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côté ; et Dieu nous protégea si fortement en cette rencontre, que pas un de nous ne fut blessé ni même aperçu de l’ennemi, que nous entendions et voyions tout auprès de nous.” Son mari étant mort pendant qu’elle était encore en son pays, où il n’y avait pas alors de Père pour l’aider à bien mourir en lui administrant les Sacrements de l'Eglise, cette bonne Geneviève en avait le cœur percé de douleur. Néanmoins, comme elle est éloquente, et qu’elle avait raison de croire que ce pauvre homme était en mauvais état, elle l’exhorta puissamment à penser à son salut, lui faisant produire des actes de contrition, de sorte que par ses ferventes admonitions, elle le mit en état de mourir en bon chrétien. Mais elle est inconsolable lorsqu'elle pense à ses enfants, dont plusieurs sont morts sans être baptisés. Un seul qui lui était resté, mourut à l’âge de neuf à dix ans ; et parce qu’elle l'avait vu parler à un jongleur pendant sa dernière maladie, cette pauvre mère craint qu’il ne soit damné pour cela. Quoiqu'il y ait déjà long-
temps que notre bonne Geneviève a fait ces pertes si sensibles à son
cœur, elle en fait encore le sujet de ses larmes, de ses aumônes et
de ses prières afin qu’il plaise à Dieu de leur faire miséricorde.
“ Lorsque Geneviève vint en notre séminaire, elle nous fit présent
d’une peau de castor qui avait servi de robe à ce cher fils défunt, afin que nous priassions Dieu pour lui.
‘“ Cette bonne femme admirait toutes nos fonctions religieuses, et en nous considérant clle disait à Dieu : ‘“ Conservez ces bonnes filles, Seigneur ; depuis le matin jusqu’au soir elles songent toujours à vous et ne font autre chose que de vous servir.” Lorsqu’elle voyait quelqu’instrument de mortification elle voulait en user ; quelquefois même elle s’en emparait, surtout d’une ceinture garnie de pointes de fer, dont la douleur est fort sensible; mais nous ne lui laissions pas faire tout ce qu’elle eût bien désiré.
‘“ Le jour du Vendredi-Saint, Geneviève fut puissamment attirée par une considération touchante sur la passion de Notre-Seigneur : pendant l'office de ténèbres surtout, elle fondait en larmes causées par la vive impression que Dieu lui donnait de l'amour qu’il avait porté aux hommes, en endurant de si extrêmes souf-
216 Lis URSULINES DE QUÉBEC.
frances. Etant revenue à soi: “Je ne sais où j'en suis, dit-elle, le diable ne voudrait-il pas me tromper ?”
“ Elle voit fort clair dans son intérieur. Un jour qu’elle était fort pensive, on lui demanda quel sujet occupait son esprit. ‘Je considère que je suis bien méchante, dit-elle; il me semble que je fais ce que je puis pour ne pas offenser Celui qui a tout fait, et cependant je me vois toute remplie de péchés. Un de ces jours passés, un homme m'avait dérobé une belle robe de castor en ma présence, sous prétexte de me la garder. Je courus après lui, je n'étais pas néanmoins en colère contre lui, je ne lui voulais point de mal; cependant je sentais en moi une malice qui voulait me tromper.”
“ Geneviève admirait beaucoup nos cérémonies de chœur, il les lui fallait toutes expliquer ; elle disait que nous imitions les anges et les saints qui sont dans le ciel. Lorsque Mor. l'Evêque administra le sacrement de Confirmation le Carême dernier dans notre Egjlise, elle vit que nous instruisions plusieurs de nos pensionnaires pour les disposer à la recevoir. Elle ne douta pas que ce ne fût quelque chose de saint et de grande importance, et elle allait par la maison cherchant qui lui dirait ce que c'était. ‘ Hélas! disaitelle, c’est quelque chose de saint, on le dit aux enfants, et moi l’on ne m'instruit point.” Ayant reçu l'instruction qu'elle désirait, elle était ravie surtout de ce qu’elle serait, par la réception de ce sacrement, plus forte contre les tentations du démon, et plus ferme et plus courageuse dans la foi.
“ Dès que notre Geneviève eut reçu la confirmation, elle demanda congé d'aller à Sillery pour raconter son bonheur à ses parents et amis sauvages ; elle leur parla avec tant de ferveur, qu’ils l’admiraient et adoraient la grandeur de Dieu dans les hauts sentiments de cette femme qui en était remplie,
“ Elle nous quitta pour aller aux Trois-Rivières chercher des femmes de sa nation, pour les empêcher de se jeter dans une occasion qui eut pu les éloigner des pratiques de la religion chrétienne,”
Parlant ailleurs de cette même pieuse Geneniève, la Vén. Mère de l’Incarnation dit : “ Madame d’Ailleboust ayant hiverné chez
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-elle, nous, Geneviève allait souvent la trouver pour apprendre d'elle quelque prière ou quelque point du catéchisme. Elle me suivait
était t en notre cellule afin que je lui parlasse de nos saints mystères. ‘Je Durant nos récréations mêmes, elle ne pouvait nous quitter et ne ue je 1. voulait pas entendre parler d'autre chose que de ce qui concernait it, et ; immédiatement le saint service de Dieu. Un jour que nousétions jours toutes réunies dans le parloir, Geneviève s’est mise à raconter les 1 ma ë grandeurs de Dieu; son frère Ouaboukina, qui était présent, en lui, parut frappé d’étonnement, mais enfin, revenant de sa surprise, il ulais ‘4 s'écria : “ Hélas ! nous sommes de belles créatures, nous, pour uluit E concevoir et expérimenter de si grandes choses l” Geneviève était
sans cesse auprès de son frère pour l'empêcher de faire la traite d’eau-de-vie. Un Français voulant se servir de lui pour en porter
il les un baril à Trois-Rivières, elle n’eut point de repos qu'il n’eut re-
ami. noncé à ce projet. “Tu périras, Ouaboukina, disait-elle, Dieu ve 1 t’abandonnera et le diable sera continuellement avec toi l” Enfin, Fes elle vint à bout de son dessein.” e fût ï MARGUERITE HASENHONTONA, CAPTIVE HURONNE. Pr î Le trait suivant de Marguerite Ha8enhontona se rattache à un nd | épisode des cruelles guerres iroquoises. à î Deux Français avaient été pris par ces barbares aux environs ia . du fort Richelieu. ÆEmmenés aux Cinq Cantons, ils furent ie | couverts de plaies affreuses et ils allaient être mis à mort quand, je: 1 sur l'avis de Garankontié, l’ami des Français, on leur donna un 1 guide pour les ramener en leur pays. Mais ce guide les abannda donna au milieu de ces terres inconnues. ÆExténués et à demis et morts, ils invoquent la Ste. Vierge, et trouvent assez de force pour Ami- se traîner jusqu’à l'entrée d’un village d'Onneyouths. Que faire ? ents Allaient-ils se livrer à la merci de leurs plus cruels ennemis ?... Ils invoquent de nouveau la Ste. Vierge et se sentent inspirés d’aller des se réfugier dans une cabane qui se trouvait à l'écart. O Provioc- dence! Une jeune femme vient à leur rencontre, les accueille avec ré- toute la charité possible, leur parlant bon français et les rassurant sur leur sort. Elle prépare du feu, leur présente à manger; puis ère elle panse leurs plaies et va même chercher des racines pour en
faire un appareil qu’elle applique sur leurs plus dangereuses blesco
sures, Ces malheureux ne doutent plus que ce ne soit un ange envoyé du ciel par leur céleste Libératrice, et ils demandent à cette charitable femme qui elle est. ‘“ Je suis, dit-elle, la pauvre Margucrite HaBenhontona, bien connue des Robes noires de qui j'ai reçu le baptême, et des saintes filles les Mères Ursulines de Québec, chez lesquelles j'ai été élevée. J'en ai reçu de si bonnes instructions que nonobstant ma malheureuse captivité, je ne quitterai jamais la foi dont elles m'ont enseigné les principes avec une éducation de plusieurs années. Il est bien juste que je vous rende en partie la charité dont elles m'ont comblée quand j'étais avec elles. Elles m'ont appris à parler français ; n'est-il pas raisonnable que je vous console maintenant dans cette même langue, et que j'aie pour vous de la bonté comme elles en ont eu envers moi? Ce peu que je fais pour vous n’est rien en comparaison de ce qu’elles ont fait pour moi.” (1) Et cette bonne Marguerite entrait de la manière la plus touchante, dans les plus petits détails du soin qu’on avait pris d'elle aux Ursulines.
Marguerite n’eut pas cependant la consolation d’assister longtemps ses hôtes; des traîtres la dénoncèrent et les deux Français se virent encore à deux doigts de la mort. Cependant la Ste. Vierge ne les abandonna pas, et malgré bien des contre-temps, ils arrivèrent enfin dans leur pays, où ils rendirent un beau témoignage des fruits que portait au loin l'éducation donnée par nos Mères à leurs chères séminaristes.