UN MOT SUR LA MÈRE CÉCILE DE STE, CROIX
Avant de passer plusloin, disons un mot dela Mère Cécile Richer de Ste. Croix, humole religieuse moins connue que ses compagnes de mission, mais qui mena, pendant les quarante-huit années qu’elle a passées en ce pays, la vie la plus utile et la plus édifiante. Les documents qui pourraient servir à écrire sa vie n’existent plus, mais un mot de notre Vén. Mère de l’Incarnation suffit pour faire son éloge ; elle lui accordait le beau titre de ‘‘ Religieuse parfaite.” Semblable à la violette au
milieu des lis, aimant la vie intérieure et cachée en Dieu, la Mère Cécile de Ste. Croix fuyait avec soin tous les rapports inutiles avec un monde auquel elle avait renoncé. Son unique délassement en ce pays fut l'étude épineuse des langues sauvages, et ses plus chéres délices furent toujours d’instruire les petites Algonquines et les Montagnaises, dont elle parvint à parler avec facilité les langues respectives, Durant près d’un demi-siècle, la Mère Ste. Croix partagea avec un courage héroïque les privations, les peines et les fatigues des premières religieuses de ce Monastère. De combien d'épreuves sa vie ne fut-elle pas traversée, surtout pendant les longues années qu’elle survéeut à ses saintes compagnes! En 1686, à l'âge de 77 ans, elle eut la douleur de voir brûler pour la seconde fois son Monastère, et elle mourut au milieu des incommodités qui en furent la suite.
$6.—ARRIVÉE DE DEUX RELIGIEUSES, MÈRE ST. ATHANASE ET MÈRE STE. CLAIRE.
Les Ursulines de France n’oubliaient pas leurs pauvres sœurs de Québec; celles de Paris surtout désiraient vivement partager leurs peines et leurs travaux. Grâce aux instances de leur généreuse supérieure, la Rév. Mère Ste. Madeleine, née Béron, Mgr. l’Archevêque de Paris se laissa persuader, et donna la permission si longtemps désirée, par laquelle il consentait au départ de deux de leurs sœurs. Ce fut le 7 juillet, 1640, que ces deux courageuses Ursulines arrivèrent à Québec. Elles étaient accompagnées de deux Hospitalières pour l’Hôtel-Dieu, la Mère Jeanne Supli de Ste. Marie, et la Sœur Catherine Vironceau de St. Nic olas. Ces quatre jeunes religieuses avaient été
confiées aux soins du Rév. Père René Menard, S. J., et l'on voit, par la lettre charmante (1) que ce pieux missionnaire écrivit, après ce voyage, à la Rév. Mère Supérieure des Ursulines de Paris, combien les saints savent se rendre aimables, lorsqu'il s'agit de l'intérêt des âmes et de la gloire de Dieu.
Nos bonnes Mères de Paris se montrèrent en cette occasion vraiment nobles et généreuses. défrayant toutes les-dépenses de ce long voyage, et donnant, outre les hardes, les meubles, etc., cinquante écus de rente viagire. Les deux jeunes missionnaires qui se donnaient ainsi à nos vénérables fondatrices, étaient la Mère Marguerite de Flécelles de St. Athanase, et la Mère Anne le Bugle de Ste. Claire. La première de ces bonnes mères succéda en 1645, à la Vén. Mère de l'Incarnation dans la charge de Supérieure, et, ar son administration judicieuse et sage, elle justifia pleinement la confiance de la Communauté. Elle fut toujours, dans ces temps difficiles, un vrai trésor, nonseulement par ses vertus religieuses, mais aussi par la bonté de son cœur et par les ressources de sa haute intelligence. Toute la noble famille de Flécelles concourut aussi à la prospérité de notre Monastère, comme nous le verrons plus tard. En tout et partout, la Mère Marguerite de Flécelles de St. Athanase fut le modèle et la consolation de ses sœurs, les assist.nit de tout son pouvoir et les servant dans leurs maiidiss avec une tendresse incroyable.
La Mère Anne de Ste. Claire, compagne de la Mère St. Athanase, rendit aussi de grauds services à notre maison, surtout durant les loïgues années qu’elle fut dépositaire. Que de fois elle fut sensiblement secourue par la douce et bonne Providence ! Souvent elle se vit
() Voir les chroniques de l’ordre de Ste. Ursule,
entourée de troupes affamées de sauvages qui, n’osant pas aller à la pêche ou à la chasse par la crainte qu'ils avaient de leurs ennemis, venaient sans cesse avec une confiance inépuisable à ce petit couvent où leurs bonnes amies, les Ursulines, tenaient la marmite au feu tant qu’il y avait quelque chose à y mettre. Parfois, à la vérité, il y avait bien peu de provisions dans le magasin des pauvres religieuses ; alors la pieuse et bonne dépositaire livrait à ‘ses chers sauvages ” tout ce qu'il lui restait, puis s’en a'lait se prosterner devant l'autel, demandant humblement à Dieu le pain de chaque jour pour la Communauté; et souvent, lorsqu'on s’y attendait le moins, les provisions arrivaient en abondance. Nous donnons ici à nos lectrices la seule lettre manuscrite qui nous reste de la Mère Ste. Claire; sans s’en douter elle s’est peinte dans ces lignes telle que ses sœurs l’ont toujours connue.
La Mère Ste. Claire à une de ses sœurs Ursulines de Paris ; elle donne les détuils de son voyage, de sa réception à Québec, etc.