche se félicitaient de posséder cette enfant de bénédiction, et, tout en se proposant de seconder fidèlement les vues de Dieu sur elle, ils ne se doutaient aucunement de la grandeur des sacrifices qu'ils auraient à faire par la suite. Ainsi, Marie ayant témoigné vers le temps de sa première communion le désir d'aller au Couvent, ses pieux parents s'empressèrent de l’y conduire avagt la fin de sa neuvième année. Pleine de grâces, d'esprit, et d’amabilité, Mlle. de la Troche était en même temps si modeste et si humble que ses compagnes ne pouvaient se lasser de l’admirer, et loin de lui porter envie lorsque les maîtresses lui assignaient quelque surveillance, elles s’efforçaient au contraire, de ne pas déplaire à “l'ange de l'étude.” Craignant que sa gaieté et son goût pour les jeux ne fussent nuisibles à ce qu'elle croyait devoir à Dieu, cette “ Enfant de Marie” trouvait souvent moyen de s'éloigner des récréations bruyantes des élèves, pour se recueillir en Dieu et ne penser qu'à lui. Parleronsnous de sa ferveur à l’époque de sa première communion ?...... de sa faim toute céleste pour ce divin aliment, du bonheur qui fut alors son partage ? Si un séraphin du haut du ciel pouvait envier les joies d’ici bas, il eût été jaloux du sort de Marie au jour où elle reçut son Dieu pour la première

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