MARIE RESTAURATRICE DU MONASTÈRE
E Monastère restauré !....... Nos cœurs ont tressailli à cette annonce, et nos lectrices aussi, sans doute, prennent part à l’allégresse de ce beau jour qui ramène la famille Ursuline dans son cloître béni.
‘“ Nous sommes dans notre nouveau bâtiment (1) depuis la veille de ® la Pentecôte (29 mai), se hâtait d’'écrire la Mère de l’Incarnation à ses amis de France. Le clergé de la paroisse avec un grand concours de
ment du lieu où nous étions logées.
L'on commença les prières des qua-
(1) Ce second Monastère avait cent huit pieds de longueur: l’addition s'était faite dans la direction de la cuisine actuelle.
rante heures, qui durèrent jusqu’au mardi de la Pentecôte. Tout le monde était dans la joie de nous voir logées là où nous étions auparavant, et délivrées des grandes incommodités que nous avions endurées depuis notre incendie. Pendant ces trois jours, la paroisse y vint avec le peuple chantant les litanies.”
On a déjà vu la rapidité merveilleuse avec laquelle s'étaient élevés les murs de ce second Monastère; quel ne sera pas le bonheur de nos lectrices en apprenant ce ce fit Marie, pour le rétablissement d’une maïson qui lui avait été si spécialement consacrée. ‘ Mon esprit, dit la Vén. Mère, fut rempli de courage et de force pour travailler jour et nuit à cet ouvrage, que je regardais comme appartenant à la très-sainte Vierge, notre bonne Mère et Supérieure. Je l'appelle ainsi parce que quelque temps avant notre incendie, la Mère St. Athanase, Supérieure, avait eu une forte inspiration de lui remettre sa charge entre les mains, ce que nous avions fait avec une grande solennité. Je la regardais donc en cette entreprise, comme ma directrice et mon tout après Dieu. Ainsije n’eus pas plus tôt commencé, que je ressentis son assistance d’une manière extraordinaire ; je l’avais continuellement présente partout où j'allais et en tout ce que je faisais. Je ne la voyais pas des yeux du corps, mais en la manière que le suradorable Verbe Incarné me fait l'honneur de se communiquer à moi, par union, par amour et communication actuelle; ce que je n’avais jamais encore expérimenté de la très-sainte Vierge, Mère de Dieu, qu’en cette occasion. Je la sentais auprès de moi, m'accompagnant partout dans les allées et venues qu’il me fallait faire dans le bâtiment, depuis qu’on eut commencé à abattre les masures jusqu’à la fin de l'édifice. Chemin faisant je m'entretenais avec elle et je lui disais: Allons, ma
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currences, j'allais en haut, en bas sur les échafaudages sansaucune crainte, l’entretenant toujours de la sorte. Je lui disais souvent: Ma Mère, gardez s’il vous plaît tous vos ouvriers ; et en effet elle les a sibien gardés que dans la construction du Monastère pas un n’a été blessé.”
La protection de la Ste. Vierge parut encore d’une autre manière, car ce Monastère s’est fait sans qu’il en ait presque rien coûté. Entendons le rapport de celle qui avait les comptes en mains et qui répondait de tout. ‘“ Vous êtes en peine de ce que je vous ai dit qu’il y a eu du miracle dans notre rétablissement, écrivait-elle à son fils. Il y en a eu en effet. Nous avions tout perdu, et notre incendie nous avait dépouillées de toutes choses. Nous avons fait rebâtir notre Monastère ; nous nous sommes vêtues et remeublées, et pour tout cela il nous a fallu faire des dépenses au montant de trente mille livres. L’on nous a prêté huit mille livres sur le pays, lesquels ne valent pas six mille livres de France. Nous n’avons eu que très-peu d’aumônes, dont une partie a servi à nous vêtir et l’autre à acheter un peu de grain. De cela il ne nous reste que quatre mille livres à payer ; encore la personne à qui nous les devons nous donne le fonds après sa mort, s’en réservant l'usufruit pendant sa vie. Enfin il y a vingt-quatre mille livres de pure Providence...” Quelle consolante pensée pour nous qui habitons aujourd’hui ce Monastère ! Ces murs cimentés dès leurs fondements par les sueurs de nos premières Mères, (1)
(1) La Mère de l’Incarnation ne pouvant se procurer un nombre suffisant d'ouvriers vu l'extrême pauvreté où se trouvaient les religieuses, commença elle-même à nettoyer les fondements sur lesquels il fallait rebâtir. Toutes ses sœurs se mirent à l’œuvre à son exemple, et l'on vit même plusieurs personnes recommandables du dehors,
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et élevés sous le regard bienfaisant et miséricordieux de Marie, n’ont souffert ni des boulets d’un siége désastreux, qui endommagèrent les plus solides édifices de la ville, ni même d’une nouvelie conflagration qui les a complètement enveloppés ; ils sont encore là debout, après plus de deux siècles, attestant les maternelles bontés de leur céleste Restauratrice.
$2.—ÉTAT DU SÉMINAIRE SAUVAGE DEPUIS L’INCENDIE DE 1650 susqu'À
Dix-huit mois après l'incendie, nos Mères se trouvaient en état d'ouvrir de nouveau leur pensionnat français et leur “séminaire.” Les élèves sauvages furent moins nombreuses les trois premières années, par suite de la terreur que répandaient dans tout le pays les incursions des Iroquois. Mais les choses ne tardèrent pas À changer de face, et l’état du séminaire sauvage ainsi que du pensionnat français devint plus que jamais florissant.
En 1653, la Mère de l’Incarnation parle particulièrement du pensionnat, ‘‘s’estimant heureuse d’être employée dans le fondement du grand édifice de cette nouvelle Eglise, tant au regard des Français que des Sauvages, puisque les âmes des uns et des autres ont également coûté au Filsde Dieu.” L'année suivante, elle s’exprime ainsi: “Quant à ce qui regarde notre Communauté et notre Séminaire, tout y est en assez bonne disposition grâce à Notre-Seigneur. Nous avons de fort bonnes séminaristes que les ambassadeurs Iroquois ont
touchées de tant de zèle et de courage, venir se joindre à elles, ‘de sorte, dit le R. P. Claude Martin, qu’il n’y eut pas plus d'émulation parmi les Israëlites quand ils rebâtirent le temple de Dieu après la captivité de Babylone, qu’il y en eut permi ces ferventes religieuses lorsqu'il leur fallut relever de ses ruines leur petit sanctuaire.’
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vues chaque fois qu’ils sont venus à Québec. Comme les sauvages aiment le chant, ils étaient ravis de les entendre chanter si bien à la française, et pour marque de leur affection, ils leur rendaient la pareille par un autre chant à lenr mode, mais qui n’était pas d’une mesure aussi réglée. Nous avons des Huronnes que les Révérends Pères ont jugé à propos que nous élevassions à la française... sus sono ronsoosssou cosssoesesescsroce ‘ Enfin la moisson va être grande, et j'estime qu'il nous faudra chercher des ouvriers. Aidez-moi à bénir la bonté de Dieu de ses grandes miséricordes sur nous, et de ce que non-seulement il nous donne la paix, mais encore de ce que de nos plus grands ennemis, il en veut faire ses enfants afin qu’ils partagent avec nous les biens d’un si bon Père.” Le récit ajoute: ‘“ Au mois de mai 1654, la fille de feu Herman, Capitaine Huron, est entrée au Séminaire. Le 21 juillet, Catherine, petite créature de Dieu, Huronne et orpheline, nous a été donnée à l’âge de cinq ans, pour être instruite et élevée au Séminaire. Le même jour, une petite fille nommée Jeanne, Huronne de nation, nous a été donnée par le R. P. Chaumonot.” ‘ Maintenant que la paix est faite, dit la Vén. Mère, nous avons beaucoup d'emploi, de sorte que si quelqu’une de nous venait à manquer, il nous faudrait par nécessité faire venir des sœurs de France... Quand je vous dis que nous nous relevons peu à peu, er n’est pas que nous ne manquions de beaucoup de chu::8; mais cela n’est rien en comparaison de l'extrémité où nous nous sommes vues. Après tout la divine Providence est une bonne mère, quand on s'appuie plus sur elle que sur les forces humaines qui sont toujours faibles et inconstantes. Ainsi, ma chère mère, consolons-nous en elle et elle aura soin de nous. Nous sommes chargées
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d’un grand nombre de filles sauvages en notre Séminaire sur ce seul appui. L'on me fait quelquefois des FM | \ questions à ce sujet, et on me demande si j’ai fondation
| pour cela ; je réponds que nous avons celle de la Providence. En effet, je m’y sens très-forte, et elle ne } m'a encore jamais manqué.” ll L'année 1655 fut remarquable par le nombre de
sauvages qui vinrent à Québec, et qui amenaient leurs enfants à nos Mères pour les faire iustruire. En deux mois seulement, on en compta une vingtaine.
La visite des Ambassadeurs Iroquois et l'examen des Séminaristes Huronnes et Algonquines en leur présence, se trouvent amplement décrits par la Mère de l’Incarnation. “ Leurs ambassadeurs, n’ont pas maunqué de nous rendre visite. Ils ont admiré nos séminaà ristes sauvages, en les entendant chanter les louanges
| LÉ de Dieu en trois langues différentes. Ils étaient ravis
de les voir si bien dressées à la française ; mais ce qui
les étonna le plus fut de voir que ne nous touchant en
rien, nous en faisions tant d'estime, les aimant et ca-
ressant comme les mères aiment et caressent leurs en-
[l fants.” Dans une autre lettre : “ Pendant le séjour de | tous ces ambassadeurs à Québec, ils nous ont visitées l plusieurs fois et nous les avons régalés splendidement Il à leur mode. Ils ont pris un singulier plaisir à voir et à entendre nos séminaristes et entr’autres une petite il Huronne de dix à onze ans, que nous francisons. Elle sait lire, écrire et chanter en trois langues, en Latin, en Français et en Huron. Après qu’elle eut fait le catéchisme à ses compagnes en leur présence, elle alla faire uue petite harangue au chef de la troupe pour lui témoigner le plaisir que lui causait la paix, la joie qu’elle avait de ce qu’il emmenait des Pères Jésuites, et elle termina par le prier d'envoyer en notre Séminaire des